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Droit au logement et droit à la ville

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A la rencontre thématique du "Salon de l'habitat de l'architecture et design", jeudi 24 novembre, il y a comme un faux débat, ou un débat abstrait, ou plutôt une fausse problématique posée par les conférenciers et les organisateurs. Les orateurs conviés ont introduit des problématiques essentiellement centrés sur le "logement social" alors que le Salon de l'habitat de l'architecture et design n'a exposé que les opérations de logements promotionnels, c'est-à-dire dans le jargon algérien, le logement destiné à la vente.

J'ai noté en filigrane une ambiguïté dans la critique qui se veut architecturale mais seulement à l'endroit du logement social. Ambiguïté nourrie par la disparité et l'éclectisme des thèmes abordés qui contournent ou qui zappent l'enjeu architectural et urbain soutenu par les projets exposés par les promoteurs et bureaux d'études, objet de l'exposition par ailleurs.

En revanche, la promotion du Groupe HASNAOUI est présentée dans tous ses aspects "joyeux et festifs", y compris "l'engouement des populations pour l'achat des logements de sa promotion à Oran", selon le représentant du groupe, en oubliant de dire que ce genre d'engouement est général, et il y a même des bagarres à l'endroit du logement social ! Ce n'est donc pas ce genre d'argument qu'on devrait avoir dans un débat sur la qualité et la valeur architecturale d'un projet !

La critique développée par le premier conférencier autour d'un intitulé "De la typologie des architectures à la typologie des réappropriations - Le logement social lu au travers des processus d'habiter" est centrée sur les mécanismes d'appropriation des espace de logements construits pour la résorption de bidonvilles construits par ...les colons aux années 50 ! Nous sommes donc loin de l'actualité d'aujourd'hui ! L'appropriation sexuée, espace masculin/espace féminin présenté par le conférencier est un raccourci qui relève plus de cliché sociologique qui nous éloigne de la problématique au quelle faisaient face Roland Simounet (jnan elmithaq) ou F. Pouillon dans (climat de France) en leur temps !

C'est le même type de raccourcis qui s'est développée dans la conférence au thème "Réglementation et projetation par typologie des constructions". Le ton était à la critique ! Mais la critique de quoi ?
Si la conférence sur "Ile de Djerba, une richesse architecturale et une spécificité urbaine", nous a égayés un peu avec les images touristiques sur l'ile de Djerba, c'est chez Larbi Marhoum que nous avons trouvé un discours sur la ville et son architecture.

Au delà de l'intitulé "Le logement social au défi des normes", car le défi ce n'est pas le caractère social du logement, l'architecte L. Marhoum, a présenté une problématique architecturale et urbaine à l'ordre du jour en Algérie : c'est l'intégration des projets dans leur environnement urbain, ou dit autrement, c'est la capacité des projets d'habitat à générer une espace urbain de qualité, c'est à dire à faire la ville.

L'exemple qu'il a présenté dans la ville d'El Eulma est réellement représentatif de cette problématique. Placé dans un ilot quadrilatère, avec un plan de masse figé par un P.O.S qui place les blocs de bâtiment à la périphérie de l'ilot et des angles coupé à 45°et sans hiérarchie, la seule hypothèse qui restait était de travailler la façade et chercher un style qui sort de la monotonie ! Est-ce que donc le style fait la ville ?

Le 2° exemple à El Yachir dans la région de Bordj Bou Arrerdj est plus nuancé. Placé dans une zone rurale, l'ensemble est conçu en faisant référence à la typologie "Harra" qu'il a repéré dans la ville de Sétif. Mais la réappropriation d'une typologie ancienne pose le problème de son insertion dans le nouvel espace et les nouvelles exigences ? Peut-elle faire la ville d'aujourd'hui ? Contradiction que l'architecte a rencontré dans l'adaptation qu'il a faite sur un terrain géré comme un terrain plat, alors qu'il était en pente ! Ce qui a dénaturé toute l'insertion du projet dans son environnement et donc son incapacité à générer un espace urbain de qualité.

C'est à mon avis l'enjeu principal auquel nos architectes et urbanistes doivent s'atteler. Ce n'est donc pas le caractère social ou promotionnel du logement qui pose problème. C'est sa capacité à générer la ville. Pour ce qui me concerne, il faut défendre le "droit au logement" comme un acquis et revendiquer le "droit à la ville" (thème sur lequel on reviendra dans un prochain écrit). Autrement dit, faire pression au niveau politique sur les élus, les pouvoir publics, les maîtres d'ouvrage afin de trouver les mécanismes juridiques et financiers pour la construction du logement et les mécanismes démocratique pour leur distribution, et engager une réflexion sur le comment faire la ville ! Car c'est là l'enjeu principal qui relève de la responsabilité de l'architecte ou de l'urbaniste.

Or, c'est à ce niveau où tous les projets exposés par les promoteurs et les bureaux d'études présents dans ce "salon de l'habitat de l'architecture et design" ont prêché par une négligence totale de leurs villes et leurs territoires respectifs et une insertion dramatique dans leur environnement, à Jnan sfari, ain benian à Alger, Constantine, Oran ou Bejaia. C'est un salon qui semble être organisé pour promouvoir la vente de logement que poser l'enjeu de l'habitat de l'architecture et du design, comme l'indique son intitulé.

A méditer.

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