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Transition énergétique: Le Maroc s'érige en modèle africain

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CENTRALE NOOR OUARZAZATE
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ENVIRONNEMENT - Les pays émergents intègrent de plus en plus souvent une dimension verte dans leur politique énergétique. C'est le cas du Maroc, par exemple, pionnier et fer de lance africain en la matière. Le royaume chérifien vient d'ailleurs de recevoir une petite consécration, en se voyant attribuer l'organisation, en 2016, de la COP22, soit la plus grande manifestation des Nations unies en faveur de la protection de l'environnement. Pas anodin.

A la différence de la plupart des pays africains, au Maroc, la notion de transition énergétique possède un sens fort. Avec un taux d'électrification de plus de 98 % dans les zones rurales, le royaume, plutôt que d'édifier un réseau électrique durable ex nihilo, est en train d'orchestrer une véritable refonte de son modèle énergétique. Un changement de paradigme que préfigurent déjà un certain nombre d'initiatives faisant la part belle aux énergies renouvelables (EnR).

Mi-décembre 2014, après deux ans de travaux, le parc éolien de Tarfaya, dans le sud de la côte Atlantique du Maroc, entrait ainsi dans sa phase commerciale. Nanti de 131 éoliennes pour une capacité totale de 301 mégawatts, capable d'assurer l'alimentation d'une ville d'un million et demi d'habitants comme Marrakech, le site de Tarfaya accueille à ce jour la plus grande ferme éolienne du continent africain. Sa capacité représente 15 % de l'objectif de 2 gigawatts que s'est fixé le pays en matière d'éolien.

Un objectif qu'il prend très au sérieux. Il y a trois ans, le Maroc décidait ainsi de libéraliser la production et la commercialisation des EnR, via la promulgation d'une nouvelle loi, appelée 13-09. Depuis, les énergéticiens des quatre coins du monde se bousculent au portillon pour remporter les appels d'offres émis régulièrement, incités par les conditions climatiques exceptionnelles permettant aux éoliennes de fonctionner 45 % du temps (contre environ 20 % en France).

Si jusqu'à présent, les projets de parcs éoliens marocains ne profitaient que marginalement à l'économie locale, sollicitant surtout une main d'oeuvre qualifiée et un savoir-faire étrangers, la donne devrait changer avec l'appel d'offres géant lancé il y a quelques mois par l'Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE). Portant sur l'édification de parcs éoliens d'une capacité totale de 850 MW, le projet voit s'affronter des opérateurs comme EDF Energies Nouvelles, GDF-Suez ou encore Alstom. Seule condition sine qua non pour ces mastodontes de l'énergie, contribuer à la création d'une véritable filière industrielle dans le pays, pourvoyeuse de centaines d'emplois haut de gamme, à même d'irriguer l'ensemble de l'économie marocaine comme a pu le faire, il y a quelques années, le marché des centres d'appels téléphoniques.

En tout, d'ici la fin de la décennie, le Maroc prévoit de perfuser son réseau électrique de 42 % d'énergies renouvelables, pour 6.000 mégawatts de puissance installée, répartis à parts égales entre l'éolien, l'hydraulique et le photovoltaïque. Si l'énergie provenant des barrages alimente déjà les Marocains depuis des années, et si, on l'a vu, l'éolien progresse à grande vitesse, des fermes de panneaux solaires devraient elles aussi bientôt sortir de terre. Et pour cause.

Avec plus de 3.000 heures d'ensoleillement par an pour 5 kWh/m2/jour en moyenne, les ressources solaires du pays du couchant sont énormes. Baptisée Noor, la première centrale solaire est actuellement en construction à Ouarzazate. D'une capacité de 500 MW, elle devrait progressivement entrer en activité d'ici fin 2015. A terme, cinq centrales verront le jour, pour une capacité totale de 2.000 MW.

Au four et au moulin, le Maroc se démène sur tous les plans pour remplir ses objectifs. Des efforts qui ne passent pas inaperçus. Il y a deux mois, l'Agence internationale de l'Energie (AIE) érigeait ainsi le pays de Mohammed VI en exemple à suivre dans le monde, et plus particulièrement dans la région MENA. L'AIE relevait ainsi "les avancées notables dans l'adoption de l'énergie éolienne et solaire (...)".

Derrière ces résultats probants et les honneurs qui en découlent, difficile de ne pas souligner la cohérence irréprochable du royaume chérifien en matière de politique énergétique et environnementale. Le pays ne se contente pas d'être un bon élève, il tient également à ce que cela se sache. En témoigne l'obtention, sous l'impulsion d'Hakima El Haite, ministre déléguée chargée de l'Environnement, de l'organisation de la 22e Conférence des Partis à la Convention-cadre sur les changements climatiques (COP22), grand-messe mondiale du développement durable.

Aucune frime, on s'en doute, dans le souhait d'Hakima El Haite de voir son pays héberger cet événement d'envergure. L'ambition est avant tout stratégique. L'organisation de la COP22 constitue une vitrine d'exception, à même de mettre en valeur le modèle énergétique marocain, et donc de créer un effet "appel d'air" susceptible d'attirer de nouveaux investisseurs. Une aubaine pour la planète, mais aussi pour l'économie marocaine.

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