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Andi Menkollek: Des Hajer, il y en a et il y en aura d'autres tant qu'existera cette loi infâme

Publication: Mis à jour:
VIOL
VANDERLEI ALMEIDA/AFP/Getty Images
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Ala Chebbi en insinuant l'éventualité du mariage de la victime, objet de viols incestueux depuis l'âge de 14 ans, avec l'un de ses violeurs n'était pas hors la loi. Sa solution trouve un écho dans l'article 227 bis du code pénal tunisien, qui énonce que le mariage du coupable avec la victime arrête les poursuites ou les effets de la condamnation.

S'il n'y a rien à lui reprocher de point de vue légal sur ce point, il y a beaucoup à dire d'un point de vue moral, éthique et sur le rôle du journaliste, jouissant d'un telle aura. Comment peut-on choisir de tirer le société vers le bas en normalisant et en cautionnant une telle pratique? alors qu'en ayant le courage et la noblesse de la tirer vers le haut en allant parfois à contre-sens du politiquement correct, l'on peut remettre les choses en perspectives, mais ça, c'est un autre débat.

Au-delà de cet animateur et son émission, suspendue pendant trois mois et qui reviendra de plus belle après avec son cortège de misères, au-delà de cette fille de 17 ans qui tombera aux oubliettes une fois les ardeurs des indignés refroidies avec le temps et qu'une actualité chasse une autre, au-delà de son enfant qui grandira dans de piteuses conditions, seul, rongé par la honte à affronter une société sans pitié, comme tant d'enfants nés dans les mêmes conditions, des enfants d'incestes et de viols..., une fois la braise de la colère éteinte, une fois les grands discours dénonciateurs auront fait leur effet, momentanée et sans lendemain, une chose infâme restera figée.

Tant qu'elle est là, toutes nos révoltes, tous nos combats virtuels demeureront désuets, des Hajer il y en aura d'autres, des Ala Chebbi et des émissions de télé-réalités aussi. Les décisions de suspension de la HAICA, les campagnes d'indignation auront de beaux jours devant eux.

En effet, toute l'insanité prend forme dans l'article 227 bis du code pénal. Un tel article bénira encore et encore le mariage d'une victime avec son violeur, peut-être tous les jours en Tunisie, loin des médias, des "Andi Menkollek", dans un silence honteux. Car il s'agit d'une honte, non pas pour la victime, celle-là aura sa double peine, ceux qui devraient se sentir honteux sont ailleurs.

Honte à des familles qui poussent une victime à épouser son violeur, qui préfèrent enterrer l'affaire ou plutôt enterrer symboliquement à jamais leur fille, en se souciant uniquement des regards de la société.

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Honte à la société qui jette des regards réprobateurs à une victime, la désignant comme coupable de son calvaire.

Honte à un homme qui refuse de se marier à une fille violée en la considérant comme souillée dans son honneur pour un crime dont elle est la seule victime.

Honte à des politiques qui d'adonnent à outrance à leurs chamailleries, s'activent pour s'échanger des coups bas, mais quand ils se rappellent leur rôle, la nécessité mille fois réitérée d'une refonte du Code pénal et de bien d'autres lois, ils traînent les pieds entre absentéisme, paperasses interminables et calculs politiques, oubliant qu'entre-temps des lois, leurs lois écrasent tous les jours des êtres humains. Ah, mais, on n'en a cure de l'humain sous nos cieux. Ces politiques sont les élus de coeur d'une société elle-même inhumaine, inquisitrice à bien des égards envers ces gens.

Alors en attendant que ce cercle vicieux soit brisé, contentons-nous de pleurer sur les sorts de ces misérables. Notre peine sera aussi éphémère que notre colère en attendant une autre Hajer.

D'ici là, le temps et l'oubli sont les meilleurs remèdes.

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