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Quand est-ce que les villes marocaines vont franchir le pas de la com' digitale?

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RABAT
Nisangha
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DIGITAL - Il y a des dates qui marquent l'Histoire. À Marrakech, celle des négociations du GATT pour le commerce en 1994 en fut une. En 2016, celle de la 22ème Conférence sur le réchauffement climatique dans la ville rouge devrait aussi rester dans les annales. Mais dans le royaume lui-même, il ne peut y avoir de transition climatique efficace sans outils numériques en phase avec les besoins et les usages des habitants. Alors, derrière le raout mondial de Marrakech, n'est-il pas temps de considérer au Maroc la question cruciale de la place de l'ingénieur sur son territoire?

La question est légitime quand on sait qu'au lendemain de la COP22, la blogosphère continue de se gausser du logo de Casablanca, métropole économique s'il en est et du site web de Rabat, capitale du royaume, encore inaccessible pour "construction". Alors que, loin de ces déboires, dans un magnifique salon de l'Hotel de Ville de Paris, la voix d'un ingénieur-électronicien résonne. Celle de Ahmed Aboutaleb qui a quitté le Maroc à l'âge de 15 ans, aujourd'hui maire de Rotterdam, ville comme il le dit lui-même "du plus important port d'Europe".

Venu à Paris pour assister à la "deuxième réunion de l'initiative OCDE des maires champions pour la croissance inclusive", M. Ahmed Aboutaleb a été écouté religieusement lorsqu'il s'est mis à parler du web. À un moment de son intervention, il a brandi son smartphone pour expliquer qu'en bon ingénieur, il a dès à présent une vision de l'usage que ses administrés en auront dans "dix à vingt ans". Mesurant notamment l'importance du site web de sa municipalité pour le dialogue avec la population de Rotterdam, l'édile a défini cet outil évolutif comme un lien essentiel et incontournable.

Ainsi, à l'heure où les projecteurs des acteurs mondiaux du climat étaient braqués durant deux semaines sur la COP22 à Marrakech, il semble qu'au contraire de leur homologue Ahmed Aboutaleb, les maires et responsables municipaux de Rabat et Casablanca n'ont pas pris la mesure du changement de paradigme qu'induisait l'avènement des nouvelles technologies chez leurs administrés.

Les polémiques autour d'un logo à Casablanca et la mise en construction du site web de la mairie Rabat au moment de l'actualité COP22 démontre qu'il existe un décalage béant entre ce que développent en matière de numérique les ingénieurs marocains, à l'intérieur comme à l'extérieur du royaume, et la compréhension qu'ont les élus des collectivités de ce nouveau territoire virtuel.

Au Maroc, l'avènement du numérique aujourd'hui n'a rien à voir avec celui de l'électricité il y a juste un siècle. Si à cette époque on a dû attendre l'électrification entre Khouribga et Casablanca, puis celle d'autres villes et régions, les Marocains d'aujourd'hui, en milieux urbains et ruraux, sont déjà connectés grâce à leur smartphone et communiquent avec le monde avant même l'arrivée d'infrastructures numériques communales.

Ainsi, les municipalités de Casablanca et de Rabat comprendront-elles qu'un site web ne se construit pas comme l'édition d'un magazine, avec un joli logo et de belles photos? À la demande latente de la population, il faut un numérique efficace sinon elles verront leurs administrés développer des usages sur d'autres plateformes et notamment à l'extérieur du pays. Situation bien dommageable lorsqu'on connaît la qualité des ingénieurs-informaticiens du pays pouvant initier des plateformes dans l'air du temps. Les ingénieurs marocains ne sont pas moins audacieux ou innovants que d'autres!

En forme de dialogue, dans leur ouvrage Du ciel à la terre (édition Les Arènes), les philosophes français Régis Debray et chinois Zhao Tingyang sont d'accord sur un constat: l'irréversibilité du progrès technique.

Ainsi, écrit Régis Debray à son ami chinois "... Au fond, les seuls révolutions qui échappent au sens astronomique du mot, ce ne sont pas les politiques mais les révolutions techniques parce qu'elles seules sont sans retour. On ne revient pas à la bougie après l'électricité, ni à la marine à voile après la machine à vapeur, comme on revient à la religion orthodoxe après la révolution d'octobre et à Confucius, ou à la géomancie, après la Longue Marche. Internet et les containers ont changé la face du monde bien plus sérieusement que Marx, Lénine et Mao...". Une pensée philosophique qui mérite d'être méditée.

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