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De la nécessité de l'instruction publique au Maroc

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Youssef Boudlal / Reuters
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SOCIÉTÉ - Les dernières élections l'ont montré: la réaction pseudo-identitaire face à la mondialisation et à la modernisation d'un pays ne peut être interprétée de différentes manières.

En effet, la peur justifiée que soulèvent ces problématiques devrait être compensée par l'instruction publique, instruction qui manque bien souvent d'une réelle volonté de réformer les esprits afin de bien faire comprendre que seules la tolérance et la culture permettent de construire une nation raisonnée et puissante.

Mais qu'est-ce que l'instruction publique?

C'est le nom que je donne a l'éducation nationale. En effet, j'estime que l'éducation est donnée par les parents et l'entourage social de l'enfant tandis que l'instruction publique est un devoir de l'État dans le cadre du contrat social afin de former des citoyens aguerris et cultivés car tel est le devoir de l'instruction publique.

Constat et faits

Qui connaît un tant soit peu l'instruction publique marocaine sait que l'arabisation de l'enseignement au Maroc a commencé dès les années 80 avec l'arrivée du parti conservateur l'Istiqlal. Mais qui ne sait pas encore que cette arabisation de l'enseignement a été un échec, étant donné que les structures de l'arabe qui ont été utilisées n'ont pas été réformées depuis la période préislamique et que l'idéologie politique qu'est le wahhabisme s'est insufflée dans de nombreux esprits?

La réapparition du salafisme dans les dernières élections le prouve particulièrement. Abdelilah Benkirane a alors décidé de refaire franciser l'instruction publique marocaine. Mais il y a là un enjeu de taille, puisque désormais l'on hésite entre arabiser qui signifierait "islamiser", et franciser qui signifierait "abandonner la culture originelle".

Cette incapacité à trouver le juste milieu et à mener une véritable politique publique de l'enseignement est absolument inadmissible et je ne suis pas le seul à le dénoncer.

Quelles solutions?

Je ne fais pas un réquisitoire aveugle mais j'essaye de décortiquer le pourquoi de ce dysfonctionnement.

Lorsque l'on sait que les lois homophobes apportées par la colonisation française ne sont pas abrogées et que l'on continue a pourfendre ceux qui oseraient s'aimer conformément à la tradition soufie et erosensuelle maghrébine, il y a là de quoi s'insurger contre l'enseignement au Maroc qui ne cherche pas à instruire les jeunes marocains sur l'importance de l'amour et du lien social, donc de l'importance de l'ouverture d'esprit dont nous avons besoin plus que jamais face aux nombreux enjeux auxquels le Maroc devra faire face en tant que futur pays émergent.

Mener une "pol-éthique", selon le terme de Farhat Othman

Lutter contre le vote islamiste et "détabouiser" la société passe donc uniquement par une véritable volonté de mener le projet d'une nouvelle instruction publique apte à faire face aux nouveaux enjeux et enfin à rétablir la volonté générale du peuple marocain: vivre dans la prospérité naturelle et intellectuelle.

Ce projet n'est pas utopique, et il est même un des plus importants puisque, comme l'affirmât Danton: "Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple".

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