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Sexe, alcool et mini-jupe, liste non exhaustive des interdits pour les femmes tunisiennes

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Vivons heureux, vivons cachés. Si cet adage est valable dans l'absolu, il l'est encore plus quand tu es une femme, vivant en Tunisie.

Sexe, alcool, mini-jupe ou décolleté, parfois même une cigarette, et c'est foutu, tu es assimilée à une fille aux mœurs légères, une putain, une égarée, une impie tant qu'on y est.

Et pire encore, si tu oses protester. Tu ne risqueras généralement rien au niveau des lois, mais tu risqueras beaucoup quant à ta réputation. Et une réputation dans ce pays des apparences, ça compte énormément... plus que tout.

Loin des théories sur ce que dit la loi, car la loi dit une chose et son contraire à la fois et qu'il y a des gens qui s'en fichent amplement des lois dans ces cas de figures, il suffit pour une fille d'aller dans un bar, pas un endroit populaire où la bière est à 3 dinars (car les filles n'oseraient même pas s'y aventurer), mais bien là où on vend la bière à 6 ou 7 dinars, de s'asseoir seule quelques temps.

Si tu ne risques pas une descente de la police, tu n'échapperas néanmoins pas à quelques regards insistants, "dénudants", une main dans le dos, quelques mots qui se veulent galants, mais qui n'inspirent que le dégoût.

Les mieux nantis t'inviteront à partager quelques verres, bien que tu n'aies rien demandé. Rien, juste un moment de tranquillité, comme en a droit chaque homme dans ce pays.

Sans parler du fait d'aller acheter de l'alcool. Là aussi il ne s'agit nullement de lieux "à hommes", là où on doit faire la queue pour s'en procurer, mais de grandes surfaces. Il est quasi impossible d'entrer dans ces fameuses caves sans être agressée verbalement et la vulgarité, ça ne manque pas dans ce pays.

Et il y en a de toutes les couleurs: ceux qui t'abordes en s'improvisant dégustateurs avisés de vins, proposant leurs conseils, ceux qui proposent plus si affinités et ceux qui t'insultes carrément avec la phrase si moralisatrice et abjecte: "Adieu à un pays où les femmes boivent comme les hommes"!

Pendant tous ces moments, tu seras tristement seule à y faire face.

Les unes se taisent, lassées par des sous-hommes qui ne méritent qu'à être ignorés, d'autres répliquent timidement car la crainte que ça empire est présente; un échange musclé, des agents de la sécurité qui interviennent, des voyeurs qui t'entourent, ton jury est là et le quorum est atteint pour juger de ta bonne tenue...et bien sûr un jury de ce genre ne badine pas avec ce que dicte "la morale" et la religion envers les femmes bien sûr, seulement elles.

Attention, ton casier s'alourdit si tu portes dans ces circonstances une tenue jugée légère, une mini-jupe ou un décolleté. Là toutes les preuves sont contre toi. Même pas besoin d'en savoir plus pour tes inquisiteurs.

Inutile de s'atteler sur ce que tu risques pour un baiser ou un signe de tendresse en public.
Là, tu seras répudiée sur le champ et nos journaux se donneront à cœur joie de relayer une "info" aussi alléchante avec pour titre:"X trouvée en flagrant délit sur le bord d'une piscine, d'une plage, d'une voiture" car le cher peuple de frustrés sexuels adore hausser sa culture générale avec des articles très profonds de ce genre.

Ce ne sont pas des éventualités mais une si triste réalité, avérée tous les jours pour les femmes qui ont eu l'audace de s'assumer publiquement, de vivre tout simplement en tant que citoyennes dans un "État de droit".

Alors une femme en Tunisie, encore pire si elle est une personnalité publique, n'a pas le droit à une vie privée, pas le droit à une vie tout court.

Les plus "modérés" et les plus hypocrites parmi ses inquisiteurs au nom de la morale et des valeurs musulmanes veulent pour elle une vie cachée, souterraine. Les plus durs ne jurent que par les plaisirs de l'au-delà. Pour l'espérer, ils anéantissent la femme et s'immiscent dans sa vie, pour en jouir, doublement, durant leur vie et après leur mort.

Dans le pays du statut de la femme le plus avancé du monde arabe, le pays des "acquis", vivre librement pour une femme est un sacrilège!

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