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La culture du "coup de téléphone" dans la vie politique marocaine

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BENKIRANE PARLEMENT
Capture d'écran/YouTube
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POLITIQUE - La démission d'une quinzaine de militants du PJD dont des conseillers communaux et leur ralliement au PAM relève du fait divers. A part leur chef, Mohamed Reda Slaouni, ancien secrétaire régional du PJD dans la région de Fès et un des fondateurs du parti, aucun des autres démissionnaires ne fait partie des grandes figures du PJD. Néanmoins, l'occurrence répétée de cette réalité dans l'espace politique a de quoi fâcher.

Omar Balafrej, confronté à Moncef Belkhayat dans l'émission "60 Minutes pour comprendre", avait sévèrement condamné cette pratique répétée par l'actuel RNI et lui a même donné un nom, le "coup de téléphone". Une expression qui reflète parfaitement le caractère versatile, changeant voire instable des politiciens qui aiment à voir toutes les herbes pour savoir laquelle est la plus verte. Une expression qui exprime cette tendance impulsive à retourner les vestes, les chemises et tout le reste du costard-cravate. Une expression qui, en somme, est la parfaite incarnation d'une mobilité des élus qu'absolument rien ne retient ni ne restreint.

Cette manière d'agir est certes légale, sinon aucun des élus ne pourrait agir de cette manière. Néanmoins, son côté moral et éthique est plus que discutable. Dans un pays qui se veut dans une aspiration continuelle à la démocratie, les élus des partis politiques se doivent d'honorer leur engagement auprès des citoyens. De plus, ces démissions se produisent de manière importante dans le milieu urbain où les partis sont plus mis en avant que les élus dans le choix des électeurs. C'est donc pour les partis qu'une grande partie des citadins marocains votent aujourd'hui, non pour des notables, et ces défections constituent un véritable coup de poignard dans le dos pour les citoyens, qui, pour la majorité écrasante, sont des abstentionnistes.

Cette culture du coup de téléphone est là pour nous prouver que certains politiciens perçoivent leur fonction de représentant comme on concevrait un poste en entreprise, et pas du tout comme porte-parole de la vox populi. Certes, il serait naïf de penser que nos instances représentatives soient en effet à l'image de la société, mais ce genre de pratique n'arrange pas du tout les choses.

Nous ne pouvons nier à nos élus le droit d'avoir des divergences avec leurs dirigeants, et de clairement les exprimer, car en cela ils sont porteurs d'une probité politique en exprimant leurs opinions et leurs convictions pour lesquelles ils ont été élus. Toutefois, cette responsabilité doit être portée jusqu'au bout. Ce n'est pas en jouant les mercenaires que l'on fait pression sur les partis politiques, on ne fait par là que décrédibiliser l'ensemble de la mosaïque partisane et affaiblir la participation citoyenne. Non, ce qu'il faut, c'est une action individuelle qui reflète la conviction et le sacrifice, à savoir la démission ou la résistance à l'intérieur du parti.

Les politiciens qui s'adonnent à cette pratique sont moralement condamnables. Les citoyens marocains sont en droit de revendiquer d'avoir des élus aux opinions sincères et solides, et non des "employés" dont l'affiliation ne tient qu'à un fil, ou plutôt un coup de fil.

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