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Ramadan, un mois sacrément hypocrite?

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RAMADAN PRAY
Ammar Awad/Reuters
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SOCIÉTÉ - Ramadan est là! Mois de félicité et de spiritualité, où les familles marocaines se retrouvent quasi-quotidiennement. Ramadan c'est le mois des actions caritatives où l'on tente, au-delà de notre petite personne et de nos familles, de refaire communauté. C'est donc aussi un mois de résistance face au rythme infernal que nous impose la modernité et à l'injonction d'être productif. Mais tout cela est d'abord un vœu pieux, une promesse, un espoir.

Car derrière ce décor se cache beaucoup d'hypocrisie et de bigoterie qui se répètent chaque année! Ramadan met alors bien plus la lumière sur nos contradictions que sur notre piété... Pour commencer, le prix des denrées alimentaires flambe, ce qui ne semble pas trop décourager les Marocains à consommer - est-ce parce qu'ils sont guidés par la faim ou par le besoin d'impressionner leur famille par leurs ftour gargantuesques? Car durant ramadan, paradoxalement, on mange beaucoup trop (et on gaspille trop!).

Les Marocains consacrent en moyenne 1/3 de leur revenu en produits alimentaires durant ce "mois de privation". Quand est-ce qu'on est supposé ressentir la douleur des plus pauvres? En tout cas, ce n'est pas en allant consulter un médecin pour indigestion ni en se faisant un trou de rein d'avoir porté nos poubelles pleines de nourriture gaspillée... Et puis, durant cette période de l'année, les incivilités, les violences physiques, les accidents de la circulation avec leurs lots de disputes et d'insultes, augmentent exponentiellement au fil des jours.

Et il n'y a pas grand monde pour assumer: nous préférons nous cacher derrière la 9et3a ou la tremdina, comme si cela était une excuse digne! C'est alors que vient l'hypocrisie érigée en bonne foi! Car Ramadan, c'est aussi le mois des croyants éphémères qui attendent l'appel à la prière du moghreb pour s'empiffrer devant des programmes télévisés de plus en plus médiocres. Parmi eux, beaucoup ont, en plus d'avoir fait le plein de zmeta et de sfouf, vidé leur économie dans l'achat d'alcool pour stocker les bouteilles durant ce mois de privation.

Eh oui, l'hypocrisie n'est pas qu'individuelle, elle est surtout collective et entérinée par l'Etat qui oblige les débits d'alcool à fermer durant ce mois. A ses yeux, nous sommes encore des mineurs qu'il faut protéger de nous, ce qui n'encourage pas le développement de l'autocontrôle nécessaire au vivre-ensemble. Et puis, il y a le vrai problème: les "fettaras" qui n'osent pas afficher leur non jeûne. La société n'est guère clémente avec cette catégorie, la loi non plus.

Chaque année, des dizaines de Marocains se font arrêter et condamner parce qu'ils ont osé manger en public ou seulement parce qu'ils ont manqué de discrétion. Ce sont des personnes issues des classes populaires qui paient le plus souvent le prix de cette grave atteinte aux libertés individuelles, n'ayant pas vraiment d'espace privé à eux où ils puissent déjeuner en paix.

Au moins, ces victimes expiatoires nous permettent de poser la bonne question: un État moderne doit-il imposer le jeûne? Et dans ce cas que vaut vraiment, sur une échelle de la piété, le ramadan s'il est imposé?

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