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Pourrais-je tout dire à la radio?

Publication: Mis à jour:
HOSPITAL TUNISIA
AFP
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Aujourd'hui vers 17h30, je passe à la radio (dont j'ignore encore le nom) pour parler de l'hôpital; je crois bien que c'est la première fois.

Ma crainte première est que mes dires soient mal compris, qu'on n'en retienne pas les messages essentiels mais seulement ce qui est anecdotique.

Et puis je ne saurais pas parler dans un arabe parfait, seulement dans l'arabe de tous les jours que je tenterais certes de soigner.

Et puis pour échapper à la langue de bois, il faudrait dire la réalité mais toute vérité n'est pas bonne à dire. Et puis, comment parler de la réalité sans citer le ministère de tutelle, la direction régionale, l'administration du CHU, les médecins, les patients, les paramédicaux, le syndicat.

A 59 ans, apolitique, n'ayant plus rien à perdre, ce serait bien de tout balancer à la figure de tout le monde pour que tous soient mis devant leurs responsabilités. Si on en parle, les auditeurs vont s'en délecter, mais moi, après, quel accueil va m'attendre à l'hôpital. On va me dire tu as dit ceci et cela, tu vas te mettre à dos celui ci et celui là, pourquoi tu n'a pas dit ceci et cela?!

Alors avant le rendez-vous d'aujourd'hui, il faut que je choisisse dès maintenant une ligne directrice, des zones interdites, des messages.

J'essaye de me rappeler ce qu'ont dit ceux dont les interventions radiophoniques ou télévisées ont pu changer les choses, car en définitive n'est ce pas cela qui compte?

Plusieurs idées m'importent plus que tout:

  • Rappeler que l'hôpital est une structure indispensable, incontournable, à sauver, à protéger, à promouvoir
  • Établir les priorités: remise à neuf des urgences! Ne pas acheter un appareil de plusieurs centaines de millions tant que certaines urgences attendent 12 à 24h avant qu'elles ne soient vues par un spécialiste avec une liste de décès qui s'allonge! Sécuriser l'accès à un service avant de laisser des médicaments sur les tables de nuits des patients, espérant qu'ils soient administrés! S'assurer que le groupage sanguin se fasse en urgence, avant de penser à une extension d'un service! Faire de l'hygiène une idée fixe en rappelant que les concours de recrutement des ouvrières sont annulés pour la 4e année consécutive! Réduire le délai entre deux interventions chirurgicales avant d'investir dans un nouveau local de consultation ! Etc. ...
  • Protéger, autant que Béji Caïd Essebsi, l'administration qui représente l'État !
  • Équilibrer les disparités entre les différents services en terme d'infrastructure, de personnel paramédical, tout en tenant compte de la pénibilité de chaque poste.
  • Rééquilibrer les 3 pouvoirs: administration, médecins, syndicat.
  • Oser critiquer les patients et leurs parents, qui ne respectent ni les horaires de visite, ni l'hygiène de l'hôpital.
  • Oser penser détourner les dons destinés aux mosquées vers les hôpitaux.
  • Écouter le personnel "en bas de l'échelle", on en apprend des vertes et des pas mûres qu'on n'entendrait d'aucune bouche des "dignitaires" de la fonction.

Je dis n'importe quoi, l'émission ne va durer qu'une demi heure, entre la pause publicité, la question d'un auditeur qui va me dire "j'attends d'être opéré depuis deux ans" et les question fastidieuses qui ne mettent pas le doigt sur le mal de l'hôpital, "dans votre service, combien d'intervention chirurgicale vous faites par an, combien de médecins êtes vous?", je réalise que je n'aurais le temps de dire que quelques banalités.

Alors s'il n'y avait qu'un message à transmettre, quel serait-il? Sécurité? Ou plutôt hygiène? Ou plutôt la construction d'un nouvel hôpital? Ou la chanson de Fairouz "Zourouni fissana marra" ("Visitez-moi une fois par an")?

En fait un seul message: réunir les 3 pouvoirs, administration, médecins, syndicat pour négocier, discuter, mettre sur le tapis tous les problèmes, pour en sortir avec un ou deux ou trois points positifs réalisables.

Grignoter un tout petit peu chaque mois quelque chose pour l'intérêt des patients vaut peut être mieux que de voir trop grand sans pouvoir rien faire. La réalité du terrain et le rapport de forces semblent l'exiger pour le moment.

Ou plutôt, un autre seul message, partant du principe que "l'argent est le nerf de la guerre": motiver matériellement (prime à l'acte) et augmenter le nombre des instrumentistes et des techniciens anesthésistes ce qui permettrait d'optimiser le fonctionnement du bloc opératoire. Cela permettra d'augmenter les bénéfices de l'hôpital qui seront investi dans tous les secteurs (contrat avec société de service => agents de gardiennage, femmes de ménage; améliorer l'infrastructure de tous les services....).

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