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Le fonctionnaire fantôme marocain, cet Objet véreux non identifié

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ADMINISTRATION PUBLIQUE
Nassif
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POLITIQUE - La récente déclaration du président de la deuxième chambre, Hakim Benchemmach, sur le renvoi de deux fonctionnaires de la chambre des conseillers, vient nous rappeler la lourde présence du phénomène des emplois fictifs au sein de la fonction publique.

Le 11 mai 2005, Driss Jettou alors premier ministre, avait décidé de livrer une guerre contre les fonctionnaires fantômes en demandant leur radiation. Mesure sans suite, comme le prouve aujourd'hui la pérennité du phénomène. En novembre 2012, ce sera Abdelilah Benkirane qui s'attellera au dossier, notamment en demandant à l'ensemble des ministères de coopérer avec le ministère de la Fonction publique et la trésorerie générale du royaume en publiant la liste des fonctionnaires présents régulièrement et ceux dits fantômes, dans le but de faire le suivi du personnel et de comparer les noms avec le personnel payé.

Toujours est-il que l'ampleur du phénomène reste difficile à cerner. Les chiffres ne sont pas clairs, et les estimations se situent entre 15.000 et 90.000 fonctionnaires. Le phénomène est donc flou. Le fonctionnaire fantôme est donc un casse-tête administratif, je dirais même un OVNI (Objet véreux non identifié). Et les mécanismes permettant la propagation du phénomène sont multiples, le plus important reste celui de la titularisation de contractuels au sein des deux chambres et qui révèle de fait la continuité d'une mentalité clientéliste et corrompue. Ce phénomène tend à s'accroître lors des élections présidentielles des deux chambres, particulièrement la chambre haute où les élections ont lieu tous les trois ans, et où tous les moyens sont bons pour récolter les voix des collègues parlementaires.

Un des points phares souvent délaissé par le gouvernement est celui des administrations territoriales. Si l'ancien ministre délégué de la Fonction publique et de la modernisation de l'administration El Guerrouj avait appelé par le passé à la responsabilisation du chef hiérarchique direct, on peut lire là une désolidarisation de l'administration centrale qui, de son côté, se dote des moyens les plus modernes (appareil de pointage, listage sur le site de la fonction publique des absentéistes) pour faire face au phénomène.

Les efforts des divers gouvernements pour faire face à la fraude des fonctionnaires fantômes se concentrent donc essentiellement sur une politique de contrôle par la proximité, et qui suppose, pour une bonne transmission de l'information quant aux travers des emplois fictifs, un dévouement et une transparence sans faille de l'ensemble de la chaîne relayant l'information au sommet du gouvernement, ainsi qu'une volonté et une politique sans concession de la part de l'exécutif, car si les personnages de Driss Jettou et Abdelilah Benkirane ont pris l'affaire au sérieux, le scandale des 30.000 emplois fictifs émiratis ternit encore l'image d'un Abbas El Fassi, qui, du temps où il occupait le poste de ministre de l'Emploi, avait eu une attitude contestée (et contestable).

Une chose est sûre: Les fantômes de l'administration se nourrissent des pommes d'or de la rente du jardin des Hespérides sans éveiller le moindre dragon. Mais aujourd'hui, il convient à l'acteur étatique de nettoyer les écuries d'Augias que sont devenues nos administrations, car 800 millions d'euros de pertes par an (selon le ministre déchu El Guerrouj), c'est quand même pas fantomatique.

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