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Et si Benkirane échoue: que faire?

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ABDELILAH BENKIRANE
PJD/Facebook
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POLITIQUE - Abdelilah Benkirane qui ne peut pas former le gouvernement. C'est une possibilité dont la probabilité est très réduite, mais qui pourrait se réaliser. Tenant compte des déclarations de ce week-end devant le conseil national du Parti de la justice et du développement (PJD), devant celui de son syndicat ou encore lors de la rencontre des jeunes du parti de la lampe, le chef du gouvernement désigné met davantage en évidence cette possibilité.

Interpelant le sommet de l'Etat ou bousculant ses partenaires politiques, Abdelilah Benkirane tente par tous les moyens de faire tourner le navire dans le sens de son vent. Pour ce faire, tous les coups sont permis.

N'ayant pas pu faire trop par son intelligence politique ni par son silence, l'homme sort ses griffes de communication, son point fort. Dans ses sorties, Benkirane pose deux solutions: un gouvernement sans l'Union socialiste des forces populaires (USFP) ou une déclinaison de l'offre. "Dès le retour de Sa Majesté le Roi, soit j'aurai un gouvernement à lui proposer, ou si tel n'est pas le cas, je l'en notifierai", précise-t-il.

Autrement dit, soit les partis de l'ancienne majorité et l'Union constitutionnelle (UC) forment un gouvernement dans les deux semaines à venir, soit l'échec sera déclaré et Benkirane risque de rendre les clefs.

Trois options se profilent

Si tel est le cas, le pays entrera dans une zone de turbulence politique certes, mais trois voies s'ouvrent néanmoins.

La première voie peut consister dans la nomination d'une autre personnalité du PJD. Cette voie est conditionnée par l'acceptation ou le refus de ce parti. Or, chose déjà annoncée, ce sera Benkirane ou personne d'autre. Une annonce certes théorique mais devant le fait accompli, la balle de la crise changera de camp. Un refus mettra le PJD en face à face direct avec le détenteur du trône ; situation qui ne sera pas en faveur du parti islamiste. De plus, l'acceptation d'une personnalité autre que le secrétaire général détrônerait Benkirane de son poste avant même le congrès du parti prévu en mai de cette année. Dilemme.

La deuxième voie possible consiste dans l'organisation de nouvelles élections législatives. Décision très difficile de part et d'autre. Des élections dans un contexte de relâchement politique connaitront le taux de participation le plus bas de l'histoire du pays mais aussi, du coup, une majorité parlementaire absolue du PJD qui gagnera par la mobilisation des voix cristallisées. On n'est pas sortis de l'auberge, au contraire le clou s'enfonce davantage. En face, un schéma électoral semblable à celui des années 70 ou 80 où les résultats ont été décidés à l'extérieur des urnes comme l'énonce clairement Abdelouahed Radi dans ses mémoires Le Maroc que j'ai vécu. Et là, bonjour les dégâts !

La dernière voie nécessite une révision constitutionnelle. Une remise en cause de l'article 47 dans le sens de prévoir les alternatives dans le cas où le chef du gouvernement n'est pas en mesure de former une majorité. Une voie prônée par l'USFP au lendemain des élections d'octobre et très sollicitée ces jours-ci par la direction du Parti authenticité et modernité (PAM). Si le choix de cette voie est fait, la question sera celle de l'option la plus adéquate: une révision de la constitution par le parlement ou par referendum.

Là aussi, ce sera un choix hautement politique et symbolique: celui de la légitimité.

Let's wait and see. Au bout du compte, un gouvernement sera formé et tout le monde s'accordera à dire que la politique ouvre le champ du possible, et non pas le ring des têtus.

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