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Qu'est-ce que le journalisme?

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Quand on se dit journaliste alors on part du principe que l'on n'écrit pas pour soi mais pour le lecteur. Lorsque l'on aborde la question des libertés du journaliste, on place trop souvent au premier plan le droit d'informer, davantage que le droit d'être informé. Or on note que les journalistes sont souvent les premiers à représenter une menace pour le métier.

Le citoyen qui fait l'expérience depuis peu de la démocratie, qu'est-il en droit de demander? Qu'est-il en droit d'attendre?

Il a le droit - il mérite même - d'avoir accès à une information juste et vérifiée. Une information qui lui sera utile pour comprendre les enjeux qui le concerne, qu'ils soient locaux ou nationaux. Comment le citoyen peut-il demander des comptes à ses représentants s'il n'est même pas informé de ce qu'il se passe au sein des institutions qui le représentent?

La démocratie ne signifie pas que le citoyen doit tout attendre de l'Etat ou des institutions pour être heureux. La démocratie est un objet politique, collectif, toujours en évolution. Et ce système évolue car les citoyens participent activement à ces perpétuels changements. Or comment veut-on être actif dans l'espace public, s'engager, militer pour une cause si on ne sait même pas ce qui en relève réellement? Comment lutter contre la corruption si aucun journaliste n'enquête sur des cas de corruption?

La tendance actuelle veut que l'information soit un bien de consommation économique, un business qui rapporte de l'argent, et pour cela il faut faire du buzz. Les mini-articles de trois lignes accompagnés de photos trash sont légions. Idem pour les articles d'opinion où le "journaliste" sera plus enclin à cracher son venin contre telle personnalité ou tel parti plutôt que de proposer une véritable analyse sur un sujet qui permettrait aux lecteurs de comprendre pour mieux agir.

Une démocratie n'a pas besoin de flopée de journalistes qui assurerait la "pluralité" des médias mais davantage de bons journalistes qui assurerait la conscientisation des citoyens.

Lorsque l'on regarde de près le traitement médiatique des actes de violence dits "terroristes", c'est systématiquement sous l'angle émotionnel que le sujet est traité. Or on ne sait toujours pas qui ils sont, d'où ils viennent, qui les financent, les soutient ou les ravitaille. Où sont leurs bases arrière? Un groupe dit "terroriste" a-t-il déjà revendiqué une attaque? Et si oui, que veulent-ils? Des citoyens tunisiens ont été assassinés et le peuple ne sait toujours pas pourquoi. Après le choc et les réactions émotionnelles en cascade, les réponses manquent. C'est ce que l'on peut en conclure après deux ans de violence.

L'information est un droit pour le citoyen. Informer est un devoir pour le journaliste. C'est davantage la médiocrité des publications que la censure qui porte atteinte au métier, qui, il faut le rappeler, reste un élément central d'une démocratie.

Si ce métier est autant dévalorisé aujourd'hui, ce n'est pas tant du fait de la précarité économique ou des pressions politiques, qui sont réelles, mais surtout du fait du manque cruel de conscience citoyenne et de respect de la déontologie. La confiance du lecteur/citoyen doit être le curseur qui jugera le travail du journaliste. Ce métier vient d'une vocation, un sentiment profond d'être au service de la vérité.

Le peuple mérite d'avoir une presse de qualité pour pouvoir exercer pleinement son rôle de citoyen et de contre-pouvoir. Tel doit se penser l'exercice de la démocratie.

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