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Avec toute mon indulgence Monsieur le gouverneur de Sousse

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Après la vague de critiques, indignations et autres formes de dénigrements adressés vendredi au gouverneur de Sousse suite à son hésitant, inaudible et illisible discours à la cérémonie de commémoration de l'attentat de Nice, un mouvement de soutien s'est constitué défendant le Monsieur et rappelant ses réalisations dans la région de Sousse et l'unanimité autour de sa probité et de ses multiples compétences.

Ce tiraillement constaté auprès de l'opinion est tout à fait compréhensible, chacun de nous ayant, en effet, sa propre échelle de jugement et son propre seuil de tolérance des erreurs des uns et des autres si toutefois erreur il y a eu.

Mais rappelons tout de même qu'un discours prononcé officiellement devant un public de marque comprend, en plus de son contenu, un aspect non verbal important, au moment de la représentation: c'est un ensemble d'éléments dont le regard, l'attitude, la voix, la gestuelle, les silences, l'intonation ... qui vont contribuer à faire passer tout le sens des messages à transmettre à l'auditoire.

Négliger ces éléments contribuerait fatalement à brouiller le contenu, à focaliser l'attention sur les hésitations et les lacunes d'élocution plutôt que sur le contenu aussi important soit-il.

Sans vouloir me ranger ni d'un côté ni d'un autre et sans reprendre l'argument de l'image de la Tunisie et de tous les impacts directs et indirects dont se soucient, à raison, beaucoup d'entre nous, je rappelle également que selon la majorité des analystes des discours, la règle du 55/38/7 est souvent négligée par nos preneurs de paroles et notamment certains politiques et chefs de groupes influents.

En effet toutes les études montrent que nous retenons ce que nous voyons davantage que ce que nous entendons. Le langage non verbal représente la moitié de notre impact en présentation orale. La part du message en tant que tel est très faible , elle ne dépasse pas les 7% , pendant que le ton de la voix lui, attire plus de 38% de l'attention du public et la gestuelle 55% de celle-ci.

Je rajouterai aussi qu'en politique, et quelles que soient les compétences que l'on nous reconnaît, il y a de moins en moins de place pour l'improvisation: tout se prépare, tout se répète, tout se prévoit, on anticipe, on scènarise, on simule les gestes, le regard, les émotions, la prestance ... on travaille beaucoup en amont tout simplement.

Ce qui s'est passé vendredi à Nice est au moins de la négligence, mais disons le encore une fois, la politique n'est pas uniquement des actions, ni un ensemble de bonnes intentions, elle est aussi une permanente représentation des idées, des projets et de ces mêmes actions, savoir les exposer fait partie intégrante du projet de les porter.

Nous avons encore une fois manqué une précieuse occasion pour rendre visible le meilleur de nous, notre humanisme, notre dimension supra-nationale et multiculturelle, notre nature accueillante et ouverte, sans complexe aucun, sur toutes les civilisations qui ont enrichie notre histoire et dont les langues constituent une composante essentielle. Une précieuse occasion pour affirmer notre authenticité, tout court.

Avec toute mon indulgence Monsieur le gouverneur ...

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