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Pour un Maroc plus localement mélomane

Publication: Mis à jour:
N3RDISTAN
Youssef Roudaby/HuffPost Maroc
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MUSIQUE - Salle comble, et public comblé cette semaine au Studio des Arts Vivants de Casablanca pour le concert de Oum. J'en sors optimiste. Si le brio de la chanteuse n'est plus à contester, j'espère revoir d'autres salles remplies par des Marocains, pour des Marocains.

J'ai espoir que les Marocains s'enorgueillissent également de leurs jazzmen and women, de leurs rappeurs, gnawis, luthistes, écrivains poètes compositeurs, rockeurs, soulmen and women, virtuoses du modern chaâbi. Ceux qui s'inspirent des plus grands, qui font groover le chaâbi, urbanisent le gnawa et la aâyta, rajoutent de la soul aux rythmes sahraouis, du latino à une "qassida" andalouse.

Ceux qui glorifient la richesse musicale dans toutes les régions du Maroc, de Tanger à Lagouira, ces trésors portés par des troupes locales qui pérennisent nos traditions musicales régionales. Des troupes que l'on ne connaît même pas et qui, pourtant, influencent tous ces artistes fabuleux et talentueux. Car oui, il y a beaucoup de recherche dans les œuvres de ces artistes, et nous ne pouvons que les remercier pour ça.

J'ai espoir que les Marocains soient plus "localement mélomanes", pas seulement en consommant des hits nationaux, mais en s'ouvrant aux brillants artistes qui osent (et fort heureusement) sortir de la case confortable et plus facilement rentable de la pop.

Non. Les mélodies Khaliji-Pitbulliennes d'un Ahmed Chawki ne reflètent pas la richesse instrumentale marocaine comme le font les compositions d'un luthiste virtuose comme Alaa Zouiten. Oui, "l2assala" de la poésie d'une "Aurélie" par Jamal Nouaman et de "Nia" par Oum ne peut être comparable aux paroles de "Hadadayday". Allons-nous faire l'erreur de comparer l'engagement citoyen et l'éveil de consciences soulevés avec pertinence, finesse et ironie dans les textes de Lmoutcho et Hoba Hoba Spirit (et beaucoup d'autres artistes qui œuvrent musicalement pour un Maroc socialement meilleur), aux paroles dénuées de sens d'une chanteuse qui rêve d'une BM et de fringues de chez Celio?

Vous allez me dire que les auteurs de ces tubes hissent notre drapeau haut et fort en Orient. Mais savez-vous combien d'artistes marocains que vous ne connaissez peut-être pas sont bookés tout au long de l'année à l'international, dans le cadre de nombreux festivals? N'est-il pas abject de les voir snobés ou peu sollicités dans leur propre terre, jusqu'à quand?

Ne vous méprenez-pas, les goûts musicaux ne se discutent pas. Je suis loin d'être une critique musicale qui bosse pour Radio Nova ou Les Inrocks. Je n'entends pas par ce texte descendre ou rabaisser ce qui peut aisément plaire à l'oreille de tout le monde, car ce genre n'englobe pas que de la pop-torchon. Au niveau mondial en 2016, Beyoncé en est la preuve.

Je ne suis qu'une jeune marocaine, qui vous invite à être curieux de vous ouvrir à plus d'artistes marocains, tous genres confondus. Vous n'en sortirez pas déçus. Que vous soyez fans de raï, d'électro, de hip hop ou de jazz. Peu importe ce que vous aimez écouter, sachez que notre pays peut se réjouir d'avoir de talentueux jeunes artistes qui explorent tous les horizons. Et à travers cet humble texte, c'est à ces artistes que je souhaite rendre hommage.

Je rends hommage, sans ordre et tous genres confondus, à ceux cités en haut. Aux cas d'écoles comme Golden Hands et Viguon. Aux pointures comme Aziz Sahmaoui, Haoussa, Ahmed Soultan, Mazagan, Hamid El Kasri, Rachid Ait Baamran, Mayara Band, Paco Mamoun, Nabyla Maan, Darga.

Aux pointures en devenir comme Mélimane, N3rdistan, The Kech Experience, Bassline, Othmane El Kheloufi, Amine K, Gnawa Tokyo. Aux étoiles montantes encouragées par l'EAC L'Boulvart, le Boultek et le B-rock. A tous ceux qui rêvaient un jour de monter sur scène mais ont été contraints, par sécurité, de laisser tomber leur rêve, ou le reporter. A tous les jeunes marocains qui eux ont décidé de foncer non sans obstacles.

Et à tous les autres.

Ceux qui n'ont malheureusement pas l'éclat qu'ils méritent au sein même de leur propre pays.

A tous ceux qui, et en quête de vertige et de passion, restent fidèles à leur vision et à leur art, et continuent, au prix de la rentabilité.

Enfin, je rends hommage à ceux qui réussissent à divinement faire écouter aux Marocains, de la bonne, très bonne musique marocaine, urbaine, modernisée et authentique.

A ceux qui réussissent le noble défi de nous faire voyager dans le monde entier, sans pour autant nous faire quitter le Maroc.

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