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Gouvernement: Hamid Chabat trébuche dans la dernière ligne droite

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CHABAT
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MAJORITÉ - Alors que s'ouvre l'ultime round de négociations pour la formation du gouvernement, le parti de l'Istiqlal est dans une position peu enviable. La dernière sortie du secrétaire général du parti Hamid Chabat l'a empêtré dans une débâcle dont il a méjugé les répercussions, appuyant ainsi la thèse de ses adversaires politiques, qui lui reprochent tantôt son inconstance, tantôt une impétuosité aux conséquences irréfléchies.

Au Parti de l'Istiqlal, l'attitude dominante, ce matin, était une attente circonspecte et appréhensive de la suite. Avec son communiqué résolu mais néanmoins conciliant, le parti dirigé par Hamid Chabat espérait que la crise soit contenue, et qu'elle n'ait pas de versant diplomatique. Mais l'estocade a été portée au parti, dont la ligne de défense était que "le communiqué de l'UPR contient des attaques et des provocations inadmissibles à l'endroit du Maroc, et ne concerne pas que l'Istiqlal", selon le commentaire d'un membre de l'état major du parti.

En substance, si l'UPR avait fait preuve de finesse et de diplomatie, et avait répondu uniquement à l'Istiqlal, le parti de la balance n'aurait pu se carapater de la sorte, puisqu'il n'aurait pu escamoter le fait que la réponse de l'UPR lui était, avant tout, adressée, en incriminant un communiqué cocardier et passablement jingo, tympanisant plus largement le Maroc et ses élites politiques.

La réaction du ministère des Affaires étrangères a, finalement, confirmé les craintes des dirigeants de l'Istiqlal. Enclavé, désavoué, Hamid Chabat s'est vu reprocher "par ce genre de déclarations, qui manquent manifestement de retenue et de maturité", de verser "dans la même logique des ennemis de l'intégrité territoriale du royaume et qui combattent son retour légitime à sa famille institutionnelle africaine".

"Irresponsable"

Aussi débordant d'espoir qu'il soit, Hamid Chabat savait qu'il ne pouvait plaider l'unité face à la sortie exaltée de l'UPR, tout comme il savait que les marques de solidarité de la part des autres formations et des personnalités politiques seront rares, voire inexistantes.

Alors que s'ouvre l'ultime round des négociations pour la formation du gouvernement Benkirane III, la passe d'arme entre Hamid Chabat et l'UPR risque d'affaiblir la position de l'Istiqlal. Au moment où le Rassemblement national des indépendants (RNI) réclame l'exclusion du parti de la balance de la majorité, et où Benkirane semble parvenir de plus en plus difficilement à défendre son allié, voilà que sa sortie vient éroder tout ce que l'Istiqlal a prudemment construit depuis des mois: son nouveau positionnement, son statut d'associé égal en droits et en devoirs dans la majorité en construction, le réajustement du discours officiel du parti, dicté par l’essoufflement de la posture d'opposition.

Si la participation au gouvernement ordonnançait l'horizon d’attente de l'Istiqlal, et articulait une nouvelle ligne politique pour le parti, dont le geste fondateur a été de faire table rase avec le PJD, la sortie de Chabat vient aussi renverser le rapport de forces en sa défaveur, et réduit considérablement l'ascendant politique dont il aurait pu bénéficier pour mener les négociations, en donnant du grain à moudre à ses adversaires. Le RNI en premier. Et celui-ci semble déterminé à faire un usage tactique du faux-pas de Hamid Chabat, pour en tirer des bénéfices politiques.

"Cela prouve, si besoin est, que le secrétaire général de l'Istiqlal ne possède pas la carrure d'un homme d'Etat", lâche, tout de go, un membre du RNI contacté par le HuffPost Maroc, qui considère que "les relations maroco-mauritaniennes sont sensibles. On ne peut se permettre de faux pas de la sorte".

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