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Wahran El Bahia, Abdelkader Djemaï et une vie presque vraie

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Abdelkader Djemaï est de retour sur la scène littéraire avec un roman inspiré de la vie du 33e maire d'Oran, l'abbé Lambert, de son plein nom Gabriel Irénée Séraphin.

Djemaï, qui nous avait précédemment plongés dans la biographie romancée avec La dernière nuit de l'émir (Barzakh, 2013), retrace ici les événements qui amenèrent Gabriel Lambert, abbé défroqué, en Algérie.

C'est en novembre 1932 "vers 19h" que l'abbé Lambert arrive à Oran avec sa maîtresse Clara Pardini qu'il avait rencontrée à Annaba. Lambert, ordonné prêtre à Seilh, un petit village près de Toulouse, catholique un peu trop hédoniste se voit "interdit de paroisse et de sacerdoce par l'évêque de Toulouse" mais continue tout de même à porter sa soutane noire, son col blanc, et à prêcher la bonne parole.

Lambert, fervent admirateur du prestidigitateur Robert-Houdin, d'Hitler et de Franco, au comportement cocasse comme le dépeint Djemaï, est abbé mais surtout sourcier. Depuis tout jeune, avec sa baguette en forme de V, il cherche et trouve l'eau de sources souterraines. C'est d'ailleurs pour ce don qu'il est invité en Algérie en 1930. Il séjournera à Alger puis à Annaba avant d'être invité par Paul Ménudier, le maire d'Oran, pour aider là où les études et prospections ont failli : trouver une eau "claire, cristalline et douce", vitale pour la ville et ses habitants.

Amical, charmant, bon orateur et raciste, Lambert s'insère aisément dans cette petite communauté de colons. Avec sa compagne, il s'installera dans la deuxième ville du pays, dont les habitants sont recensés à 160.000 habitants en 1930.

C'est lorsque l'abbé Lambert découvre une source souterraine qui n'en est pas une que Ménudier comprend que cet homme est une ombre à son autorité, et surtout à son prochain mandat... Dès lors, Gabriel Irénée Séraphin "remplaçant sa soutane par un habit de lumière" va devenir "toréador casqué". Le duel pour contrôler la mairie d'Oran va commencer...

Adelkader Djemaï est un enfant d'Oran. Ses lecteurs connaissent son attachement pour sa ville natale, depuis au moins son essai Camus à Oran. Oran et ses lions continuent à inspirer l'auteur à travers cette nouvelle biographie romancée qui retrace les pas d'un personnage excentrique des registres officiels de l'histoire coloniale de la région.

Si Djemaï choisit de peindre cet homme et son parcours avec humour et sans sarcasme, il n'omet pas la tragédie vécue par la population algérienne. Ces souffrances décrites avec pudeur ponctuent la narration, silencieuses et profondes comme l'eau des nappes phréatiques de cette région.

Cette histoire presque vraie est celle de l'abbé Lambert, mais elle constitue surtout un chapitre dans la biographie de la ville d'Oran, que l'auteur continue de nous faire découvrir, de jour et de nuit, souffrante et éclatante. L'abbé Lambert reste secondaire face au charisme et à l'envergure historique de cette ville qu'il n'aura marqué que pendant 7 ans, mais qui elle l'aura marqué pour le restant de sa vie.

La vie (presque) vraie de l'abbé Lambert est parue aux éditions Seuil le 12 mai 2016. Il sortira en Algérie à la rentrée aux éditions Barzakh et sera disponible et dans nos librairies lors du SILA.

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*Mes remerciements aux éditions Seuil pour la copie-presse de ce roman.

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