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Rétrospective de 2016: Retour sur une année riche en catastrophes olympiques

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erdogan

"Ils ont un drapeau noir en berne sur l'espoir". Ce ne sont pas les anarchistes de Léo Ferré mais les terroristes tunisiens de Daesh. Car, en 2016 on a officiellement considéré que la Tunisie était le "vivier du terrorisme mondial". Merci le Figaro.
Et, en bon vivier du terrorisme nous allons accueillir tous ces terroristes que nous avions gentiment expédiés en Syrie. Je ne sais pas comment ça s'est fait, mais ça s'est fait. Et, puis bon, "elloum baad el qdha bedaa"... Par contre, je sais qu'on ne peut pas les empêcher de revenir.

Et, au lieu d'anticiper la catastrophe à laquelle nous courons, au lieu de mettre en place un système normatif et juridictionnel nous permettant de limiter la casse, on passe nos journées à "discuter du sexe des anges", parce que ce n'est la responsabilité de personne et que c'est beaucoup plus simple de s'inventer connaisseur en droit constitutionnel et en droit international.

Mais comment dire, ce type de comportement a toujours été notre sport national; ce n'est pas en 2016 que ça a changé.
Bonne nouvelle pour les terroristes, ils pourront, à leur arrestation dire: "je ne répondrai qu'en présence de mon avocat".

Si vous lisez ceci c'est que vous avez survécu à l'année 2016 et ses catastrophes.

"I'm so sorry" mais 2016 a été une année catastrophique. Vous avez perdu un ou plusieurs proches, vous avez quitté votre ex et détruit sa vie, vous avez peut-être fait une erreur professionnelle qui a freiné votre carrière, vous avez collectionné les contraintes, plus que d'habitude.

La bonne nouvelle c'est 2016, c'est fini.

2016 a battu tous les records en nombre de morts. Déjà, le nombre de personnes s'appelant Michel a dû être divisé par trois cette année, vu le nombre de "Michel" qui nous ont quitté, du moins dans le rang des célébrités. Michel Tournier, Michel Galabru, Michel Delpech, Michel Déon.
Léonard Cohen, Fidel Castro, Mohamed Ali, Mahmoud Abdelaziz, Sghaier Ouled Ahmed, Ahmed Rateb, Prince, George Michael, David Bowie, Ahmed Brahim... Je ne vais faire de page de nécrologie, mais trop de personnes regrettées sont parties trop tôt, en 2016.

Bien sûr comme chaque année depuis la "révolution" on a eu un nouveau gouvernement. Avec, tout de même une différence considérable. Et, là, mes propos n'ont encore rien d'ironique. Il est jeune et beau. On a nommé un quadragénaire au pouvoir.

Oui, un homme de quarante ans. C'est surréaliste non? Il a alors déclaré: "lezemna neqfou ltounes" ("Il faut qu'on se mette debout pour la Tunisie"), vous connaissez la suite... Pour la petite histoire, Youssef Chahed avait annoncé un gouvernement juste après les matchs des deux équipes les plus importantes du pays... On avait déjà une idée sur l'efficacité de ce gouvernement.

Vous vous souvenez des selfies de Amel Karboul et de ses photos? En 2016 nous lui avons trouvé en Tunisie deux concurrents de taille en matière de photos: Neji Jalloul et Olivier Poivre d'Arvor le nouvel ambassadeur de France en Tunisie. Bien sûr en 2016, le ministre de l'Éducation nous en a fait voir de toutes les couleurs, des vertes et des pas mûres; nouveau calendrier, nouveaux régimes d'examens, volonté de faire de l'anglais la deuxième langue en Tunisie.

Nous étions tellement désespérés qu'on a considéré des jeunes passionnés par des mangas et qui écoutent du métal et du hard rock comme... comme satanistes. Oui, satanistes. `

2016 c'est l'année où on a n'a pas cessé d'être raciste et où on a commencé à s'intéresser aux articles 227 et 227 bis du code pénal.

2016 c'est l'année de Tunisia 2020. C'était l'occasion de rêver un peu avec tous ces dons et tous ces projets... L'avenir nous dira si c'est une arnaque. Mais moi j'ai envie d'y croire, parce que cela vend du rêve, et nous avons besoin de rêve.

C'était l'occasion de revoir la ville de Tunis, propre comme jamais. Vraiment propre. Méchamment propre.

La propreté de la ville de Tunis a fait que le gouverneur Amor Mansour soit un potentiel candidat à la présidence de la République, simplement parce qu'il faisait correctement son travail... oui, il faut avouer que nous ne sommes toujours pas portés sur la force de travail. En cela, c'est en 2016 que Laura Baeza, chef de délégation de l'UE a déclaré qu'aucune aide ne peut remplacer l'effort des Tunisiens.

2016 c'est l'année de Trump. Car, oui, un démagogue incompétent, totalement ignorant du monde, ouvertement raciste et misogyne a pu déjouer tous les pronostics aux Etats-Unis, et a remporté les élections.

Quelques mois auparavant, la Grande Bretagne a quitté l'Union Européenne. 2016, c'est l'année du Brexit qui, on l'espère pour l'Union, ne sera pas suivi de ; Grexit, Frenchxit, Italeave ... etc.
Ce qu'il faut voir, désormais, c'est la composition du Conseil de sécurité qui en découle. C'est du joli.

D'ailleurs, en 2016, les Etats-Unis ont presque voté contre Israël. Presque. Les Etats-Unis n'ont pas opposé leur veto et se sont abstenu de voter. Du coup, et bien, le Conseil de Sécurité a pu adopter une résolution où il condamne la colonisation des terres palestiniennes.

Ah et au fait, le Mossad a tué un ingénieur tunisien qui travaillait pour le Hamas.

2016 c'est l'année où Sarkozy a essayé de regagner le pouvoir, où Fillon a remporté les primaires de la droite, où François Hollande a décidé de ne pas se présenter aux présidentielles.

2016 c'est l'année Pokémon Go. L'année du Burkini. L'année de l'acquittement pour les assassins de Lotfi Naguedh. L'année où Tony Blair a présenté des excuses pour l'invasion en Irak. L'année de "Twari nwari", "Oumour jeddeya" et Baya Zardi en police des mœurs. La HAICA a arrêté la diffusion de "Andi manqollek". Sami Fehri a décidé de passer de Nagui à Jean-Luc Delarue, en tunisifiant "Ca se discute", dont le premier épisode m'a permis de comprendre que j'étais, moi aussi une perverse narcissique, pas vous?

2016 c'est l'année de l'Eveil d'une Nation, une manière de renouer avec l'histoire de la Tunisie et la partie beylicale de l'histoire. Mais, c'est aussi en 2016 que Samir Ouafi a cherché à créer le buzz en invitant un Bey et une Bourguiba pour faire le show. Par contre, en 2016, on n'a cessé de se torturer et en bons masochistes que nous sommes nous continuons à regarder son émission toutes les semaines. C'est l'année où la France nous a rendu service en emprisonnant Saad Lemjarred, qui s'offre quand même les services d'Eric Dupont-Moretti.

2016 c'est l'année où les avocats ont continué à faire la pluie et le beau temps en refusant les impôts, ce qui était le cas de toutes les professions libérales. C'est juste que les avocats font plus de bruit.

2016 c'est l'année de la portabilité et des pubs de Tunisie Télécom, Ooredoo et Orange; la concurrence dans toute sa splendeur. Je pense que c'est la meilleure manière peut être d'expliquer le concept de concurrence aux enfants.

2016, c'est l'année du scandale de Boughedir qui faisait, allez disons grossièrement, la cour aux potentielles miss Tunisie.

2016 c'est l'année des jeux olympiques, de Mellouli, la mère de Mellouli et toutes nos déceptions. Cela ne méritait pas qu'on en parle pendant des semaines.

2016, c'est l'année du coup d'Etat en Turquie; faux coup d'état téléguidé par Erdogan pour mieux museler l'armée turque.

2016, c'est l'année des attentats de Nice et de Bruxelles.

En parlant d'attentas et de terroristes, il s'avère que tous les terroristes derrière ces problèmes sont d'origine tunisienne. On retrouve toujours des papiers tunisiens. Miséricorde!
Alors, une question existentielle se pose: si au nombre de onze millions nous sommes à l'origine de tant de problèmes sur cette terre, que serait la situation si nous étions aussi nombreux que les chinois?

2016 c'est l'année où Attessia a produit une caméra cachée où Migalo se fait passer pour Ben Ali et où l'on piège des "figures publiques". C'était sans surprises, ou presque.

2016 c'est l'année où Brad Pitt a quitté Angelina. Netflix a sorti une nouvelle saison de Narcos qui nous a fait tourné la tête. Leonardo Di Caprio a enfin eu un oscar. Canal a produit un super documentaire sur le terrorisme ; les Soldats d'Allah. Et, c'est en 2016 que des soldats tunisiens ont, au comble de la discipline pris un selfie avec les cadavres des terroristes qu'ils avaient abattus.

On a vu BCE au 10e congrés d'Ennahdha. Et c'est l'année où on a vu Mariem Belkadhi avec tout le sérieux du monde parler de la rencontre officielle entre BCE et son fils...

2016 c'est l'année des "Chouquouq" ("clans") de Nida Tounes, Machrou3 Tounes de Mohsen Marzouk, Chafik Jarreya.

C'est l'année où Moez Ben Gharbia est revenu sur nos écrans et où Mehdi Ben Gharbia est enfin devenu Ministre.

Yann Barthes a quitté Canal et a une nouvelle émission sur TMC. Et, Manuel Valls a très mal prononcé le nom Caid Essebssi; probablement une manière de se venger de la bourde intergalactique de ce dernier en mars 2015: "François Mitterrand".

2016, c'est l'année des "GCC comme qui dirait, du tapis rouge raté...

Je ne sais pas vous, mais je trouve que le monde est moche, laid, insupportable. On suffoque dans ce monde de catastrophes, de malheurs, de tristesse. Alors, en 2017 j'arrête de tout ranger dans des cases, j'arrête de tout prendre au sérieux, car on n'est à l'abri de rien... 2017 s'annonce pire que les années précédentes, il suffit de voir ce qui s'est passé à Istanbul durant les premières heures de 2017.

Alors, tant qu'à faire autant tout prendre avec beaucoup de légèreté, alors j'entamerai l'année 2017 avec cette devise, car je n'ai pas trouvé plus léger que les propos de Meriem Ben Moulehem: "moutou, fatfitou ana al malika!".

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