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Clash de Mohamed Diab, un huis clos humain, trop humain!

Publication: Mis à jour:
CLASH
Youtube/Pathé Gaumont/Bande annonce Clash VOST
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Clash, film-choc a été sélectionné dans la compétition officielle des JCC, après avoir été projeté dans la section "Un certain regard" au Festival de Cannes.

Dès le lancement du générique, le silence s'empare de la salle comble, du parterre au premier balcon, le deuxième balcon du Colisée étant condamné depuis un moment.

Nous voilà plongés dans l'une de ces journées tragiques de juillet 2013 au Caire. Le général Al-Sissi et ses hommes viennent de renverser le président élu Mohamed Morsi. La capitale égyptienne est en ébullition, envahie par des manifestants "pour" et "contre" qui s'affrontent entre eux et avec les forces de l'ordre.

Un journaliste américano-égyptien d'Associated Press et un photographe local sont les premiers à se faire embarquer dans un fourgon de police pour avoir photographié les policiers en pleine action. Dans son film de 2010, Diab avait mis en scène le harcèlement sexuel des femmes dans le bus 678, mais celui-ci n'était pas le seul décor du film.

Cette fois-ci, le fourgon, véritable camion de concentration, va être le seul lieu du film, et le décor d'un huis clos infernal. Aux deux premiers détenus succèdent plusieurs groupes de personnes brutalement interpellées, rejointes vers la fin par deux militaires qui ont tenté d'intervenir en leur faveur.

Comme dans "L'immeuble Yacoubian", le roman d'Alaa Al Aswany, réalisé par Marwan Hamed, tous les profils sociaux sont présents. Mais ici, les protagonistes s'affrontent dans un espace confiné, étouffant, dans lequel ils risquent de mourir, comme cela est réellement arrivé en juillet 2013.

Au fil de ce long calvaire, les relations entre les incarcérés et l'extérieur passent d'un extrême à l'autre, de la méfiance à l'hostilité, de la violence à la fraternité; au-delà de leurs différences affichées - islamistes contre laïcs, pro-Morsi contre pro-Sissi, politisés contre apolitiques, hommes contre femmes- ils prennent progressivement conscience de leur commune humanité à partir du constat imposé par leur situation: ils ont tous les mêmes besoins vitaux.

Ces besoins vitaux, ce sont d'abord bien sûr, les premiers besoins naturels - l'eau à boire et à évacuer, l'air à respirer, le sang qui doit s'arrêter de couler-, mais aussi le besoin, tout aussi naturel, d'être libre de ses mouvements, donc de trouver ensemble le moyen de sortir de la cage.

Comparés aux films, surtout hollywoodiens, de huis clos - en général des avions, des prisons, des banques - Clash innove en situant l'action dans un fourgon de police.

Inévitablement, le public s'est fortement identifié aux personnages. Au-delà du contexte politique spécifiquement égyptien, Clash parle à tous les publics, et pas seulement arabe.

Comme l'affirme Mohamed Diab, dans une interview au journal Le Monde, le film "parle moins des politiques que de l'humain ... au-delà de la situation politique, Clash aborde des questions fondamentalement humaines et universelles : la haine de l'autre, le malentendu entre ceux qui pensent différemment, les besoins primaires que nous partageons tous".

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