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Parents d'élèves: le "saignement" privé

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Blend Images - Tanya Constantine
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SOCIÉTÉ - Bonne nouvelle, l'école britannique s'installe au Maroc! Enfin, bonne nouvelle pour l'école britannique qui pose ses valises bientôt remplies de billets à Casablanca. A l'image des écoles espagnole, italienne, française, belge, et la cohorte d'établissements privés homologués, l'école britannique pratiquera à son tour des prix exorbitants (on parle de 150.000 DH/an).

L'enseignement public ayant irrémédiablement failli à son devoir, les parents, ces héros des temps modernes, se saignent aux quatre veines pour assurer un semblant d'avenir à leur progéniture. Nous ne parlons pas là de nantis pour lesquels un chèque de 80.000 dirhams par an équivaut à un vulgaire pourboire, mais de ménages issus de la classe moyenne, d'hommes et de femmes ayant accédé au statut de cadres à force de labeur, de sueur et de larmes. Ce sont ceux-là qu'on livre pieds et poings liés aux nababs à cigare de l'enseignement.

Des milliers de contribuables taiseux et disciplinés sont jetés en pâture à ces usines à cash, en situation de quasi-monopole, ne cessant d'augmenter leurs tarifs au gré d'un appétit mercantile sans limites. Le parent aligne les billets. Il n'a pas le choix, il se plie en quatre, débloque des crédits, réduit son bas de laine à néant, tandis que l'état contemple ce massacre en règle en rêvassant à des réformes fantaisistes.

Il suffit d'écouter, pour s'en convaincre, Lahcen Daoudi, ministre de l'enseignement supérieur qui, toute honte bue, déclare qu'un étudiant ignorant la langue anglaise n'a qu'à "creuser sa tombe" (sic). Les gouvernements qui se sont succédés ces quinze dernières années ont engagé des milliards de deniers publics dans la réanimation d'un cadavre à la renverse, brassant de l'air pour se donner le sentiment d'agir. Stratégie perdante. Car, au lieu d'essayer de ressusciter un système public mort et enterré depuis le début des années 90, l'état devrait aider les parents à combattre la gloutonnerie du privé et des missions étrangères.

Bateaux ivres, ces écoles jugent l'élève selon la bourse de ses géniteurs. Chaque rentrée apporte son lot de mauvaises surprises. En dix ans, les frais de scolarité du réseau de l'AEFE (mission française) ont tout simplement doublé. Une proposition de loi portée par un parti d'opposition suggère de déduire une fraction des frais de scolarité de l'impôt sur le revenu des salariés, à la manière de ce qui se pratique en matière d'intérêts sur les crédits immobiliers. Loi superbement ignorée par le gouvernement, balayée sous le tapis du mépris.

Pourtant, c'est bien ce genre de pistes qu'il faudra explorer pour venir au secours de parents d'élèves réduits à l'état de tirelire. On assiste donc, impuissants, au calvaire de couples dont les enfants absorbent l'essentiel du revenu disponible, des couples qui s'oublient, sacrifient leur bien-être, leur santé, leurs vacances, leurs passions, leur épanouissement personnel au bénéfice de groupes scolaires boulimiques.

Comment s'étonner dès lors que le moral des ménages, tel que révélé par le HCP, soit à son niveau le plus bas depuis huit ans? Il est grand temps que l'état s'inquiète de cette gronde latente qui ne demande qu'à exploser. Car, qu'on se le dise avant qu'il ne soit trop tard, quand le parent d'élève s'éveillera, le Maroc tremblera.

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