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Alimentaire, mon cher agriculteur!

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FRIDGE NIGHT
AndreyPopov
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ALIMENTATION - Je prends ma brosse à dents et j'y mets un peu de dentifrice pour mon nettoyage matinal et avant de l'introduire dans ma bouche, ma main se fige quand je me rappelle que ma brosse est à base de dérivés pétroliers et que mon dentifrice contient des molécules allergènes. Je me dis allons, plutôt, se rafraîchir avec une douche. Je prends mon bain douche et en scrutant l'étiquette, qu'est-ce que je lis? Triclosan, qui est un puissant agent antibactérien et un perturbateur endocrinien de premier ordre. Laissons un peu de côté l'hygiène et pensons à remplir notre estomac pour attaquer la journée avec énergie et enthousiasme.

J'ouvre le frigo, je jette un coup d'œil à l'intérieur et je le ferme aussitôt, non pas parce qu'il est vide mais parce je ne peux prendre ni lait, ni fromage, ni œufs car les petits organismes de mon microbiote intestinal n'attendent que ces fameux antibiotiques dont sont gavés les bovins et les volailles pour gagner en résistance et me détruire la santé avec une rectocolite hémorragique ou une maladie de Crohn. Quant aux bouteilles de jus de fruits, elles sont là, à me narguer avec leurs couleurs chatoyantes sans que je puisse m'en approcher à cause de tous ces édulcorants, conservateurs antioxydants et autres acidifiants. "Puisque tout est suspect à ses yeux, il n'a qu'à préparer lui-même son propre jus de fruit naturel!"

Figurez-vous que j'y ai bien pensé mais avec toutes ces saloperies de pesticides dont sont arrosées les terres agricoles, on hésite franchement à croquer une pomme bien fraîche et si vous croyez qu'il serait plus sain de la rincer, ou la peler, vous vous foutez le doigt dans l'œil. Et le petit déjeuner a fini par être vraiment serré par un café noir ingurgité sec en attendant un déjeuner qui, faute de contenir des légumes imbibés de fongicides, va être extra rapide comme le fast-food que je vais avaler si je me sens capable de vaincre des acides gras saturés qui abîment lentement mais sûrement notre système cardiovasculaire.

Et, si l'envie me mène vers quelque pâte à tartiner ou chips à croquer, l'huile de palme se chargera de détraquer mon cholestérol. Et, si j'ai soif, il vaut mieux supporter le chlore d'une eau plate qu'étancher mes vaisseaux sanguins par l'aspartame cancérogène d'un Pepsi ou autres sodas dont le fructose est aussi sucré que meurtrier par le taux des obèses et des diabétiques qu'il génère chaque année. Et si j'ai les moyens et je veux consommer bio, où trouver ces aliments réputés plus propres, dans un pays qui n'a ni la culture ni la législation adéquate qui réglemente ce genre de produits et encadre leur production et commercialisation?

Car le logo "bio" est devenu une pure stratégie marketing destinée à rouler dans la chapelure les sans culture alimentaire qui peuplent les supermarchés. Où donner alors de la tête? Et sur quel pouce manger? Même un retour à l'âge néolithique n'est plus permis: avec toutes ces frontières, tu ne peux être un chasseur-cueilleur libre de suivre, à la trace, gibiers et fruits sauvages. Et puis, tout le monde ne peut pas s'improviser agriculteur, sauf à être un gros propriétaire terrien, riche en avoir et très peu en savoir, de l'envergure de certains fermiers-entrepreneurs.

En somme, le bio n'est pas donné à tout le monde. Il coûte la peau des fesses, comme dirait l'autre. Pourquoi se casser la tête? Puisque je vis dans une société dont plus des deux tiers sont allergiques à la lecture qui, semble-t-il, leur donne des céphalées insupportables. Je vais faire comme les autres: laisser tomber les bouquins, les journaux, les études et tout le tralala. Je vais, bien calé dans mon fauteuil en grignotant friandises et charcuteries, me shooter, histoire de m'engourdir l'esprit et arrêter de réfléchir, aux scandales, voyeurisme, nouvelles sensationnelles et flots d'intox diffusés généreusement à jet continu sur les chaînes télé et les réseaux sociaux. Dire que la vie est belle? Je dirais, plutôt, que c'est une, sacrée, poubelle.

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