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Anis Lassoued, cinéaste: "Pour une transparence dans les subventions au cinéma"

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À 45 ans, Anis Lassoued a déjà 22 ans de métier. Il a suivi des études à l'Institut Maghrébin du Cinéma, la première école de cinéma en Tunisie.

Ses films expriment tous une préoccupation pour l'enfant: Les poupées de sucre, L'enfant et la moisson magique "Saba Flous", The ballon (La montgolfière),et Sabbat El Aid, le film qui a été primé près d'une trentaine de fois en près de 200 participations à des festivals cinématographiques à travers le monde, témoignent de cet intérêt.

Nous sommes parti à la découverte de cinéaste indépendant, qui est son propre producteur. Il nous a reçu au siège de Lumières production.

"On s'attend toujours à ce qu'une révolution culturelle arrive des gens de la culture.
La culture ne dépend pas uniquement des 'intello' et des 'hommes de la culture', c'est une manière de vivre, garder son pays propre est une culture, respecter autrui, c'est une culture. La révolution culturelle, c'est dans le comportement de chacun de nous, dans la vie quotidienne".

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Pouvez vous parler de votre parcours?

Je fais partie de la première promotion de l'Institut Maghrébin du Cinéma, nous sommes maintenant presque tous des professionnels, je peux citer Sofiane El Fani, Mourad Ben Cheikh, Farès Naanaa, Fathi Belaid...

Cette école était un rêve collectif. À l'époque le cinéma n'était pas considéré comme un métier, c'était plutôt un tabou. J'ai eu la chance de réaliser les deux premiers films de l'école en Tunisie, mon premier film s'appelait "Sebt achia" et le deuxième"Souar moufakaka", tous les deux en format 16 millimètre.

J'ai eu la chance de décrocher un stage de réalisation de documentaires à Paris pendant 3 mois et tout de suite après, j'ai intégré l'université de cinéma à Rome, où j'ai étudié les arts du spectacle pendant trois ans.

Après mon retour en Tunisie j'ai commencé à assister des réalisateurs tunisiens et étrangers, j'ai participé à des films comme Star Wars. Puis j'ai pensé à commencer mon propre parcours: en 2003 j'ai réalisé mon propre film, produit par Lotfi Laayouni, après quoi j'ai réalisé "Saba flouss". J'ai aussi réalisé des films documentaires pour des chaînes comme Al Jazeera documentaire.

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Dans mes films, je me focalise sur l'enfance, j'ai réalisé 7 films qui traitent de ce sujet.

Quand les événements ont éclaté en 2011, j'étais en train de préparer mon film "Sabbat el aid".
J'ai réalisé un film qui traite du personnage du 'nahdhaoui' typique; après les élections, ils ont gagné et ils ont envahi le terrain politique, donc j'ai senti le besoin de suivre et d'analyser ce phénomène.

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Photo du film Sabbat El Aid

Comment êtes-vous arrivé au cinéma?

Quand j'avais 15 ans, j'ai assisté à une projection du film de Nouri Bouzid "Rih Essed", c'était un pur hasard d'ailleurs, et c'était la rencontre extraordinaire avec le cinéma tunisien.

J'avais envie de raconter des histoires, mais avec ce film, j'ai réalisé que ma manière de raconter c'est derrière la machine, la caméra, dans mon imaginaire, je ne concevais pas des films qui racontent les histoires tunisiennes, vu que je regardais des westerns, des films étrangers.

Parlez nous de vos films cultes?

J'aime beaucoup de films, "Rih Essed" reste un film très important dans le cinéma tunisien, le langage utilisé dans ce film est très fort. Il y a aussi le film tunisien "Khlifa lagraa", un des premiers films de Youssef Chahine, "Bab el Hadid" (Gare centrale, 1958) au niveau du personnage et au niveau de l'esprit du néoréalisme arabe et le film " Al Mummia" (La Momie, Chadi Abd al-Salam, 1969) j'aime beaucoup le cinéma du Palestinien Elia Suleiman et le cinéma iranien que j'aime exceptionnellement.

"Le Voleur de bicyclette" (Vittorio de Sica, 1948) est un film italien que j'aime beaucoup, le cinéma italien est un de ceux qui m'ont appris beaucoup de choses et il m'a ouvert au cinéma de Kusturica et après, j'ai plongé dans le cinéma iranien que j'apprécie particulièrement.

Le cinéma est un art qui n'a pas de forme et qui mute continuellement, après le 11 septembre la fiction s'est mélangée avec la réalité, comme dit Godard "il n'y a plus de langage"; le futur du cinéma, c'est l'animation et le reportage comme un genre cinématographique, je trouve.

Et votre réalisateur phare?

Kiarostami a réussi à faire du cinéma un dispositif et est sortit du fait qu'il raconte une histoire dans son film "10 on Ten". Tous les personnages de ce film étaient des acteurs sauf le personnage principal, qui était l'enfant et la caméra était sur lui, il y avait une sorte de manipulation.

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Abbas Kiarostami

Vous êtes sur un nouveau projet?

Je suis en train de faire le casting d'un nouveau film sur les enfants et j'ai décidé de l'appeler "Le troisième genre".

J'ai un long parcours sur le thème de l'enfance, j'ai fait 7 films qui tournent autour de l'enfant, et je trouve que le casting est déjà un travail à filmer: on est face à des enfants conscients de tout et on les traite comme des petits, on croit que ce sont des "sous- produits" ou des "sous-humains", alors qu'ils sont réellement un 3ème genre.

L'enfant n'est pas malicieux, il parle sans limites, sans self control, il est le plus libre de tous les genres, on ne les écoute pas alors qu'on on croit les avoir écoutés, mais ce n'est pas vrai. L'âge idéal de l'enfant recherché, c'est 12 ans.

Je vais filmer les castings pour avoir un premier film documentaire qui débouchera sur le film projeté et pour trouver les dialogues de ce dernier.

Dans quel genre cinématographique vous situez-vous?

C'est une question que je me suis toujours posé: je suis où exactement? Mais je crois que je suis dans le réalisme imaginaire, ou le réalisme magique.

Comment vous en sortez-vous, face aux difficultés et aux challenges?

Je pense qu'un réalisateur doit absolument avoir sa propre boîte et chercher lui-même des ressources pour produire ses films. On ne peut pas être réalisateur, être producteur, c'est lié l'un à l'autre, il faut écrire et chercher l'argent pour écrire.

Les structures étatiques ne suivent pas les étapes: pour créer un film la première étape, c'est le développement de l'idée, l'écriture du scénario, les dialogues, le script, les ateliers, les conseillers, des psychologues.

Je crois qu'il faut développer le fonctionnement de l' État. Je trouve que le cinéma tunisien est en train de se développer mais que l'administration n'est pas entrain de suivre cette évolution.

Pourquoi l'État doit-il accorder une carte d'artiste professionnel: Est-ce le rôle de l'État?

Tout comme pour l'ordre des architectes ou l'ordre des médecins, l'État doit organiser un peu pour pouvoir accorder les subventions aux professionnels, au moins aux réalisateurs ayant déjà réalisé un film.

Pensez-vous que la commission qui accorde les subventions est transparente à 100%?

Il faut rendre cette commission plus transparente, Comment on en choisit les membres? Il faut mettre en ligne leurs cv et leur parcours. On doit pouvoir aussi trouver la liste des projets déposés
ils doivent faire savoir selon quels critères ils décident d'accorder les subventions et séparer les catégories: long, court et doc, faire une commission pour chaque catégorie et expliquer aux personnes qui ont étés refusées pourquoi avec une note de lecture obligatoire.

Il faut aussi mentionner les noms des sociétés qui ont présenté des demandes de subventions et interdire aux membres de la commission de déposer des demandes de subventions à travers leurs sociétés ou leurs partenaires: c'est le problème le plus récurrent, c'est comme ça qu'il obtiennent les subventions.

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