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L'union du Maghreb arabe, comprendre ce rêve oublié

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UNION MAGHREB ARABE
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L'union du Maghreb arabe, cette barque qui paraissait offrir des opportunités économiques et diplomatiques incommensurables pour ses membres, semble être victime d'une indifférence générale par ces derniers. Une pensée que partage le souverain du Maroc qui affirme, lors de la clôture du sommet de l'UA: "La flamme de l'UMA s'est éteinte, parce que la foi dans un intérêt commun a disparu".

Le sujet de l'union du Maghreb arabe revient dans l'actualité en 2017 avec la marche organisée par l'association "Maghreb Sans Frontières", le samedi 11 Mars à Paris. Cette marche de 3 km entre le consulat général d'Algérie et l'ambassade du Maroc, en passant par le  consulat de Libye et le consulat de Tunisie, a eu pour objectif de sensibiliser les cinq pays du Maghreb sur la nécessité d'une véritable coopération économique et politique.

Mais pour mieux comprendre le déclin de cette union et son état d'aujourd'hui, il est nécessaire de remonter à sa création en remettant les événements dans leur contexte géopolitique et détecter ainsi quels sont les facteurs qui ont mis a mal le fonctionnement de cette Union.

Flashback historique

Il y a 28 ans de cela, se réunissaient les dirigeants du royaume du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie, de la Libye et de la Mauritanie au palais de Marrakech pour signer le Traité constitutif de l'Union du Maghreb arabe. Un traité qui avait été planifié depuis plusieurs années dans un contexte très connu: celui de la lutte pour l'indépendance des nations du Maghreb.

Avant sa création, fut en effet fondée en 1927, au Caire, une commission pour la libération du Maghreb. Puis, 21 ans après, fut organisée en 1945, une conférence des mouvements nationaux de l'Afrique du Nord qui coïncida avec la création de la Ligue arabe à Alexandrie en Égypte et le Congrès de Manchester en Angleterre.

Tous ces évènements insuffleront dans les pays du Maghreb une envie de former une union qui renforcera leur collaboration face aux deux blocs de l'époque, les États-Unis et l'Union Soviétique, d'où la tenue d'une réunion a Tanger entre les chefs des mouvements nationaux du Maroc (L'Istiqlal), de l'Algérie (le FLN) et de la Tunisie (le néo-destour) en 1958. Une réunion où sera lancé l'appel à la création d'une union par les principaux représentants de ces mouvements: "Nous, les représentants des mouvements de libération nationale de Tunisie, d'Algérie et du Maroc, proclamons solennellement notre foi en l'unité du Maghreb et notre volonté de la réaliser dès que les conditions s'y prêteront". Plus tard, en 1988, ce projet sera concrétisé par la réunion de Zeralda en Algérie et débouchera sur la création, une année plus tard, de L'Union du Maghreb Arabe (UMA) à Marrakech.

Qu'est ce que l'UMA?

L'UMA désigne aujourd'hui l'organisation économique et politique formée par les cinq pays du Maghreb et dont le siège du secrétariat général est situé à Rabat, au Maroc. Actuellement, Taïeb Baccouche assume la fonction de secrétaire général de l'Union du Maghreb arabe depuis le 5 mai 2016.

Cette organisation a établi comme principale priorité dans son traité "La consolidation des rapports de fraternité qui lient les États membres et leurs peuples; La réalisation progressive de la libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux entre les États membres; le développement industriel, agricole, commercial et social des États membres ; l'institution d'une zone de libre échange avec le démantèlement de l'ensemble des obstacles tarifaires et non tarifaires au commerce entre les pays membres...etc." Tout ceci, ou presque, ne verra jamais le jour.

Quels facteurs bloquent le processus de concrétisation de cette union?

Les principaux facteurs diplomatiques qui entrent en jeux, sont les divergences politiques entre les différents gouvernements des états membres. D'une part, le contentieux diplomatique entre le Maroc et l'Algérie sur le Sahara qui ne cesse d'envenimer les relations bilatérales entre ces deux pays. D'autre part, la différence des systèmes politiques des 5 nations influence beaucoup les relations qu'elles entretiennent entre elles: l'Algérie est une république démocratique et populaire, la Tunisie une république, le Maroc une monarchie constitutionnelle, la Mauritanie une république islamique et la Libye n'a plus d'État puisque deux gouvernements se disputent la légitimité depuis la révolution.

Un potentiel économique colossal?

Le commerce intra-régional entre les pays du Maghreb ne représente que 1,3% des échanges extérieurs des 5 pays selon une étude établie en 2012, alors qu'une intégration économique maghrébine pourrait accroitre le commerce latéral de 3 à 4,5% (soit 3 à 4 milliards d'euros) et les IDE (investissements directs étrangers) de 75%, soit environ 5 milliards d'euros par an. De plus, la région du Maghreb a réussi à s'imposer sur plusieurs plans avec la Mauritanie comme premier producteur de fer brut en Afrique, le Maroc avec la plus grande production des énergies renouvelables, la Tunisie qui a su s'imposer sur le plan des libertés et de la démocratie, la Libye, plus grande réserve de pétrole, et l'Algérie, deuxième plus grande réserve de gaz, en Afrique.

Un nom qui ne fait pas l'unanimité?

Outre les problèmes politiques et diplomatiques, un problème toponymique se pose: celui du nom de l'union. L'actuel chef du gouvernement marocain, Saâd-Eddine El Othmani, a proposé, en février 2012, lorsqu'il était encore chef de la diplomatie, lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangère de l'UMA à Rabat, la suppression pure et simple du mot "arabe" du nom de l'union, proposant l'appellation "Union maghrébine" a cause du nombre considérable de berbères présents sur le territoire Maghrébin surtout au Maroc et en Algérie. Proposition rejetée par la Libye, la Tunisie et l'Algérie.

Selon le roi du royaume chérifien, "Si nous n'agissons pas, sauf à prendre exemple sur les sous-régions africaines voisines, l'UMA se dissoudra dans son incapacité chronique à rencontrer les ambitions du Traité de Marrakech, qui lui a donné naissance, il y a 28 ans" (discours de clôture du 28e sommet de l'UA).

Y a-t-il un espoir, même infime, que le rêve d'une union entre les pays du Maghreb se réalise un jour?

Allons-nous encore rêver ou allons-nous vivre ce rêve?

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Réveillez moi enfin cette belle endormie qu'est l'UMA!