LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Rabia Franoux Moukhlesse Headshot

Ceuta, cri de désespoir

Publication: Mis à jour:
CEUTA WOMEN
Rafael Marchante / Reuters
Imprimer

Et voilà, deux de plus. Ou devrais-je dire deux de moins, suite au fait divers des deux femmes mortes à la frontière entre Ceuta et le Maroc. Mortes comment? Dans un accident suite à une bousculade selon le rapport officiel.

Pour ma part, j'aurais tendance à dire qu'elles sont mortes assassinées. Pourquoi un terme si fort? Et bien tout simplement parce que les circonstances sont les suivantes: chaque jour, des milliers de femmes font la navette entre Ceuta, cette enclave espagnole ayant un tarif douanier préférentiel, comme si cette colonie se trouvait à 10.000 km du sol espagnol alors que par temps clair, on voit très bien la Costa Del Sol et Gibraltar qui ne sont qu'à 17 km de notre cher Maroc. Elles vont jusqu'à passer 5 ou 6 fois la frontière chargées de marchandises sur leur dos. Elles portent ces lourds fardeaux par tous les temps car le temps, c'est de l'argent. Elles sont des milliers à passer aux abords de la route. Pour ceux qui connaissent, Marocains et Espagnols se font face avec de grands couloirs pour les voitures et, sur les côtés, un pour l'aller et l'autre pour le retour, des couloirs d'un mètre cinquante de large avec des grilles aux pointes acérées de 3 mètres de hauts sont réservés aux piétons. C'est un flot perpétuel.

Quelquefois, la frontière est fermée spontanément. Par qui? Personne ne le sait mais, pour l'avoir vécu quelquefois, je constate que la fermeture vient essentiellement de l'Espagne. Pourquoi? Personne ne peut vous répondre mais on sent bien que les douaniers espagnols sont excédés. Trop de gens, trop de choses à contrôler, pas assez de bakchich? Personne ne peut l'affirmer mais l'ancien maire espagnol de Ceuta a été destitué pour corruption. C'est un véritable business qui s'est monté là et qui profite à beaucoup. À qui? Mon propos n'est pas là. Que des gens essaient de s'en sortir légalement ou non, ce n'est pas à moi de juger car il faut bien manger (même si j'aimerais que certains en crève de trop se nourrir de la misère des gens).

Le souci c'est que ce sont encore les femmes qui trinquent. Et ce ne sont pas les deux premières. On ne comptabilise que trop régulièrement un décès ou des blessés. Les douaniers n'hésitent pas à évacuer la foule de façon musclée si besoin est. Mais ce sont toujours des femmes qui se retrouvent dans les faits divers. Pourquoi elles? Si c'est pour porter de lourdes charges, les hommes qui nous sont tellement supérieurs physiquement, selon eux, pourraient s'en charger! Est-ce pour faire pitié aux douaniers? Est-ce une mauvaise habitude de faire travailler les femmes pendant que ces messieurs sont au café? Je l'ignore. Mais ce que je sais, c'est que cela me semble insupportable. On a réussi dans ce petit bout de Maroc à rendre esclaves des femmes. Rien n'y fait. Que ce soit les missions de l'Europe qui ont alerté sur ce point, la connaissance des autorités et les larmes que je vois parfois dans les yeux des douaniers marocains, rien, rien, rien. Aucune solution depuis des années que se pratique ce petit manège. Aucun aménagement pour garantir la sécurité de nos concitoyennes.

Alors quoi? Combien de mortes encore pour que l'on trouve une solution? Récupérer Ceuta comme territoire légitime? Trop compliqué, trop diplomatique et cela ne permettra pas forcément de faire vivre toutes ces femmes et familles qui se retrouveraient sans travail. Je n'ai pas de solution à apporter mais je souhaite profondément qu'une petite dose d'humanité fasse que l'on se penche un peu plus sur ce problème qui tue des gens. Combien de morts faut-il à nos hommes politiques pour qu'ils s'intéressent aux femmes? Qui s'intéresse à nos concitoyennes? Aux épouses? Aux mères de leurs enfants?

Aucune réponse toute faite de ma part, aucune solution miraculeuse à sortir du chapeau. Juste mes larmes pour toutes ces femmes victimes d'une forme d'esclavage et qui tombent au champ des nécessités et des intérêts économiques.

LIRE AUSSI: