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Le travail deviendra capital et le capital deviendra travail

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Avant de dégager, Ben Ali n'avait pas cessé de répéter qu'il n'avait pas de baguette magique pour résoudre la crise qui le balayait. L'idée du "Million de Passeports Pour l'Emploi" (MPPE) germa dans la tête de quelqu'un "que certains croyaient déjà trop vieux, pour faire rejaillir un nouveau volcan...".

Qu'est ce que le Million de Passeports Pour l'Emploi" (MPPE)?

C'est une théorie qui part du principe qu'un train ne doit laisser personne sur le quai, et qui consacre la nécessité dans une économie donnée, d'intégrer impérativement tous ses individus actifs et oisifs dans la logique d'un nouveau modèle de développement basé sur la solidarité économique entre les générations, et traduit à travers l'émission d'un droit préférentiel à titre onéreux ou gratuit, selon le cas, mobilisable, négociable et cessible, qui offre à tous un capital et une garantie de départ dans la vie. Un montage financier, bancaire de préférence, ouvert aux investisseurs nationaux et étrangers, s'assure de mettre en place ce passeport pour l'emploi, à travers un portefeuille de valeurs mobilières et des introductions massives et générales sur la cote des participations de l'État.

Le MPPE, règlera les épineux problèmes du rééquilibre et du développement régional, ainsi que les systèmes de privatisations, de la "moussadara" (confiscation) et de justice transitionnelle et des restructurations sectorielles industrielles et touristiques, c'est le capitalisme populaire dans toute sa nouvelle dimension... pour mon pays, pour le monde arabe et pour mon continent. L'individu et l'entreprise sont les bases de la société.

Mohamed Ghannouchi qui lui succéda un instant par le miracle de l'article cinquante six de la Constitution, eut les mêmes propos. Idem pour Mbazaa et même Nejib Chebbi, l'opposant de longue date, n'a pas fait mieux à Kasserine, et alors qu'il était ministre du Développement, en répétant l'unique rengaine, il déclara que les habitants de cette région n'ont "ni capital ni garanties" pour que la Banque de Financement des Petites et Moyennes Entreprises (BFPME), les aide à résoudre le fléau du chômage, notamment celui des diplômés du supérieur.

Ce quelqu'un qui était encore, depuis plusieurs décennies, à ses postes de haut dirigeant d'une société d'investissement et d'une société d'intermédiation du plus grand groupe financier et bancaire de la place, ne trouva pas mieux que de souffler l'idée à sa grande et nouvelle patronne du groupe, pour l'aider à restructurer la banque publique fortement secouée et au bord de la déconfiture.

"Tu rêves, disait-elle", et bien sûr comme je m'y attendais, je décidais de publier le projet.

Quelques bons journalistes que je salue bien, ont rapidement réussi à résumer l'idée et à la présenter à leurs lecteurs.

Pourquoi le centrisme est la solution?

Sur mon chemin, l'assassinat de Chokri Belaid fût comme un précipice vers le chaos, et les millions de gens qui l'ont pleuré deviennent inconsolables, et sombrent dans le silence. Et même "L'appel" d'espoir qu'on leur fît, sentît rapidement l'humidité et le moisi...

Les affaires politiques du pays tournaient de plus en plus au vinaigre, et le pauvre et téméraire Brahmi, père de cinq enfants, ne tarda pas à en payer le prix. C'était un jour de ramadan, de triste fête de la République. A son enterrement, la longue marche jusqu'au bardo, déborda et les foules immenses sont dispersées à feu et à sang. Mais les sit-in se multiplièrent et durèrent plusieurs mois. La Troika, élue pour trois mois pour rédiger la Constitution, en est à sa troisième année d'illégitime pouvoir.

Elle y est, elle y reste, n'en déplaise aux prétendus putschistes.

Certains avaient bien sauté (sur la révolution), pardon sur l'occasion pour éviter "le bain de sang", et couper l'herbe sous les pieds de Hamma qui voulait finir la soirée à la Kasbah. L'effritement des partis progressistes était déjà à son comble, et le Front de gauche se perdait sous les larmes des courageuses Bassma et Mbarka. On ne saura jamais qui les a tués, ces grands messieurs? Non soyons sérieux, et à la place de ces dernières je laisserai l'histoire agrandir la valeur de tous les martyrs de la chère patrie, d'avant, pendant et après la révolution.

Par dizaines, par centaines on ne les a plus recomptés depuis. Policiers, soldats, touristes et autres pauvres bergers brûlés, piégés, poignardés lâchement dans le dos, mutilés et ou décapités.

Qui a instauré des comités de terreur, des milices et des terroristes dans les mosquées et les montagnes? Qui a envoyé nos jeunes en Syrie, en Libye et en Irak. Par milliers ils sont payés, endoctrinés, et motivés par l'au-delà, par l'Eden. Les visages de marbre, "nos enfants", comme disait l'autre "meddeb" de la "nakba", qui se réveillent juste avant la prière du "dhohr", sont désormais dans nos souks, dans nos mosquées; les mécréants et les apostats, la société de débauche, le "takfir", le "tafjir" et le boom-boom, eux ils ne voient que ça.

Sept gouvernements sont passés depuis Bouazizi, et les choses s'enlisent et s'enveniment. Avant qu'il ne soit trop tard, j'ai décidé d'y aller par le Mouvement du Centre Démocratique....par le centrisme réel et effectif, par la seule idéologie qui va survivre à ces temps troubles, et par un grand programme où le renouveau des concepts va rompre avec le classissisme archaïque: "le travail deviendra capital et le capital deviendra travail."

L'expérience politique, "les jours où je me retourne... ":

A bas âge, mes parents me racontaient que les rebelles et les fellagas qui venaient s'approvisionner sur nos terres, et nos quartiers étaient partagés avec nos voisins et frères d'à côté, avec des bruits de tanks camouflés et de tirs ciblant par-dessus nos petites têtes des avions ennemis.

La Kasbah était bien haute comme ça. La fureur du Zaîm ne s'apaisait qu'auprès de wassila, sur les hauteurs d'Eddyr, dans son nouveau palais. Nous étions là à l'accueillir et croiser son regard perçant sous un bleu comme il y en a pas deux.

"Maaraket el bina wa tachyid", la dégourbification et l'éducation pour tous commençaient.

Je ne comprenait pas les pleurs de maman, cette très belle "Jmilia" éloignée par amour du "boughaz et de la drina" dans les champs, les monts et les sources de "Secca Veneria".

La bataille de Bizerte avait fait ravage dans sa famille et ses proches. Sur des remorques, cousins et grands enfants de notre village s'y rendirent aussi et y furent sacrifiés.

Les peines ne finiront pas quand surgit le collectivisme, le fléau qui emporta tout l'espoir et les soutiens.

La "majaa" ("famine") j'en ai su bien des choses avec mes neufs frères et sœurs, entassés dans la "malja du fourati".

Suivra la révolte des lycéens avec le fameux slogan de "takra wella ma takrach, el moustakbel ma fammech" ("Que tu étudies ou pas, il n'y a pas d'avenir").

Mais "great basket" was there... Par un de ces quatre matins, je quittais le patelin, avec un tout petit diplôme (qui deviendra grand bon gré mal gré) et un tout petit portail s'ouvrit. C'était le chemin vers l'empire de la finance.

Carrière, militantisme and "dunk", allèrent de pair pour moi. Fougueux et à grand cœur, tout me réussissait. Mon père m'avait légué "un matelas d'or", que mes enfants comprendront, Dieu merci.

Six années de syndicalisme m'avaient permis de côtoyer les H.Achour, M. Grami, S. Zghidi, S. Rejeb et autres H. Besbes, et de vivre la grande douleur du 26 janvier.

Bourguiba, du haut de ses soixante ans de politique, perdait peu à peu de son aura, depuis l'union ratée avec la "jamahyria" de Libye, jusqu'à la révolte du pain qui l'emporta...Il avait instauré la République et bâtit la Tunisie moderne, et jouant au démocrate il tomba dans la présidence à vie, qui lui fût fatale.

Sous le régime de Ben Ali, la joie du changement ne dura que deux ans ou presque, de "tahia tounes" ("Vive la Tunisie"), on passa vite à "yahia zine" ("Vive Zine" Ben Ali) et encore plus rapidement à "tahia Leila" ("Vive Leila" Ben Ali, épouse du l'ancien président).

Des pauvres rcdéistes, on ne voyait que les "goubaa" sur les écrans, et le "sanaa" leur a toujours faussé compagnie, jusqu'au jour des trente milles gourdins, où il n'en a trouvé que six cents peu volontaires... Les trois millions d'adhérents, étaient une histoire à dormir debout. Alors messieurs, tournez la page et comme on dit "celui qui te vend avec des fèves.....".

La fondation du parti "Mouvement National" avec Touhami Abdouli, qui a déserté Ettakatol, a été une expérience très intéressante et très réussie, puisqu'en moins de deux ans, nous avons pu présenter deux listes aux législatives de 2014, et gagner un siège à l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).

Qui dit mieux messieurs d'El Massar, d'El Joumhouri, d'Ettakatol, et j'en passe.

Mais, malgré la sortie de la Troika, qui fût notre objectif principal, il y eût de l'amertume dans certains déboires des partis progressistes, l'échec de la coalition de l'union pour la Tunisie et du front patriotique du salut, sans oublier le coup très dur donné au pluralisme, avec 192 partis entrés en lisse, une vingtaine seulement participaient au dialogue national, et une dizaine seulement aussi, se retrouvent représentés à l'ARP.

Le comble sera atteint quand le parti vainqueur (difficilement) choisit de s'allier à son dauphin et pire ennemi Ennahdha. D'ailleurs on ne comprendra jamais pourquoi cette dernière n'a pas présenté de candidat à cette présidentielle.

La participation aux législatives de 2014:

Malgré un départ tonitruant de notre jeune parti le Mouvement National, qui a secoué Caid Essebsi, Jomaa et les autres, les tribulations de Abdouli, qui ne se contenait plus et montrait ouvertement ses folies de grandeur aux unionistes pour la Tunisie, puis aux gauchistes menés par feu A. Hammami, sonnaient l'échec du projet d'une quinzaine de listes. La coalition de dernière minute acheva le reste.

Je me présentais dans ma circonscription sans trop d'illusions pour le résultat. Anonyme, sans le sou, et sans aucun soutien (à part celui de la jeune et splendide équipe du comité local du Kef), le combat pour l'honneur était très réjouissant: trente mille dépliants distribués de main en main, une soixantaine de tournées dans les quinze souks de la région, plusieurs dizaines d'affiches collées dans tous les bureaux de vote et autres emplacements urbains et ruraux. Le tout sans "chocotom", sans argent sale ni promesse de réduction des prix de l'alcool.

Mustapha K. Nabli qui fût notre candidat à la présidentielle nous a carrément fait fausse route et refusé net de nous soutenir. Il en paya les frais dès sa bourde sur Abou Iyadh, et sa campagne présidentielle fût ratée dès les premiers jours.

Mon échec au Mouvement National me motiva davantage pour essayer de concrétiser le projet dont je ne cesse de rêver pour combattre le fléau du chômage. Il fallait franchir le pas avec tous les risques auxquels je faisais face. Peu de gens croyaient à mes idées, et la médiatisation est très difficile.

Paradoxalement l'échec de tous les autres partis renforçait ma conviction pour quelque chose de nouveau, qui allait inventer un centrisme propre à notre pays et pourquoi pas à notre continent.

Petrofac, le phosphate, Jemna donnent beaucoup d'idées pour la révolution soft. La discrimination positive n'a rien donné aux régions défavorisées, et les menaces sociales s'accentuent.

Entre le dirigisme stérile de l'État et la domination des quatre cents mercantilistes, le capitalisme populaire doit émerger pour régler toutes les vicissitudes du passé.

Le MCD n'est pas une fin en soi, mais plutôt un moyen pour battre de nouveaux sentiers.

Réfléchissez au titre que j'ai donné à ce billet, car il introduit de nouveaux concepts tant pour le travail que pour l'investissement.

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