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"Miroir, miroir dis-moi qui est la plus belle?" ou le spectateur à l'épreuve des feuilletons ramadanesques

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J'avoue, j'admets, je confesse, que pendant le mois Saint, mon quotient intellectuel doit sans doute être inférieur à 9, les "jeux" politiques de la Tunisie post- révolutionnaire l'ayant déjà sérieusement affecté les onze autres mois de l'année, les feuilletons ramadanesques l'achevant définitivement le 12ème.

Ce matin, par exemple, j'ai commencé de bonheur mes séances de flagellation en ingurgitant en différé les cinq premiers épisodes des cinq premiers téléfilms égyptiens diffusés la veille.

Comme chaque année, il y a autant de productions que de poils chez Chewbacca; et comme chaque année, les Stars du pays du Nil se livrent une "War" (oui, je sais, le jeu de mots est pathétiquement lourd, mais ayez pitié d'une âme à jeun et à la créativité suspendue) sans merci pour s'imposer auprès du public arabe.

Comme chaque année, je m'auto-convaincs que ce sera du grand Art, du Stanislavski ou du Grotowski. Mais comme chaque année, j'ai droit à Ilham Chahine version Madeleine éplorée, Leyla Aloui en Grande-sœur-à-peine- âgée-de- vingt- neuf-ans-et-demi et Yosra, à la classe incontestable mais aux choix dramatiques bien plus discutables.

Comme chaque année, j'ai la certitude de trouver un "Maâlam Zinhom", une "Hagga Habiba", une "Ommou Mhamad" et un "Maâli el Wazir" dans au moins un feuilleton. Joie et bonheur intenses: mes convictions n'ont jamais été ébranlées à ce niveau!

Mais trêve de plaisanterie, je noterais tout de même deux choses durant ces quatre dernières années dans la production télévisuelle égyptienne: D'abord une nette tendance vers des décors dignes des feuilletons type "Beverly Hills" ou "Melrose Place"; faisant l'éloge des quartiers fermés, des "compounds" dans lesquels triomphe un ''entre- soi'' de plus en plus flagrant; qui s'oppose au décor des quartiers populaires mettant en avant à leur tour une autre forme d' "entre- soi" tout aussi excluante et exclusive que la première.

C'est ainsi une image d'une société bien plus que clivée que proposent ces téléfilms, celle de deux "Égypte", ne communiquant quasiment pas l'une avec l'autre, méprisante et méfiante l'une de l'autre, l'une étrangère à l'autre.

Cette situation ne me paraît pas être exclusivement égyptienne mais récurrente dans d'autres productions arabes y compris tunisiennes (Nous y reviendrons prochainement).

Ensuite, je soulignerais l'émergence d'une nouvelle génération de comédiens, issus pour la plupart du milieu du théâtre ou de la danse, moins aliénés par le poids du paraître que leurs prédécesseurs et donc bien plus libres dans leur jeu.

Je pense par exemple à Nelly Karim, mon coup de cœur ramadanesque de ces quatre dernières années.

De la jeune fille en fleur à la grand- mère égyptienne issue de la classe moyenne dans "Dhat" (adapté du roman de Sonallah Ibrahim) à la gardienne de prison issue d'un milieu populaire dans "Sijn al Nissa" (Prison des femmes) puis au personnage de la jeune bourgeoise aux prises avec la drogue dans "Taht el Saytara" (Sous contrôle), elle est l'une des rares à interpréter véritablement des rôles de composition, aussi différents d'un ramadan à l'autre, dans un constant souci de renouvellement.

Cette année encore, elle campe magistralement le rôle d'une femme accusée de meurtre dans "Suqqut horr"(Chute libre).

Sinon, dans un tout autre registre (mais vraiment tout autre!), vous pouvez aussi regarder "Layali el Helmeya 6", charmante compilation à l'odeur de naphtaline des pires ratages de chirurgie esthétique.

Romdhankom mabrouk et "Que la Force soit avec vous"!

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