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Les jeunesses politiques entre fronde et discipline

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JEUNES PJD
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POLITIQUE - Selon le Haut commissariat au plan, seuls 1% des jeunes feraient partie d'un parti politique, contrairement aux associations qui en rassembleraient 7%. Les partis politiques restent toutefois le moyen par excellence pour faire porter une idée et un message. Contrairement à l'action associative, qui est importante par son lobbying et par ses initiatives, l'action politique permet de faire parvenir ses idées au pouvoir.

Or, la jeunesse dans les partis politiques est connue pour être fortement marginalisée. C'est donc au sein des partis politiques que se livre une lutte semblable à la lutte de la macro-société, entre des "anciens" encore rattachés à la pratique patriarcale du pouvoir, et des jeunes qui ont l'ambition de les en déloger. Dans le cas marocain, cette audace est particulièrement démontrée par M. Anouar Zyne, secrétaire général de la Jeunesse Constitutionnelle (Jeunesse de L'Union Constitutionnelle) élu en 2012 qui brigua le secrétariat général du parti deux ans plus tard.

En pleine campagne, il n'a jamais fait de réserves sur son intention de "renverser les mammouths de son parti". J'ai eu l'opportunité d'entendre ces dires lors de sa présence dans un débat autour de la jeunesse marocaine et de la politique qui s'est tenu à l'Université Internationale de Rabat, où il use de sa tribune pour commencer une campagne électorale. Cet exemple exceptionnel est la face découverte d'une volonté cachée, cette volonté de "tuer le père" se manifeste de manière moins apparente au sein d'autres jeunesses. Le PJD a connu lors du 20 Février un déchirement en son sein, déchirement duquel a émergé le mouvement "Baraka" qui est venu en soutien au Mouvement du 20 Février.

Le responsable de la communication et des relations publiques, Mustapha Mouchtari, est une des figures phares de cette jeunesse qui se rebelle contre les directives de ses supérieurs au sein du parti, du moins de manière temporaire. Même après la victoire du PJD aux législatives et l'investiture de Benkirane, le jeune Mouchtari se trouvait dans les rangs du M20. Le mouvement Baraka a résisté quelque temps avant de définitivement quitter le mouvement du 20 Février.

Si ces destins nous aident à comprendre que le rapport de la jeunesse aux autres générations peut s'avérer tout aussi conflictuel en politique que dans d'autres domaines, il serait propice de comprendre légèrement la position des jeunes au sein des jeunesses. Les jeunesses se distinguent d'abord, comme l'a mentionné Achraf Msiah,membre de la jeunesse du PSU, par une plus grande capacité à se fédérer. Il dit à ce sujet: "Les jeunesses sont meilleures que les partis eux-mêmes. Ils arrivent à s'asseoir tous ensemble contrairement aux autres. Les jeunesses sont complémentaires."

Contrairement aux instances nationales qui dirigent les partis politiques et qui se livrent une lutte pour le pouvoir, les jeunesses peuvent trouver d'importants terrains de compromis pour développer leur condition commune. Tel a été le cas lorsque le rassemblement de plusieurs jeunesses politiques a présenté une proposition en août 2011 pour l'augmentation des sièges des femmes et des jeunes au sein du parlement.

L'adhésion des jeunes au parti politique se fait généralement par une reconnaissance dans l'idéologie ou une socialisation primaire favorable à l'intégration du parti politique des parents. Cette socialisation a été également l'une des raisons de la décrédibilisation de plusieurs partis politiques dits traditionnels où "le clientélisme a rongé l'intérieur du parti". Telle était la déclaration de plusieurs militants de l'USFP critiquant le mandat d'Ali El Yazghi à la tête de la jeunesse du parti historique de Gauche.

L'action des jeunes en politique est généralement l'apanage des partis historiques, principalement l'USFP et l'Istiqlal. Toutefois, ces deux partis constitutifs de la Koutla ne sont plus perçus de la même manière que par le passé et cela est dû à la montée de l'islam politique qui a permis au PJD de rallier une jeunesse nombreuse et disciplinée, ainsi que le PAM qui cible clairement des jeunes issus de la haute classe moyenne. Cette nouvelle rivalité pourrait marquer dans la durée, une dualité entre un courant se réclamant du centre-gauche et progressiste contre un parti dit de droite et "conservateur".

Que ce soit le PSU ou le PAM, les deux jeunesses réclament leur indépendance. Ceci tend à prouver un point majeur. Peu importe les structures dans lesquelles les jeunes veulent exercer la politique ou faire valoir leurs revendications, la question de l'autonomie et de la non-ingérence de l'autre génération sera au centre de la réflexion. Ceci nous mène à l'étude de cas de l'influence des jeunes au sein d'un parti politique, à savoir le PJD.

Sur les 107 sièges que possède le PJD suite à sa victoire aux législatives en 2011, seuls huit sièges sont occupés par des jeunes soit un taux de 7,47%. Au conseil national du PJD, sa situation est relativement bonne puisqu'elle bénéficie d'un quota de 20% depuis 2004 et l'arrivée d'El Othmani à la tête du parti. La jeunesse à appartenance politique est donc, de fait, sur-représentée au PJD. Mais la jeunesse marocaine reste toujours sous-représentée, et ceci est principalement dû à l'absence de la jeunesse du cadre politique conformiste et classique.

Cette jeunesse peut en même temps se montrer très critique vis-à vis de ses propres supérieurs, et ce particulièrement si la démocratie interne avantage ce genre de pratique. Le 8ème forum de la jeunesse du PJD est une démonstration de ce rapport de force particulier. Le secrétaire général Benkirane n'assistera qu'à la clôture du forum, tandis que le ministre de l'enseignement supérieur, Lahcen Daoudi, essuie les critiques de la base militante.

La Jeunesse du PJD est également intéressante dans le sens où la mobilisation de ses membres et leur discipline est à l'image de leurs aînés à la chambre basse. Constituant le gros de "l'armée électronique de Benkirane", les jeunes PJDistes sont sur tous les forums et toutes les discussions pour défendre le leader du parti.

Discipline et fronde. La jeunesse politique marocaine est extrêmement engagée lorsqu'elle s'inscrit dans une ligne idéologique ou un parti politique. Ceci tend finalement à prouver que la jeunesse à appartenance politique est finalement dans la même optique que la grande partie de la société marocaine: la refonte des mécanismes de pouvoir mais également la rupture d'un rapport de soumission à une autorité paternelle ou paternaliste, qui est le frein à l'expression de la jeunesse et de sa construction au développement et la modernisation du pays, et le récent recadrage de la tête du PJD contre sa jeunesse militante prouve que cette réalité est quelques fois oubliée.

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