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"À mon âge je me cache encore pour fumer": Quand le champ de bataille est le corps des femmes

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FILM
capture écran du film
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CINÉMA- Sorti dans les salles en Tunisie, le 17 mai, "À mon âge je me cache encore pour fumer" est un film à voir parce qu'il fait part avec authenticité et acuité d'une bataille ancestrale mais bouillonnante toujours, ayant dans le collimateur les femmes et leurs corps, dans le sillage des guerres latentes ou déclarées des islamistes.

"À mon âge je me cache encore pour fumer" était à l'origine une pièce de théâtre à succès écrite en 2009 par la dramaturge algérienne Ryhana. Menacée et ayant failli être brûlée par un intégriste qui l'avait aspergé d'essence suite à cette pièce, Rayhana a persévéré en portant son œuvre théâtrale sur le grand écran. Une conversion réussie avec un scénario perfectionné et d'une justesse admirable. Les actrices Hiam Abbass, Biyouna, Fadila Belkebla sont les actrices principales du film.

On a vu pour vous "À mon âge je me cache encore pour fumer"

"À mon âge, je me cache encore pour fumer" n'est pas un énième film surfant sur l'exotisme des veilles villes et ses hammams, ni une plongée voyeuriste pour mater les corps ruisselants de femmes nues, le hammam n'est qu'un abri pour femmes mais néanmoins, un champ de bataille dans une guerre civile qui s'est faufilée jusqu'à la sphère de l'intime, ayant pour enjeu les femmes et leurs corps.

L'histoire est celle d'une jeune femme tombée enceinte hors mariage (les rumeurs disent qu'elle a attrapé le spermatozoïde au hammam) qui fuit les coups de son frère-un Algérien émigré en France et retourné répandre sa haine sur sa soeur "fautive". Terrorisée, la jeune femme se réfugie dans ce hammam. Ayant trouvé secours chez sa gérante, la future maman attendra dans sa cachette, le dénouement de son sort et de celui de son enfant, que son frangin a promis de tuer "et boire son sang" pour purifier son "honneur souillé".

Autour de l'attente harassante de la jeune femme dont l'accouchement est imminent, d'autres -histoires tragiques et beaucoup moins- se confient entre femmes, des coeurs se vident au rythme des seaux et des langues -acerbes parfois dilués- en rinçant les corps, délavant les apparences pour plonger au fond de l'Algérie, dans sa vérité, ses tiraillements, ses contradictions, sa complexité, qui embrassent ceux de l'Humain sur fond d'une lutte entre islamisme et progressisme.

Les corps de ces femmes dans ce hammam sont les témoins de cette lutte, entre la soif et l'obstination à le libérer, et l'autre volonté de le réprimer, l'étouffer sous le joug des dogmes, le souiller par le sang, pour en faire l'instrument des hommes uniquement.
Le hammam est ici plus un lieu pour laver les corps de la haine répandue dans ses alentours.

Le rire est bien présent au détour d'une tragédie. Ces femmes excellent dans la simplicité populaire à répandre les jurons et aussitôt l'amour.

C'est un film sur la décennie noire de l'Algérie dont le spectre plane toujours sur elle comme sur la Tunisie et bien d'autres pays arabes où sévit l'islamisme avec ses différentes variantes: c'était le Front islamique du salut ou Armée islamique du salut, AQMI plus tard, Daech aujourd'hui, etc.

L'affrontement ancien, nouveau n'a pas perdu de sa voracité malgré quelques moments de répits.

La résistance de ses dernières n'a pas faibli aussi. Ce film est une ode à la désobéissance, à la combativité de ces femmes.

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