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Tunisie: La femme, ayant bu et en mini-jupe, une cible facile pour certains policiers?

Publication: Mis à jour:
WOMEN TUNISIA MINI SKIRT
FETHI BELAID via Getty Images
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La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux, elle met en scène en plein sens du terme, une femme insultant des policiers lors d'un point de contrôle. Cette dernière avait posté quelques jours auparavant des photos d'elle avec des hématomes sur le visage, se disant être victime d'une violence policière.

Alors que les uns compatissent avec la jeune femme, fustigeant la brutalité policière récurrente, d'autres s'insurgent contre son comportement, son agressivité, "indigne d'une femme".

Au-delà de qui a raison et qui a tort dans cette énième affaire opposant citoyens et policiers - car la question devrait être examinée devant le tribunal et non être jugée par des inquisiteurs de part et d'autre -, ce qui est frappant, ce sont les commentaires moralisateurs des internautes à l'égard de cette femme.

Des commentaires qui dépassent le fond de l'affaire pour manifester une mentalité portée par des hommes, véhiculée par certains policiers et des femmes, qui considèrent d'emblée qu'une femme en mini-jupe, ayant bu de l'alcool et rentrant tard le soir comme une pute. Peu importe ce qu'elle aurait dit ou fait, l'image suffit pour former leur jugement. D'ailleurs, leurs jugements ne se forment pas, ils sont tous prêts, figés et sans nuances.

Derrière la défense de la féminité, bafouée, selon eux, par la "vulgarité" de cette femme, est renvoyée une sous-estimation, pour ne pas dire un mépris des femmes. Auraient-ils en effet le même discours moralisateur s'il s'agissait d'un homme? Pas si sûr. Car un homme peut, doit être agressif, peut se saouler, rien d'aussi choquant, sa virilité est intacte, mieux, préservée!

Ce regard porté sur les femmes est palpable chez certains policiers: "Où étais-tu? Tu étais dans un bar?", "Tu as bu combien de verres?", "tes parents sont au courant?", des phrases (trop) souvent énoncées par les forces de l'ordre tunisiennes, lors des contrôles de routine, alors que la fille en question n'est pas au volant, ce qui pourrait justifier un tel questionnaire sur son alcoolémie. Et ce, au-delà du fait que tous les citoyens sont tenus de coopérer avec les policiers lors d'un contrôle d'identité.

Ce qui est abjecte est que la police s'érige en défenseur des "bonnes moeurs" alors que le socle de cette coopération devrait être les principes républicains dont les policiers sont amenés à en être les gardiens sinon l'expression "une police républicaine" n'est qu'un leurre. Faut-il le rappeler encore!

Sans parler d'un précédent dangereux consistant à filmer la personne arrêtée et à monter ensuite la vidéo comme si le rapport de force était égal entre le citoyen et les policiers. Comme un moyen de plus pour pencher la balance, déjà largement en leur faveur avec l'article relatif à l'outrage à un agent public, agité comme une épée de Damoclès sur tous les citoyens à la moindre interaction.

Mais le fait qu'il ne s'agissait pas d'un homme dans cette affaire a fait tourner le regard sur le fond de ce problème récurrent du rapport policier-citoyen pour mater les cuisses de cette femme et ses entre-cuisses, qui devraient lui dicter, selon eux, ce qu'elle doit faire, ou plutôt ne pas faire, puisque ce qui lui est interdit est plus qu'il ne lui est permis.

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