Huffpost Maroc mg
LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Saad Fkihi Headshot

Salafisme au Maroc: Entre méfiance et ménagement

Publication: Mis à jour:
SALAFIST MOROCCO
Stringer . / Reuters
Imprimer

SOCIÉTÉ - Les relations entre les salafis et les autorités ont profondément changé depuis les attentats du 16 mai en 2003 à Casablanca. Dans les faits, l'Etat marocain exerce une surveillance très accrue sur cette tendance ultraconservatrice certes, mais qui ne penche pas forcément vers la violence politique et le terrorisme.

Antoine Sfeir, politologue et journaliste français, fait ainsi la distinction entre trois grandes tendances du salafisme: le salafisme quiétiste, non impliqué dans le champ politique, et fortement majoritaire, se limite à une pratique religieuse orthodoxe et individuelle.

Puis la "sahwa" ou le réveil, mouvement salafi éphémère qui a existé suite à la guerre du Golfe en tant que mouvement contestataire contre le roi Fahd qui a accepté l'installation des bases américaines en Arabie saoudite, et finalement le salafisme "jihadiste", tendance révolutionnaire qui a recours à la violence politique pour réaliser un projet de société.

Le courant salafiste au Maroc vit une relation faite de hauts et de bas avec l'Etat marocain. Le CNDH (Conseil National des droits de l'homme) a été maintes fois critique des manœuvres de l'Etat vis-à-vis du courant ainsi que de la législation contre le terrorisme. Ce courant, selon Abderrahim Al Ghazali, porte-parole du comité conjoint de défense des prisonniers islamistes, est victime d'"arrestations cycliques, qui surviennent tous les six mois" ainsi que "de persécution à l'intérieur et à l'extérieur des prisons".

Les manifestations et les sit-in des salafis se sont multipliés ces dernières années. L'évènement le plus marquant dans le genre reste la commémoration du dixième anniversaire des attentats de Casablanca, qui a vu les salafis manifester devant le parlement et le siège du CNDH pour revendiquer la révision des procès des accusés dans cette affaire.

Le comité de défense des détenus islamistes a également manifesté sa déception vis-à-vis du gouvernement Benkirane. En effet, comptant Mustapha Ramid comme ministre de la Justice, la nomination de ce gouvernement post-printemps arabe laissait présager une amélioration des relations entre le mouvement salafi et l'Etat, surtout lorsque l'on sait le passé d'avocat de Ramid qui a défendu les salafistes en prison tout en maintenant une relation assez cordiale avec Driss Basri.

Or, les pratiques des appareils de sécurité n'ont pas changé à ce niveau, et l'Etat est décrié par Abderrahim Al Ghazali comme aspirant par ces arrestations à "actualiser les informations déjà obtenues sur le mouvement salafi".

Il convient en même temps de dénoter le fait que les grâces royales ont grandement aidé à réinsérer certaines figures ultra-orthodoxes de la tendance salafie jihadiste. La figure la plus marquante au Maroc reste celle du cheikh Mohamed El Fizazi. Celui-ci a même radicalement changé de discours suite à sa sortie de prison et a même effectué un prêche du vendredi devant le roi.

La relation de l'Etat marocain avec le mouvement salafi est donc des plus complexes. Mêlant méfiance et ménagement, L'Etat vise principalement à détenir l'information pour prévenir tout danger et ce avec des mesures légales quelques fois décriées et condamnées par la société civile. En même temps, son objectif est de faire du salafisme quiétiste un rempart idéologique contre le salafisme jihadiste. L'Etat s'appuie pour cela sur le fait que les deux tendances ont un référent idéologique commun en plus d'instrumentaliser les figures les plus radicales du passé pour en faire des agents efficaces. Il en ressort le renforcement d'une relation qui tient plus de la politique de la carotte et du bâton.

LIRE AUSSI: