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Le quotidien en Tunisie: La mort de la morale

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Un homme rigole au rond point avec son passager. Il bloque presque toute la circulation. Des Klaxons, des coup de phares, des injures. Aucune réaction. Pire , l'homme riait: une scène effrayante faite par une denture effrayante centrée par une dent dorée ( qui vaut certainement plus que son porteur). Il ne ressentait ni gêne, ni colère, ni rien. Juste une sorte d'indifférence, du néant à deux pattes.

C'est ce même sentiment que l'on croise dans le visage de celui qui vous ne connait pas, qui ouvre sa vitre, jette ses ordures, vous regarde d'un air innocent et se retire comme si de rien n'était.

Aucun lien de vie avec l'autre. A ses yeux, vous n'êtes pas une preuve suffisante d'une vie.

L'absence totale du sens de la communauté. Pour lui, vous n'êtes pas une limite à sa liberté, mais un rien du tout. L'autre ne le concerne pas, n'existe pas, ne l'oblige à rien.

Du coup, le tunisien a deux faces (au moins): d'une part, il est vivant face aux siens. D'autre part, il est le portrait idéal d'un cadavre quand il regarde les autres.

C'est ce même sentiment qu'on rencontre chez le policier, l'employé du guichet, le professeur universitaire, le médecin, l'ouvrier. En y pensant, je crois qu'il s'agit bien d'une mort, programmée collective, lente. Je crois qu'il s'agit de la fin de la morale et l'échec du civisme.

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