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Génération de pleureuses !

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Se lamenter, regretter, commémorer, mécaniquement et de la même manière, à chaque date anniversaire (1er novembre, décès de Mohamed Boudiaf, fête de l'indépendance, printemps berbère, décennie noire...). "Constantes nationales", devoir de mémoire, disent-ils. Soit !

Interloquée néanmoins, par cette jeune génération qui croit rendre hommage en geignant à la moindre occasion, qui regrette "l'Algérie à une certaine époque". Nostalgie pour une époque qu'elle n'a même pas vécue, d'une Algérie qu'elle n'a jamais connu. Sentiment affecté, donc. Génération de pleureuses qui n'a jamais su ni pu s'inventer. Pleurer et s'émouvoir, jusqu'à l'indécence, vidant l'événement de sa substance et de sa portée historique.

Certains "activistes" issus de cette même génération, ont en même fait un fonds de commerce, opportunisme politique oblige. Génération passéiste convoquant cycliquement, un passé qu'elle ne comprend pas toujours, qu'elle n'interroge que rarement et jamais rationnellement.

Il m'est avis que ces pratiques commémoratives deviennent absolument désespérantes et indignes dans un pays souffrant de sclérose, incapable de se projeter dans l'avenir. Elles disent tout de notre impuissance, immobilisme et attentisme. On a troqué les "armes" contre les "larmes". Nous aimons raconter (montrer) ce que nous étions, car nous ne savons pas (encore) ce qu'on aimerait devenir. Nous savons à peine ce que nous sommes.

D'ailleurs, il aura fallu attendre 50 ans avant que l'Algérie ne reconnaisse son identité berbère. L'Algérie a mis 50 ans pour se reconnaître elle-même, tout en se regardant dans le miroir. Elle l'est là aussi, la crise identitaire. Elle est dans ce rapport au passé, magnifié, réécris et dont on a du mal à se délivrer. Et nous pouvons compter pour cela, sur les pages et groupes Facebook, de plus en plus nombreux, citons pêle-mêle : "L'Algérie à travers ses anciennes photos", "Alger à une certaine époque", "Alger dans les années 1970, L'Algérie entre hier, aujourd'hui et en avenir", "Algeria photo archives", "L'Algérie en photos à travers les siècles".

Et l'Algérie de demain, on en parle ? Difficile, tant l'avenir est flou et incertain. On préfère alors se réfugier dans un passé rassurant qu'on dépeint à sa guise et qu'on agrémente de "allah yarham chouhada" et de "ya hassra 3lik ya dzair, wash kouna, wash wellina" ou pour les plus fanfarons "C'était des Zommes, allah yarham".

"Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur". disait Churchill. Oui, regarder le passé et non pas y vivre et certainement pas le reproduire. Regarder le passé non pas pour se lamenter de manière impudique mais pour mettre à nu, pour désacraliser et déconstruire, quand cela est nécessaire, pour mettre en perspective, pour comprendre et pour faire lien avec le présent et construire l'avenir.

Ne nous voilons pas la face, ces commémorations, ces lamentations, ces nénies ne sont pas un hommage au passé, elles sont la fosse au fond de laquelle on enterre le devenir de l'Algérie.

Je conclus ce billet et je me rends compte que j'ai moi-même pondu une complainte en réponse à toutes ces complaintes impudiques. Oui, j'en suis moi aussi, de cette génération de pleureuses, mais je me soigne.

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