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L'école publique marocaine, ce bouc émissaire

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ÉDUCATION - Dans un taxi, un téléphone sonne. Le chauffeur y répond. Il discute avec son interlocuteur au sujet de son fils qui n'a pas réussi à passer l'examen national du Baccalauréat. Quand il a fini sa conversation, je hasarde une petite remarque à propos de l'autre examen régional qui sanctionne les élèves qui le sous-estiment, surtout en ce qui concerne l'évaluation du français.

Le chauffeur me répond - avec un grand soupir plein d'amertume - que son fils n'a pas le cœur à l'éducation. Je lui demande la filière que son gamin a choisie et qu'est-ce qu'il me répond? Il n'en sait absolument rien du tout! Je lui rétorque, encore une fois: "mais tu ne fais pas un suivi pour savoir où en sont tes enfants à l'école?" Et qu'est-ce qu'il me dit en riant: "mon frère! Je jure par Dieu que je ne me suis jamais immiscé dans ces affaires-là. Tout ce que je sais, c'est que je les vois aller et revenir de l'école, un point c'est tout. D'ailleurs, celui qui veut étudier et réussir, il le fera, sans la supervision de quiconque, et celui qui n'en veut pas, tu ne pourras jamais l'y obliger".

Ce qui précède n'est qu'un petit échantillon de beaucoup de parents marocains qui ont baissé les bras vis-à-vis de leur progéniture. Des enfants qui sortent de chez leurs parents sans morale, ni principe, ni aucun civisme. Des adolescents qui viennent en classe tirant derrière eux l'énorme boulet de leurs complexes d'adolescents et leurs problèmes familiaux et on attend du pauvre enseignant qu'il retrousse ses manches et fasse disparaître d'un petit coup de baguette magique toutes ces toiles d'araignées qui obscurcissent les cerveaux de ces gosses désorientés.

Toujours, la même logique: le minaret est tombé, qu'on pende le barbier! Chaque fois qu'il y a une catastrophe nationale ou un incident social - comme celui du viol honteux d'une jeune handicapée dans un bus casablancais - des litres d'encre sont versés noir sur blanc pour fustiger et blâmer l'école publique marocaine. Comme si cette dernière était la source incontestée de tout les problèmes politiques, économiques et sociaux dont lesquels patauge notre cher pays. Comme si tous les autres secteurs gouvernementaux étaient tellement parfaits et quasi-irréprochables.

Les familles marocaines sont arrivées à un tel narcissisme social qui les pousse à attendre tout d'un enseignant en oubliant, dans un égoïsme révoltant, de commencer par elles-mêmes, et s'acquitter, tout d'abord, de leurs devoirs parentaux avant de s'enquérir, auprès des autres, de leurs droits.

On attend d'un enseignant qu'il soit un éducateur, un psychologue, un encadrant, un chargé d'orientation et un parrain. Cela me rappelle cette publicité qui fait la promotion d'un produit "tout en un" ou l'autre quand quelqu'un gagne un prix, on lui ajoute trois autres comme cadeaux.

On exige d'un professeur qu'il joue d'autres rôles qui ne sont pas les siens et ce, en contradiction avec les textes législatifs en vigueur qui stipulent clairement que les instituteurs appartiennent à la catégorie des fonctionnaires chargée exclusivement de l'enseignement et ils n'ont rien à voir avec l'encadrement des apprentis-enseignants ou avec le soutien social des élèves. Ces fonctions-là ont leurs gens qui sont payés grassement pour ne pas les faire.

Personne ne se met à la place de cet instituteur qui touche un salaire de misère indigne d'un cadre de l'Etat qui forme les générations futures. Un salaire croqué chaque mois par les banquiers qui l'ont piégé par leurs crédits aisés en lui miroitant qu'il pourra acquérir un logement décent à moindre charge et il s'est trouvé en train d'en payer le triple de sa véritable valeur. L'instituteur qui travaille dans des lycées mal construits, mal équipés et mal entretenus. L'instituteur qui doit passer par monts et par vaux avant d'atteindre cette école perdue au fin fonds d'une campagne coupée de toute civilisation. L'instituteur que personne ne respecte, ni délégations provinciales, ni académies régionales, ni ministère de l'Education.

D'aucuns n'en a cure de la santé physique ou morale de cet instituteur qu'on lance à tout va, telle une balle de ping-pong, avec chaque déplacement truqué et clairement népotique. Mais, il suffit d'un petit, d'un tout petit faux-pas de cet être-humain et vous verrez tout la horde qui s'est mise debout et attaque, avant même de vérifier et de s'assurer de la réalité des faits. Comme le dit un autre proverbe: quand le taureau tombe, ses couteaux sont légions et avec cette fête de l'Aïd El-Kabîr, les couteaux! Il n'y a que ça. Mais, pourquoi les couteaux? Les langues marocaines, font amplement l'affaire. Elles vous lacèrent, en moins de deux, l'âme et l'esprit mieux que n'importe quel coutelas, aussi aiguisé soit-il!

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