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France: Premier tour de la primaire de gauche, un congrès du PS à ciel ouvert

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MANUEL VALL BENOIT HAMON
Robert Pratta / Reuters
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POLITIQUE - "Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès! - Non, non c'est bien plus beau lorsque c'est inutile!", faisait dire Edmond Rostand à son Cyrano de Bergerac.

Le premier tour de la primaire de la Belle alliance populaire n'avait rien d'une pré-sélection d'un présidentiable. Il s'agissait tout simplement d'un congrès du Parti socialiste à ciel ouvert. Curieuse primaire, qui se joue dans un temps politique court, où les candidats, suspendus à la décision (tardive) du président Hollande, ont du faire avec une campagne ramassée, étriquée, précipitée.

Une campagne éclair, avec des candidatures improvisées (Peillon), où chaque jour comptait (malgré la trêve hivernale), et où chaque prise de parole était déterminante. Parasitée par les sorties tonitruantes d'un Emmanuel Macron, qui a prouvé lors de meetings électoraux à Paris comme à Lille son attractivité, ou d'un Jean-Luc Mélenchon, véritable trublion politique et animal médiatique, la primaire de 2017 ressemble un peu aux funérailles du PS, "ce grand cadavre à la renverse".

On assiste à une véritable balkanisation de la gauche française, loin de l'unité que Mitterand a su opérer lors du congrès d'Epinay en 1979, et que Jospin et Hollande ont pu préserver.

Les faibles audiences des débats électoraux - dont l'un d'entre eux n'avait même pas lieu en prime time! -, policés et légèrement ennuyants, laissaient présager que les électeurs seraient bien moins nombreux que lors de la primaire de la droite et du centre, et moins nombreux que lors de la primaire socialiste de 2011.

La faible participation du peuple de gauche donne peu de légitimité au candidat qui sortira "vainqueur" de la primaire, et l'on entend déjà, ici et là, les appels au désistement du candidat PS au profit d'une candidature progressiste mieux engagée dans la course à l'Elysée. Ce premier tour de la primaire est cependant riche en enseignements.

Benoît Hamon, un pur produit du système socialiste

Benoît Hamon, que l'on a présenté durant cette (courte) campagne comme étant le candidat des "Frondeurs", est un pur produit du système socialiste. Pourfendeur de la politique politicienne, chantre du renouveau, à la manière d'un Bruno Le Maire durant la primaire de la droite et du centre, Benoît Hamon est pourtant un apparatchik par excellence. Il a passé sa carrière dans les couloirs de la Rue Solférino, au cœur des manœuvres et des intrigues de l'appareil PS.

Sa victoire à la primaire, il la doit probablement à ses années à la tête du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS), où il parfait sa capacité de mobilisation. Preuve en est l'affluence aujourd'hui lors de ses meetings électoraux, malgré des discours politiques plutôt lents et au ton monotone.

Une fois porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon a continué à étendre son aire d'influence via la jeunesse du parti et les syndicats étudiants de gauche. Il use de son influence auprès du Premier secrétaire pour installer ses lieutenants à des positions éligibles sur des listes électorales ou à des postes clés dans des fédérations en provinces.

La victoire de Hamon est donc le fruit d'un système d'allégeance, développé depuis vingt ans au sein de l'appareil PS. "Tout parti est totalitaire en germe et en aspiration", disait Simone Weil. Hamon en est l'incarnation parfaite. Sa campagne, fortement inspirée de celle de Bernie Sanders, dans les techniques de campagne, sur le terrain et sur les réseaux sociaux, comme dans la ligne politique, la sémantique et les discours, est un cas d'école pour la gauche française.

Hamon a su également profiter au maximum des tribunes médiatiques, à ce titre, sa performance lors de "L'Emission politique" a été un véritable tournant dans sa campagne puisque cette tribune lui a permis de vulgariser son programme électoral. Comme Sanders, Hamon a fait le pari de remettre les problématiques sociales au cœur de la campagne électorale, fortement dominée par les thématiques sécuritaires et identitaires.

François Mitterand a prouvé que l'on pouvait gagner une campagne en 1981 avec 110 idées, Benoît Hamon prouve qu'en 2017, il suffit que les électeurs vous identifient à une seule bonne idée pour rafler la mise. C'est chose faite avec le revenu universel. Ajoutons à cela la pertinence d'un slogan "Faire battre le cœur de la France", qui fait appel aux sentiments, à l'émotion, davantage qu'à la raison, à une action collective et non à une valeur figée.

La primaire citoyenne est une confirmation de la thèse des gauches irréconciliables, c'est le combat de l'éthique de gouvernement (Valls) contre l'idéalisme de gauche (Hamon).

Manuel Valls, favori des sondages, se retrouve aujourd'hui dans une position de challenger

Alourdi par le bilan du quinquennat d'Hollande, dont il est comptable et l'unique porteur durant cette primaire, Valls a tout de même tenté d'imposer son style, ses idées. En vain. Flop de mobilisation, "enfarinage" et reproches à tout va sur le 49.3, puis la claque (physique) en Bretagne, et morale sur le plateau de France Inter lorsqu'un auditeur lui assomme: "la claque, on est juste 66 millions à vouloir te la mettre".

Le 49.3, l'autorité qu'il a incarné place Beauveau, les trahisons et renoncements d'Hollande, sont les sparadraps dont Valls n'a pas su se défaire durant cette courte campagne. En présentant sa candidature comme une "Révolte", Manuel Valls a voulu renouer avec ses premiers pas en politique. Lorsqu'il était un jeune loup transgressif, résolu à en découdre avec les caciques de la Rue Solférino et prêt à faire table rase du passé, proposant même de modifier le nom du Parti socialiste, trop "has been" à son goût.

Sauf qu'entre temps, Valls a géré la communication du candidat Hollande, puis a pris les rênes de la place Beauveau, et enfin il a été consacré à Matignon. Valls est ainsi passé de l'élu anti-système à l'incarnation même du système et de l'establishment. Cette "révolte", qu'il a martelé une nouvelle fois - ou une fois de trop ? - devant les Français durant "L'Emission Politique", n'a pas su convaincre. Le premier ministre Valls a pris le dessus sur le candidat Manuel.

Une équipe de campagne inexpérimentée, des soutiens de taille mais inaudibles car concentrés sur leur action gouvernementale, comme c'est le cas pour Jean-Yves Le Drian, Valls est apparu comme un candidat isolé au sein d'une galaxie PS qui semblait vouloir tourner la page Hollande coûte que coûte. Une campagne se joue dès le premier coup de sifflet, et Valls a raté le coche avec un slogan un peu trop sarkozyste: "Faire gagner tout ce qui nous rassemble" qu'il s'empresse de modifier par "Une République forte, une France juste", slogan fortement inspiré de la campagne de Ségolène Royal en 2007.

Valls court aujourd'hui à l'échec. Il ne bénéficie que d'un très faible réservoir de voix, à l'instar d'un Alain Juppé lors de la primaire de la droite et du centre.

Quant à lui, Arnaud Montebourg, troisième homme (comme à l'accoutumée) de la primaire, que la presse a annoncé comme le grand perdant de la soirée, a pourtant une bonne fenêtre de tir à sa portée. Il contribuera activement à la victoire de Benoît Hamon lors du second tour.

Dans le cas où Benoît Hamon serait absent du second tour de la présidentielle, hypothèse très probable, il disposerait de peu de crédibilité pour reprendre le Parti. Arnaud Montebourg s'imposerait alors comme l'unique recours et la meilleure alternative pour Solférino afin de diriger l'opposition, puisque porteur de la ligne politique majoritaire (l'aile gauche du Parti), soutenu par les députés frondeurs et "vierges" électoralement.