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Suite au scandale du gouverneur de Sousse en France: Il est temps de revoir notre communication politique!

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Une vague de critique a été lancée ces derniers jours, sur les médias sociaux contre le gouverneur de Sousse (Tunisie) suite à son discours prononcé dans le cadre de la cérémonie de commémoration du premier anniversaire de l'attentat de Nice. Cette cérémonie a eu lieu le 14 juillet 2017, en présence des grands hommes politiques français notamment le président de la République française Emmanuel Macaron, les ex-présidents français François Hollande et Nicolas Sarkozy. Lors de cette intervention, qui n'a duré à peine 3 minutes, le gouverneur de Sousse s'est mal exprimé en touchant aux règles de grammaire, de conjugaison et de prononciation de la langue de Molière, mise à part la qualité du contenu d'un discours d'un représentant de l'État.

Le discours du gouverneur de Sousse était loin d'être à la hauteur de cet événement mondial et lui en personne n'était pas réellement digne de cette mission. Tout le monde connait les relations bilatérales très développées entre la Tunisie et la France. Tous les pays du monde nous considèrent aussi comme étant un pays francophone, ce qui facilite déjà l'accès de nos jeunes aux universités internationales francophones (en France, en Belgique, en Suisse, etc.). Mais le discours du gouverneur a présenté une autre image du pays lors d'une cérémonie internationale. Ce qui nous pousse à nous demander: Mais qui a confirmé la participation de Monsieur le gouverneur de Sousse à cette cérémonie? Qui lui a rédigé ce pseudo-discours?

Et si le gouverneur avait prononcé son discours en arabe?

Les Tunisiens se sont toujours montrés comme un peuple moderne, cultivé et ouvert. On commence d'ailleurs à apprendre les langues étrangères depuis le plus jeûne âge et pourtant on ne devient pas tous des Molière ou des Shakespeare. Puis, dans la constitution, il est mentionné que l'Arabe est la langue officielle du pays. Alors pourquoi nos dirigeants, dès qu'ils sont en présence d'une personnalité étrangère que ce soit en Tunisie ou à l'extérieur, s'expriment-ils en français et depuis peu en anglais, aussi?

En Tunisie, il n'y a aucune loi qui oblige un homme d'État Tunisien (président de la République, ministre, gouverneur, maire, etc.) à s'exprimer dans une autre langue. Bien au contraire, un traducteur pourra être à leurs dispositions en cas de besoin. Puis, pourquoi les Français, les Américains les Allemands, etc. s'expriment-ils toujours dans leur langue? Est ce qu'on a vu François Hollande parler en anglais en présence de Barack Obama? Bien au contraire, lors de la conférence commune de François Hollande et Barack Obama portant sur la lutte contre l'État islamique, qui a eu lieu en 2015, à Washington, le Président français s'est exprimé dans sa langue maternelle.

Un internaute tunisien a commenté la vidéo du discours du gouverneur de Sousse: "Ne devraient-ils pas s'exprimer dans notre langue maternelle? Ou l'arabe serait la langue des arriérés, des intégristes, etc. comme certains le laissent entendre? ou 'Le terreau du fondamentalisme' comme disait Gilbert Naccache et le défunt Mohamed Charfi".

Certainement, nous avons apprécié il y a quelques jours le passage médiatique en anglais du chef du Gouvernement Youssef Chahed sur la chaine américaine CNN. Mais quand la prononciation d'un discours se fait dans une autre langue que nous ne maitrisons pas, l'approche diplomatique de nos responsables nous mettrait d'emblée en position de faiblesse. Il ne s'agit plus de courtoisie politique mais d'infériorité.

L'art du discours politique

Le gouverneur de Sousse ne pourra pas assumer tout seul cet échec. Nous sommes tous d'accord en Tunisie que nos hommes politiques ont encore besoin d'un coaching médiatique et communicationnel et ceci rend la situation très grave quand on dépasse l'échelle nationale et on touche à la réputation de notre pays, à l'échelle internationale.

On revient ainsi aux questions du départ: Mais qui a confirmé la participation de Monsieur le gouverneur de Sousse à cette cérémonie? Qui lui a rédigé ce pseudo-discours?

Le discours politique est un art qui n'est pas maitrisé par tout le monde. C'est une forme de la discursivité par laquelle un locuteur poursuit l'obtention du pouvoir. On n'est d'ailleurs pas tous nés des communicateurs mais on a besoin d'un coaching et de l'expérience pour obtenir ce pouvoir. Monsieur le gouverneur de Sousse n'a pas d'ailleurs l'habitude de s'exprimer devant un public comme celui de la cérémonie de commémoration du premier anniversaire de l'attentat de Nice. Comment aurions-nous pu lui faire assumer une telle mission?

Puis en Tunisie, le président de la République et le chef du Gouvernement sont les seuls hommes d'État qui sont dotés d'une équipe de communication quasi-complète. L'évolution de Monsieur Youssef Chahed sur le plan communicationnel est déjà remarquable ces derniers mois. Mais est ce que dans une équipe de communication politique en Tunisie, existe-il une plume (speech-writter) ou un conseiller en communication personnel qui aide l'homme politique à améliorer ses capacités personnelles de communication et le préparer à ses interventions avec les médias? Ces deux métiers sont très importants et qui devront être présents dans toutes les institutions politiques.

Il ne faut pas aussi commettre la même faute qu'en octobre 2011. Nos communicateurs avec leurs différentes missions, devront être des Tunisiens qui ont une approche visionnaire et internationale. Et du moment où de vraies équipes de communication seront mises en place dans toutes nos institutions politiques (ministères, gouvernorats, municipalités, bureaux de relation avec les citoyens, etc.), ce type de faute communicationnelle ne se reproduira plus. Il est temps de revoir notre communication politique!

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