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Liberté de croyance et de conscience, dites-vous? Sacrées libertés!

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FREEDOM ISLAM
pixelfusion3d via Getty Images
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Saluons une Constitution "l'une des meilleures au monde", un contrat social qui préserve les libertés individuelles, dont la liberté de croyance et de conscience et autres beaux discours vantant la Tunisie progressiste, toujours en comparaison à d'autres pays arabes, mais progressiste quand-même! Aiment croire certains d'entre nous.

Mais quand la réalité nous rattrape avec son lot de faits divers qui mettent la société à nu, du citoyen lambda, en passant par certains de ses policiers et de sa Justice, imbibés par l'orthodoxie religieuse, on s'aperçoit que le fameux contrat social illustré par notre fameuse Constitution, n'a pas été rompu mais n'a jamais existé !

Car un contrat suppose un engagement concret, mutuel, consenti, clair et explicite pour respecter et préserver les droits de chacun, or quand les termes du contrat sont ambigus, qu'ils stipulent une chose (la liberté de conscience et de croyance) et son contraire (la protection du sacré), alors chacun oppose sa propre interprétation et veut faire prévaloir ses propres droits quite à piétiner ceux des autres.

Ça donne au final, un spectacle désolant, chaque ramadan, avec des Tunisiens harcelés parce qu'ils ne jeûnent pas, des cafés fermés par "respect des sentiments religieux", des Tunisiens sommés de se cacher pour une gorgée d'eau en public ou le comble, des Tunisiens condamnés à la prison pour ne pas avoir respecter, la sacro-sainte règle de la discrétion, érigée en énième pilier de la citoyenneté lors du ramadan.

Quand une partie des Tunisiens bafouent délibérément le contrat, on peut à la limite le comprendre, vu l'état de nivellement généralisé engendrant leur inaptitude à intégrer ses préceptes mais quand l'État et ses appareils cautionnent cette descente vers le bas, là se pose le problème.

On est ainsi face à un État impartial, qui penche, pire, fait prévaloir les droits d'une partie au détriment d'une autre. La fissure originelle du contrat (article 6 de la Constitution) devient un gouffre géant périlleux où sont jetés les minimas d'équité que suppose le contrat. Il est dès lors un leurre, pire, dangereux pour la partie lésée. Que doit faire cette dernière, encaisser? Elle ne cesse de le faire depuis des lustres.

Attendre le jugement dernier de la Cour Constitutionnelle en sa faveur pour conférer un certain équilibre à ce contrat? L'attente est de plus en plus longue. La lumière au bout du tunnel semble tellement lointaine.

Alors, entre-temps, toutes les abjections sont probables pour faire perdurer l'état (et l'ETAT) de non droit: un café, une gorgée d'eau, une jupe un peu courte lors du Ramadan deviennent des offenses suprêmes à la religion et aux sentiments si fébriles et faibles des jeûneurs, incapables de résister à la tentation (l'essence même du jeûne). La Tunisie n'est alors qu'un vase clos, bon à vivre pour ces derniers et une prison à ciel ouvert pour les autres.

Liberté de croyance et de conscience, dites-vous? Beau sur le papier!

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