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Le film "Vent du Nord" de Walid Mattar: Quand "l'Eldorado" européen devient l'ultime chimère

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CINÉMA- Mondialisation, délocalisation, migration..les mots moulinés, psalmodiés dans les médias tous les jours. Des mots analysés, décortiqués avec des chiffres. Des mots qui divisent: "nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde", plaide-t-on pour réfuter la migration, "le migrant qui arrache les emplois des ouvriers français", alertent certains, "la liberté de circulation est un droit universel", clament d'autres.

Derrière ces discours, derrière ces chiffres et ces partis pris, il y a des hommes et des femmes, du sud comme du nord, peut-être éloignés par les frontières, et peut-être aussi par les idéologies mais tellement proches par leurs désillusions, ballotés par des vents croisés. La violence de ces désillusions est filmée avec douceur dans "Vent du Nord".



Hervé, un ouvrier français perd son emploi après la délocalisation de son entreprise en Tunisie et Foued, joué par Mohamed Amine Hamzaoui, sera embauché pour occuper le même poste d'Hervé. Sa tâche répétitive dans ce poste est aussi monotone que sa vie, mais il s'accroche, se bat, animé par l'amour de sa mère et d'une ouvrière à l'usine, jouée par Abir Banani.

Hervé, joué par Philipe Rebbot, se bat aussi, porté par la persévérance de sa femme et l'effervescence de son fils. Il ne croise pas les bras, essaye de rebondir après avoir été dévasté par un chômage imposé, il monte avec son fils un projet de pêche.

Les ambitions simples de Hervé et de Foued seront vite rattrapées par la loi pour l'un et par le non-droit pour l'autre.

Hervé ou Foued, sont les deux sous-traitants de la mondialisation. Dans la machine bien rodée du système, ces deux ouvriers sont les maillons faibles, les premiers à être sacrifiés sur l'autel du gain à coup du dumping social. Un système où l'humain n'est qu'un chiffre de plus ou de moins. Travailler dignement dans cette ronde économique, on l'arrache ou on se résigne à la perdre. Hervé comme Foued n'ont rien, que la force de leur travail et des espérances de leurs rêves.

"Vent du Nord" est un récit amer de la force du vent qui balaie des foyers et essouffle des espoirs. Walid Mattar ne tombe pourtant pas dans la facilité du pathos, il fait rire le spectateur, lui fait des clins d'oeil subtils, l'interpelle délicatement.

"Vent du Nord" est un film tunisien, français mais aussi algérien, italien, anglais, polonais...un film transnational qui s'adresse à toutes les victimes du système dans lequel elles se croisent parfois mais y sortent toutes perdantes.

Le savent-elles? Peuvent-elles se rejoindre un jour? Une alternative est-elle envisageable? Les uns appellent à la fermeture des frontières pour les capitaux et les hommes ou le patriotisme économique et d'autres théorisent les utopies réelles pour résister à l'économie du marché. Lesquelles de ces alternatives est plus utopiste? Le film invite à y réfléchir.

Après avoir décroché trois prix aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC), "Vend du Nord" de Walid Mattar est actuellement dans les salles en Tunisie, en attendant une sortie en France pour mars 2018.

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