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Le forum économique mondial de Davos, avec le repli des États-Unis de Donald Trump, braque les projecteurs sur la Chine

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CHINE
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INTERNATIONAL - Une nouvelle division se profile dans les relations mondiales. Elle oppose les pays d'Asie, adeptes de la mondialisation, emmenés par la Chine, et les nations transatlantiques, opposées à ce phénomène.

Comme je l'ai écrit dans un billet de blog, "la venue du président Xi au forum économique mondial de Davos, qui débute ce mardi 17 janvier, survient à la fois au meilleur et au pire moment. Elle tombe à point, car Donald Trump a quasiment annoncé que l'Amérique allait se retirer du monde qu'elle a largement participé à construire ces dernières décennies et dont l'Asie a grandement profité". Un sentiment encore renforcé par les interviews du président élu diffusées lundi 16 janvier par la presse européenne, dans lesquelles il a attaqué de plein fouet l'UE.

Étant donné que l'Europe est maintenant plongée dans la peur d'attaques terroristes, de la crise migratoire et d'une intégration manquée, "la Chine reste l'une des dernières grandes puissances. Qu'elle soit prête ou non, elle a endossé, de fait, le rôle de leader mondial. Le pays cherche à conserver une économie internationale ouverte et à lutter contre les changements climatiques. En matière de mondialisation, le président Xi est désormais incontournable."

"Mais sa venue a également un côté négatif. En prenant la parole devant la fine fleur de la mondialisation, à Davos, le secrétaire général du Parti communiste chinois ne fait que prêcher des convertis. À le voir ainsi s'afficher avec l'élite de l'économie, les mouvements populistes qui déferlent sur les démocraties occidentales auront encore davantage la Chine dans le collimateur. Pour eux, cela prouve que ce géant est l'ennemi des classes ouvrières et des classes moyennes occidentales." Ses démonstrations de force en mer de Chine méridionale, en réponse à ce qu'elle a pris pour une provocation du nouveau gouvernement américain, ne jouent pas en sa faveur.

Poutine, médiateur entre Donald Trump et Xi Jinping?

Alexis Crow, experte en géopolitique, n'est pas de cet avis: pour elle, l'Occident tire toujours profit de la mondialisation, car commerce et croissance économique sont étroitement liés. "La hausse des salaires en Asie du Sud-Est stimule dans nos pays la demande dans le secteur de la nouvelle économie", écrit-elle. Et de préciser que les investissements chinois ont créé des milliers d'emplois dans l'Ohio.

Depuis Vladivostok, Artyom Lukin, professeur russe, se demande quelle sera l'issue de ces nouvelles tensions avec la Chine, alors même que le président élu américain aspire à de meilleures relations avec Moscou. "Au vu de l'hostilité marquée de Donald Trump envers la Chine et sa sympathie pour la Russie, le Kremlin pourrait bien prendre l'ascendant dans ce triangle, puisqu'il entretient de meilleurs rapports avec Beijing et Washington qu'ils n'en ont entre eux. Selon lui, le président russe Vladimir Poutine cherchera probablement à "jouer les médiateurs entre Donald Trump et le président Xi Jinping".

Journaliste russe ayant déjà eu affaire à Poutine, Alexey Kovalev a rédigé quelques conseils à l'intention de ses collègues américains qui viennent d'avoir droit à leur première conférence de presse avec Donald Trump. "Les faits n'ont plus d'importance. La vérité, la raison, cet homme-là n'en a rien à faire. Il se sortira toujours de vos questions pièges et déjouera vos plans, même les plus ingénieux. Peu importe ce qu'il affirme, vous ne pourrez jamais le coincer". Il leur souhaite par la même occasion la bienvenue dans cette "ère du n'importe quoi". Howard Fineman, célèbre éditorialiste américain, redoute quant à lui le combat qui oppose déjà Donald Trump et les médias traditionnels: "Il ne s'agit pas d'un jeu vidéo mais de l'Amérique à l'ère de Trump, et nous en avons eu un aperçu troublant."

De nombreux Africains s'interrogent sur les conséquences, pour eux, d'une présidence américaine hostile à la Chine. Comme l'expliquent Eric Olander et Cobus van Staden du China Africa Project, si le rôle des États-Unis est de plus en plus incertain, la Chine se montre toujours mieux disposée envers ce continent. Au début de l'année, elle a interdit le commerce de l'ivoire sur son territoire. Pour son premier voyage à l'étranger cette année, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi doit se déplacer en Afrique. La Chine s'est également engagée à y financer des projets à hauteur de 60 milliards de dollars.

L'année de la mise à l'épreuve pour l'extrême droite

A Singapour, l'écrivain Parag Khanna adopte une approche bien différente: pour lui, une Amérique aux prises d'une marée populiste pourra peut-être tirer quelques leçons en observant d'autres États prospères, comme l'Allemagne... ou la Chine. Il considère que les États-Unis "se sont enfermés dans un cycle néfaste dans lequel partis et politiques font tout et son contraire, dans un climat de stagnation du sentiment de bien-être national. Le populisme a triomphé du pragmatisme". L'Occident éprouverait même une certaine admiration envers la Chine, "en raison de sa capacité à agir sans se noyer dans les dissensions intestines et à défendre les priorités nationales, comme l'infrastructure".

L'organisation Human Rights Watch se montre très inquiète de la percée populiste en Europe et outre-Atlantique, précise Nick Visser. "Ils s'en prennent aux réfugiés, aux migrants et aux minorités, qui servent de boucs émissaires. Bien souvent au détriment de la vérité", affirme le directeur de l'organisation, Kenneth Roth. Nick Robins-Early s'est intéressé à la montée de ce courant en Europe: cette année sera celle de la mise à l'épreuve pour l'extrême droite, en particulier en France, en Allemagne et aux Pays-Bas.

À New Delhi, la journaliste Swati Chaturvedi redoute les conséquences du discours haineux anti-musulmans et misogyne d'un type de populisme hindou actuellement très en vogue dans le pays. Selon elle, "les trolls d'internet ne sont que des imbéciles. (...) Leurs mensonges et leur rhétorique violente peuvent avoir des conséquences mortelles dans la vraie vie".

Dans une interview, l'ex-président iranien Abolhassan Bani Sadr a affirmé que la présidence de Donald Trump était aussi porteuse d'opportunités, et pas seulement de problèmes. "Les partisans de Khamenei sont d'avis que [le président américain] respectera non seulement le plan d'action conjoint de Vienne sur le nucléaire mais que sa politique en Syrie et au Moyen-Orient servira les intérêts du régime perse."

Retrouver une stabilité dans un monde où tout est en mouvement

Tom Wheeler, le président de la commission américaine des télécommunications, est lui aussi plutôt optimiste quant à l'élection du businessman. Il est convaincu que les Américains sont plus que capables de faire face aux perturbations liées aux nouvelles technologies, qui sous-tendent une grande partie des inquiétudes politiques actuelles. "Le slogan 'Make America Great Again' ('Redonnons sa splendeur à l'Amérique') cache en fait un autre discours: 'Garantissez-moi que je ne subirai pas les effets négatifs de tous ces changements'. Pour une grande partie de l'électorat, il s'agissait de retrouver une stabilité dans un monde où tout semble en mouvement."

Mais, ainsi qu'il le rappelle à ses concitoyens, le pays a déjà été confronté à une situation de ce genre. "A l'instar de ce que nous voyons aujourd'hui, la révolution industrielle du 19e siècle avait entraîné un désir de stabilité. Mais, à l'époque, nous ne nous étions pas repliés sur nous-mêmes. Nous nous étions efforcés de bâtir une nouvelle forme de sécurité à partir de concepts inédits. La scolarité universelle, les droits des travailleurs, les plans gouvernementaux pour entraver les abus de l'économie de marché ne sont que quelques exemples de solutions adoptées pour résoudre les problèmes de l'époque. Ces initiatives étaient liées au 'bon vieux temps' qu'ils sont si nombreux à regretter aujourd'hui."

A Genève, Richard Baldwin pressent que l'impact sur le marché du travail sera double, touchant à la fois les pays riches et pauvres, en raison des délocalisations et de l'automatisation. "Grâce aux progrès rapides en puissance de calcul et en technologies de communication, travailler depuis l'étranger deviendra de plus en plus rentable", suggère-t- il. Avec la hausse des coûts de santé dans les pays riches, la "téléchirurgie", où patient et médecin sont à plusieurs centaines de kilomètres l'un de l'autre, se généralisera.

Dans notre monde rongé par la haine et la violence, le romancier turc Kaya Genc estime qu'il existe encore des moyens de s'unir, en admirant, par exemple, la beauté d'un jour d'hiver enneigé. "La neige a sauvé Istanbul", écrivait-il y a quelques jours, sur les berges du Bosphore. "Les flocons se déversaient sur la ville, qui s'en trouvait libérée de son statut de destination internationale de la terreur. (...) J'en avais des frissons dans le dos, mais j'étais soulagé de constater que, cette fois, la main de l'homme n'en était pas la cause."

Notre série intitulée Singularity s'intéresse aussi cette semaine à une découverte: une archive nanoscopique d'un millier de langues, que l'on peut désormais porter autour du cou.

Cet article, publié à l'origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Maëlle Gouret pour Fast for Word

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