LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Rim Ben Fraj Headshot

Corps étranger de Raja Amari: Un corps- à-corps raté

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Mesdemoiselles, vous voulez fuir votre frère barbu et l'enfer de votre pays noyé dans l'extrémisme, pour trouver la liberté et le bien-être? C'est simple: montez dans une barque, plongez au bon moment et vous vous vous retrouverez sans transition au paradis. It's magic: pas de Frontex, pas de police des frontières, pas de galère pour arriver de Lampedusa à Lyon (1315 km à vol d'oiseau, 2155 km par la route, véritable course d'obstacles dans laquelle la plupart des harragas échouent). Ce paradis peut s'appeler Lyon.

Vous trouverez tout de suite un boulot, il suffit d'entrer dans le premier bistrot venu, où un barman gaulois vous offrira un café (ça, ça ne se voit qu'au cinéma) et l'employeuse providentielle apparaîtra tout de suite, d'un nouveau coup de baguette magique. Vous vous retrouverez dans un "appartement de célibataires", où l'on écoute RTCI, comme au bled. Il ne vous reste plus qu'à faire la vaisselle, comme au bled.

On comprendra qu'avec une telle entrée en scène, l'histoire que raconte Corps étranger, de Raja Amari, ait eu du mal à nous convaincre. Production prestigieuse, actrices et acteurs de talent: la réalisatrice avait presque tout pour réussir. Sauf peut-être un bon ou une bonne scénariste. Quelqu'un qui aurait résolu le premier problème: comment raconter une histoire fictive en lui donnant un minimum de vraisemblance?



Un trio en remake

Tout comme dans Satin rouge, le premier film de Raja, on est face à un trio de personnages principaux, dont un couple déclaré et une histoire d'amour refoulée. Malheureusement, non seulement le scénario est invraisemblable mais les dialogues sont mal ficelés et le film ne tient que par la présence forte des trois acteurs principaux, en premier lieu Hiam Abbas - qu'on ne peut pas ne pas aimer -, qui se débrouillent comme ils peuvent en l'absence d'une direction éclairée. Mais il ne suffit pas de trouver la bonne productrice et la bonne actrice pour faire un film.

Syndrome du papillon

Corps étranger souffre d'une pathologie typiquement tunisienne, qui consiste à vouloir tout traiter dans un seul et même film: La question du genre, l'immigration, l'intégrisme, le désir refoulé. Mais comme souvent, à vouloir tout traiter, on maltraite tout, et les spectateurs avec. Le papillon se brûle généralement les ailes au feu des subventions.

Peut mieux faire. Quand le cinéma tunisien aura trouvé de vrais scénaristes. Des candidats?

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.