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Le viol "consenti", la pomme de la discorde

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RAPE SHAME
PhotoAlto/Frederic Cirou via Getty Images
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Encore une affaire qui défraie la chronique. Une jeune fille de vingt ans, étudiante universitaire, invite un garçon, selon ce que l'on nous dit, et est retrouvée en sang, choquée et à priori violée. Je dis à priori, car le garçon en cause doit être chanteur, lui aussi. Sans connaître les dessous de l'affaire, il semble pourtant établi qu'elle ait été violée. Et que ce passe-t-il? Elle est punie d'emprisonnement pour prostitution, et risque de se faire exclure de la fac. Bref, sa vie est quasiment foutue.

Quid du violeur ou du "client de la prostituée"? Rien, nada, walou! Lui n'a rien fait de mal. Tandis qu'inviter un garçon qui peut vous plaire pour apprendre à se connaître, c'est mal. Imaginons même qu'elle se soit prostituée pour se payer ses études, c'est mal. Se faire violer de façon brutale, c'est mal. En fait, dès qu'une femme est en cause, c'est mal. Depuis la Genèse et cette traînée d'Eve qui a croqué la pomme offerte par le Diable sous la forme d'un serpent, le Mal a été inoculé à toutes les femmes du monde et cela nous suit de génération en génération. Les Hommes? No problémo. Pas contaminés. Aucune once de mal en eux, malgré le patrimoine génétique provenant à 50% des femmes. D'ailleurs, l'histoire vous le prouve. Toutes les guerres et les horreurs qui sont commises ne le sont que par des femmes!

Et c'est là que je m'insurge. Cette histoire est bien la pomme de la discorde entre moi et une partie de la société. Cette partie qui ne tient pas compte des victimes. Cette partie qui fait rejaillir la honte sur cette femme qui n'a pas su préserver sa virginité même quand elle a été violée. Cette société qui recherche systématiquement l'erreur ou la faute que la femme a faite pour oublier l'acte inacceptable d'un homme. Cette partie de la société qui se réjouit de la "punition" de la femme "coupable".

Non, c'est non. C'est un mot simple en trois lettres que même le dernier des imbéciles est censé comprendre. Dans une relation, il n'y a pas de point de non-retour où la femme ne peut plus changer d'avis. Même flirter avec un garçon n'implique pas qu'elle lui donne le droit d'user et d'abuser de son corps. S'habiller de façon légère n'est pas une invitation à la luxure. Tout ce que les femmes font ne sont pas des autorisations implicites à abuser d'elles et il n'existe aucune justification pour fustiger une victime.

Imaginez une mère respectable d'une cinquantaine d'années, habillée en gandoura et foulard, s'étaler sur un trottoir après avoir trébuché et, dans sa chute, montrant ses jambes. Est-ce une invitation à un acte sexuel pour tous les porcs qui pourraient être témoins de la scène?

Alors, ça suffit! Au lieu de compatir et de vous insurger des violences faites aux femmes, vous qui commentez, moquez, condamnez... Saffi, baraka. Arrêtez de vous tromper de victime. Car un jour, lorsque vous serez touché par ce genre de malheur dans votre chair ou celle de vos proches, de guerre lasse, je prendrais un petit couteau, je me pèlerai une pomme et je la mangerai en pensant: je vous avais prévenu. Et il ne restera plus personne pour vous comprendre, vous défendre ou compatir à votre malheur.

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