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"L'évasion", le prison-break algérien d'Ahmed Akkache

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Au fils des années, bien des genres ont émergé de la littérature algérienne. Le roman noir, les "crime-fiction" et séries détectives, le roman autobiographique, révolutionnaire et historique parmi les plus connus.

L'une des écritures qui reste encore peu mise en avant est l'écriture carcérale et post-carcérale, et le monde de la détention qui leur a données naissance. L'un des romans issu de ce monde est un "prison break" inspiré d'une réelle évasion de prison tentée et réussie en 1962. Cette évasion est celle d'Ahmed Akkache, qui s'en est inspiré pour écrire sa seule fiction "L'évasion".

Ahmed Akkache, intellectuel et militant communiste proéminent pré- et post- indépendance, capturé par les forces de répressions françaises durant la guerre d'indépendance en 1957 et torturé par Massu, fut déporté et incarcéré dans une prison française.

C'est à Angers qu'Akkache s'est ainsi retrouvé prisonnier. Il sortira de cette prison non pas à la fin de sa sentence, mais en s'échappant de l'infirmerie aidé par des communistes français.

C'est autour de cette expérience qu'Akkache va construire son roman dix ans plus tard. Préfacé par Yacine Kateb et publié en 1973 par la SNED, "L'évasion" raconte la tentative d'évasion de cinq prisonniers algériens d'une prison de la ville d'Angers.

"Et si on tentait l'évasion ?"

Durant leur promenade journalière, à la suggestion de Brahim, Mahmoud, Mokrane, Salah et Ali commencent à sérieusement préparer un projet qui semble fantastique. Emprisonnés depuis cinq ans, d'abord à Serkadji, puis Lambèse, Berrouaghi, Maison-Carrée, et les Baumettes (Marseille), les cinq hommes sont maintenant à Angers depuis deux mois. Et ils ont décidé de tenter de s'évader de prison.

Une fois l'idée lancée, et pendant des semaines, ils vont se mettre à observer de près l'organisation de la prison, afin de choisir la stratégie qui les mènera vers leur liberté. Après avoir éliminé une sortie par la grande porte, ou en creusant un tunnel, les cinq amis vont choisir une stratégie bien plus audacieuse.

L'histoire que tisse Akkache se situe en 1956, et raconte entre autre une grève de la faim générale des détenus algériens en France, suivie à partir du 1er novembre pour protester contre l'emprisonnement des dirigeants du FLN kidnappés en plein vol.

En racontant la routine de la vie carcérale, Akkache introduit dès les premières pages comment des hommes privés de leur droit le plus fondamental vont persévérer pour récupérer leur liberté.

Narrer avec suspens, dans une langue simple et chargée d'émotions, Akkache raconte le futur d'un système qui n'a pas compris que plus il emprisonne, plus il condamne à être libre*.

*: "L'homme est condamné à être libre", Jean-Paul Sartre

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