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"Demain dès l'aube" ou la nécessité de dire sur le vif les jours d'après

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FILM
Demain dès l'aube
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Un rêve, un jour et une nuit. L'urgence de les dire avant qu'ils ne deviennent ineffables.

L'impérieuse nécessité de les maintenir vifs dans nos mémoires avant qu'ils ne soient relégués de façon définitive et aseptisée au rang de corpus pour historiens. C'est d'un jour et d'une nuit qu'il est question dans "Demain dès l'aube". Le jour de tous les possibles, la nuit de tous les doutes. C'est de cela qu'il s'agit.

Le 14 janvier 2011, n'est pas uniquement une date clé dans l'histoire contemporaine de la Tunisie, c'est également et surtout des millions de récits intimes chargés de peur, de joie, de questionnements, de rêves, de rencontres, d'engagement, d'inconnu, d'espoir, de crainte, de dépassement de soi, d'affranchissement et de petites et grandes libérations individuelles et collectives.

C'est par l'intime, l'individuel que ce film entend apporter un éclairage nuancé à ce qui désormais collectif, commun et mis sous les projecteurs, c'est à dire à l'Histoire officielle telle qu'elle est en train d'être écrite.

Elément déclencheur, le 14 janvier 2011, n'est pas pour autant le propos du film. C'est davantage une restitution de l'après-14 janvier 2011.

L'histoire se déroule, plus précisément, trois ans après le 14 janvier 2011. Malgré les multiples flashback dans le scénario pour dire les faits, le film relate davantage l'instauration d'un ordre nouveau après "une nuit sans lois".

"Demain dès l'aube" est comme un échantillon pris dans cette série de procès iniques et expéditifs qu'on a appelés "les procès de la révolution". Le film transgresse le cadre de l'intrigue du scénario et de l'enquête qu'il narre pour montrer jusqu'à quel point tous ces procès constituent le procès de la culture de la contestation.

Mêlant le récit intimiste à celui de l'enquête judiciaire, le film n'a d'autre prétention que de s'adresser à une jeunesse actrice éphémère, héroïne de quelques jours seulement, dans le renversement de l'ancien ordre pour être finalement totalement dépossédée de son rêve, le rêve d'un monde nouveau. Au lieu d'un monde nouveau, on a abouti à un ancrage nouveau du conflit générationnel dans cette confiscation de ce qui a été désignée par "révolution", "leur révolution" comme le dit un des protagonistes du film.

C'est un film exigeant et sans concession vis à vis de lui même et de l'histoire qu'il porte, exactement comme l'est cette jeunesse dans son ensemble, comme le sont les jeunes tunisiens de tout bord. C'est un film qui restitue la genèse du rêve, aujourd'hui enfoui, tu, oublié ou abandonné, la met à nu pour ranimer la détermination de se battre et la flamme d'un espoir nourri et porté avec ferveur l'espace de quelques mois.

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