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Le terrorisme et ses acteurs dans "L'Orient est rouge" de Leïla Sebbar

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LEILA SEBBAR
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La dernière collection d'histoires courtes de Leïla Sebbar, L'Orient est rouge, parue aux éditions Elyzad (Tunisie) en début d'année est inspirée d'un des grands sujets d'actualité contemporain : le terrorisme.

A travers 12 histoires de femmes, Sebbar s'interroge sur les motifs qui poussent une femme, ou un homme, à tuer en masse au nom d'un collectif. Sebbar s'inspire d'actes terroristes connus et récents, et concentre son regard sur le moment du déclenchement, ou l'après de cette violence.

Aujourd'hui les sphères politico-médiatiques nord-européennes et américaines définissent un acte terroriste de manière de plus en plus réduite, le terme est surtout utilisé pour décrire un acte violent commis par des hommes ou des femmes de confession musulmane. Cet axiome n'est pas remis en question dans L'Orient est rouge, l'imaginaire de Sebbar l'adopte entièrement dans chacun de ces récits.

"Vous êtes les héros d'un monde nouveau"

Ces flash-fictions de 3 à 10 pages mettent en scène des protagonistes qui ont commis des actes terroristes ou qui les ont subis. Les protagonistes sont surtout des femmes. Quand l'histoire d'un homme est contée, c'est parce qu'il est affecté par la destinée d'une femme.

Comme le titre de la collection l'annonce, chacun des personnages vient d'Orient ou a été touché par cette géographie. Cependant l'Orient de cette collection ne correspond pas à l'entité géographique qu'on connait.

L'Orient de Sebbar inclut l'Algérie, souvent conjuguée aux années 90s. On y devine aussi la Tunisie à travers le premier récit "Femmes d'Alger. Filles de joie" dans un musée où le regard du lecteur est maintenu sur une toile alors qu'une voix appelle des hommes en "cagoule et kalach" à tout détruire.

La France est aussi présente dans ces écrits, une France à l'intérieur de laquelle on devine que pour Sebbar cet Orient y a débordé. Dans "Kahina", une maman kabyle installée en France apprend que sa fille est l'épouse d'un des "Kamikazes du Bataclan". Le récit qui suit observe un homme sans nom qui s'entraine militairement dans le Cantal. Il se prépare à perpétrer des meurtres de "Juifs" dans la capitale française, et son épouse réussira à se réfugier en Syrie pour échapper aux forces de police.

Leïla Sebbar est l'une des rares romancières algériennes à utiliser le style de l'art naïf dans son écriture. Son style de narration suit aussi la morphologie du conte, une structure qui convient particulièrement bien à des histoires qui opposent innocence et horreur.

Cependant la vision du monde que ce style de narration ouvre forcément fonctionne mal avec le thème dans lequel Sebbar projette son imaginaire.

Le meurtre à grande échelle, la haine d'autrui et la propagande religieuse sont des sujets qui se réduisent difficilement à des oppositions "bien - mal", "innocent - coupable", "passif - acteur". A travers ces histoires, Sebbar présente un monde tout en oppositions binaires : Orient contre Occident, femme contre homme, beauté contre laideur, vie contre mort. Les acteurs et victimes de ces actes ont tous en commun d'être passifs et subissants, perdus et confus, ignorants et salis.

L'imaginaire de Sebbar n'arrive à se représenter l'Orient que comme une entité ravagée, dominée, et vidée de tout élément positif. Une géographie nébuleuse, sans nom et sans autre identité que le port du noir. La seule géographie positive insérée dans ces récits est le territoire des "femmes aux yeux bleus" : Paris.

On comprend bien que Sebbar a voulu se pencher sur un sujet préoccupant : la propagande religieuse et l'idéologie qu'elle véhicule.

Mais malgré la beauté de la langue de chacun des textes de cette collection, il m'est difficile de suivre l'imaginaire de Sebbar dans une représentation si étroite du monde, et dans laquelle même en fiction la seule géographie positive est la France.

Mes remerciements aux éditions Elyzad pour la copie presse de cet ouvrage.

L'Orient est rouge de Leïla Sebbar, éditions Elyzad (Tunisie), 2017, pp 138.

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