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L'impact des médias sociaux sur la santé mentale des jeunes

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Teenager sitting on the bridge and texting on smartphone | Martin Dimitrov via Getty Images
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L'utilisation de médias sociaux tels que Facebook, Instagram et Snapchat a augmenté de façon exponentielle au cours des dernières années. Cela est particulièrement vrai chez les adolescents et les jeunes adultes. Une étude récente réalisée en Ontario indique que 80% des jeunes utilisent les réseaux sociaux au quotidien, dont près de 50% s'en servent pendant plus de deux heures par jour.

Quel est l'impact de l'utilisation des médias sociaux sur la santé mentale des jeunes? Ceci est une question pressante pour les chercheurs, qui ont réalisé de rigoureuses études sur le sujet.

Ces études produisent des résultats cohérents : l'utilisation intensive des médias sociaux est liée aux problèmes de santé mentale.

«Une utilisation récente de Facebook empire comment les gens se sentent d'un moment à l'autre et diminue leur satisfaction à l'égard de la vie. »

Par exemple, une étude de l'université de Pittsburgh surveillant de jeunes adultes indique que les utilisateurs intensifs de médias sociaux sont presque trois fois plus susceptibles de souffrir de dépression que les utilisateurs occasionnels. Une autre étude sur de jeunes adultes montre qu'une utilisation récente de Facebook empire comment les gens se sentent d'un moment à l'autre et diminue leur satisfaction à l'égard de la vie.

Ici au Canada, les chercheurs du Centre de Toxicomanie et de Santé mentale ont analysé les données sur plus de 10 000 adolescents. Cette analyse indique que les jeunes qui utilisent les médias sociaux pendant plus de deux heures par jour sont beaucoup plus susceptibles d'évaluer leur santé mentale comme « passable » ou « mauvaise » par rapport aux utilisateurs occasionnels.

Pourquoi l'utilisation intensive de médias sociaux est-elle associée à une détérioration de la santé mentale ? Trois facteurs interdépendants peuvent être en jeu.

Tout d'abord, une utilisation intensive peut avoir une influence négative sur les éléments clés de la santé physique, ce qui à son tour influe sur la santé mentale. Par exemple, une étude sur les adolescents indique que l'utilisation intensive des médias sociaux peut nuire grandement à la qualité et la durée du sommeil. Cette étude montre qu'un grand nombre de ces jeunes éprouve de la difficulté à quitter les réseaux sociaux et à se coucher. D'autres peuvent délibérément se réveiller au cours de la nuit pour consulter leurs comptes. Le sommeil est essentiel pour le cerveau en développement des adolescents, et un bon sommeil a toujours été associé à une bonne santé mentale.

D'autant plus que les grands utilisateurs de médias sociaux restent souvent affaissés sur une chaise, enfermés dans leurs chambres, rivés à leurs écrans. Cela implique qu'ils sautent parfois un repas ou deux et qu'ils adoptent un mode de vie sédentaire pendant de longues périodes. Cela est inquiétant, étant donné que l'exercice régulier et qu'une alimentation saine sont tous deux liés à une bonne santé mentale.

Deuxièmement, certaines recherches montrent que « l'utilisation passive » des médias sociaux peut être particulièrement mauvaise pour la santé mentale. L'utilisation passive fait référence à l'observation habituelle des profils sociaux d'autres individus. Une étude montre que cette pratique peut mener à la jalousie et la rancœur. Une autre étude indique que l'utilisation passive peut réduire l'estime de soi et le bien-être.

«La plupart des gens utilisant les médias sociaux présentent leur personne et leur vie sous un jour exagérément flatteur.»

Il est facile de comprendre pourquoi l'utilisation passive peut aggraver la santé mentale.

La plupart des gens utilisant les médias sociaux présentent leur personne et leur vie sous un jour exagérément flatteur. Ce que vous voyez sur les médias sociaux est une version de la réalité qui a forcément été vigoureusement filtrée. Cela mène certains spectateurs passifs à faire des comparaisons défectueuses entre vies sociales et à conclure, à tort, que d'autres mènent une vie beaucoup plus enrichissante, passionnante et heureuse que la leur. Cela peut aggraver la santé mentale de manière générale.

Troisièmement, « l'utilisation active » des médias sociaux est aussi liée à une mauvaise santé mentale. L'utilisation active se réfère à la pratique de poster régulièrement des photos, des vidéos, des statuts ou des commentaires, et d'envoyer fréquemment des messages. Ce faisant, beaucoup des jeunes diffusent une quantité phénoménale d'information, se construisant une réalité dans le but de susciter l'approbation et l'admiration des autres.

Il peut être très néfaste pour l'amour-propre d'un jeune de ne recevoir que quelques « j'aime » ou commentaires sur un statut ou une photo. L'ensemble du processus peut conduire les jeunes à remettre en question leur valeur vis-à-vis des autres, ce qui pousse parfois les jeunes à autoévaluer leur apparence physique et leur style de vie de manière malsaine. Cela peut mener au doute et au dégoût de soi-même.

Dans le pire des cas, l'utilisation active des réseaux sociaux peut mener à la dérision ou à une attaque, au lieu de compliments et d'éloges. Poussé à l'extrême, cela peut prendre la forme d'harcèlement en ligne qui donne parfois lieu à un comportement suicidaire chez la victime.

Que peut-on faire pour atténuer les effets néfastes de l'utilisation des réseaux sociaux ?

Tout d'abord, nous devons faire plus pour sensibiliser le public à ces effets néfastes, permettant ainsi aux gens de prendre des décisions éclairées en ce qui concerne leur comportement en ligne. Deuxièmement, les adultes peuvent engager des discussions positives avec les jeunes sur l'acceptation de soi, en notant les dangers de la comparaison sociale et de la recherche d'approbation. Troisièmement, une déconnexion littérale pourrait être nécessaire, avec une extinction des modems ou des appareils pendant certaines périodes de temps, soit auto-imposée ou imposée par un autre.

Enfin, il ne faut pas oublier que les médias sociaux sont, à bien des égards, antisociaux. Faisons en sorte que le monde social réel joue un rôle plus important dans nos vies que le monde social virtuel. Cela conduira à des individus plus heureux et en meilleure santé mentale.

Tête à têtes est une nouvelle série de blogues lancée conjointement par le Huffington Post Québec et le Huffington Post Canada. Inspirée par le projet Maddie, cette série met l'accent sur les adolescents et la santé mentale. Elle a pour but de sensibiliser et de susciter des conversations en s'adressant directement aux adolescents qui traversent un moment difficile ainsi qu'à leurs familles, aux enseignants et aux dirigeants communautaires. Nous voulons nous assurer que les adolescents qui sont aux prises avec une maladie mentale reçoivent l'aide, le soutien et la compassion dont ils ont besoin. Si vous souhaitez contribuer à cette série, envoyez-nous un courriel à cette adresse : nouvelles@huffingtonpost.com.

Robert Whitley est Professeur adjoint au département de psychiatrie de l’Université McGill, chercheur à l'Institut Douglas

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