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Peinture: Une humanité de couleurs chaudes

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C'est lors de l'exposition "Fragments de M√©moire" organis√©e √† l'Association Culturelle Berb√®re (ACB) √† Paris (2013) que j'ai d√©couvert les Ňďuvres de Farid Mammeri, po√®te et peintre alg√©rien √©tabli en France depuis 1993.

Ses toiles? Une mosa√Įque de couleurs chaudes qui √©voquent la chaleur, la douceur, la gaiet√©, la vie qui s'√©coule lentement, tendrement et s√Ľrement. Des visages aux regards profonds et intenses qui parlent √† nos sens. Un univers pictural √©mouvant qui immerge le regard dans un monde de sensibilit√© o√Ļ des hommes et des femmes se laissent √©treindre par la tendresse cr√©atrice du peintre qui √©bauche, esquisse, dessine, trace, grave, peint, donnant vie √† une Humanit√© qui c√©l√®bre la gloire d'un monde par√© de valeurs in√©puisablement humaines.

Découvrons Farid Mammeri!

farid mammeri

Dans quelles circonstances avez-vous découvert la peinture?

Lorsque j'avais trois ans, suite √† la gr√®ve des √©tudiants, les militaires ont mis tous les enfants de mon village d'alors, Tamda, √† l'√©cole. J'√©tais dans le lot. Comme je savais lire et √©crire - gr√Ęce √† ma m√®re et par esprit d'√©mulation vis-√†-vis de mon a√ģn√© - l'instituteur m'a gard√©.

Quelques ann√©es plus tard, j'ai d√Ľ aller vivre chez mes grands-parents √† Tizi Ouzou. Et c'est l√† que j'ai d√©couvert les Ňďuvres de mon cousin, le peintre Azouaou Mammeri. C'√©tait la guerre. Son fils Driss avait demand√© √† mon grand-p√®re de regrouper et de pr√©server ses peintures rest√©es en Alg√©rie. J'ai donc baign√© dans cet univers pictural (portraits, paysages...) accroch√© aux murs.

Par la suite, au lycée de Ben Aknoun (Alger), j'ai eu la chance d'avoir, dès la sixième, pour professeur, Oscar Spielmann, peintre tchèque. Son enseignement était d'une grande rigueur et d'un haut niveau. A la limite d'un enseignement d'une école des Beaux-Arts classiques.

Les années 1970 ont été fructueuses en matière de vulgarisation de votre peinture et poésie. Quelle était la nature de vos activités?

Au début, nous étions trois personnes: mon ami Yacine, mon frère Aziz et moi-même. Notre première manifestation culturelle s'est matérialisée par l'organisation d'une exposition de peinture à la galerie des "Quatre colonnes" à Alger en 1973. Puis nous avons agrémenté ces expositions d'écrits poétiques. C'est ainsi que nous avons réalisé de la poésie illustrée.

Afin d'élargir notre cercle et de partager notre passion avec le plus grand nombre, nous avons organisé des expositions suivies de débats dans des campus universitaires et quelques villes algériennes: Oran, Blida, Boufarik, Boumerdès. Les échanges avec notre public étaient très riches et passionnés car nos interrogations interpellaient nos interlocuteurs.

J'ai continu√© √† √©crire, √† peindre et √† exposer jusqu'en 1977, date de mon entr√©e √† Radio Cha√ģne 3 o√Ļ j'ai produit et anim√© une √©mission culturelle. En 1993, j'ai quitt√© l'Alg√©rie. C'est alors que j'ai recommenc√© √† peindre.

Vous avez cessé de peindre pour faire la promotion des autres artistes. Comment expliquez-vous ce positionnement?

Il me semblait qu'animer des √©missions √† vocation litt√©raire et artistique et communiquer avec des auteurs et des artistes-peintres √©tait une autre mani√®re de cr√©er. Pendant seize ann√©es, j'ai rencontr√© pratiquement tous les peintres de l'√©poque: M'Hamed Issiakhem, Mohamed Khadda, Bourdine, Denis Martinez, Larbi Arezki, Salah Malek... Mon √©mission a √©t√© aussi l'occasion de d√©couvrir des talents dont les oeuvres n'√©taient pas encore prises en consid√©ration et qui n'auraient pas pu se faire conna√ģtre autrement. Je leur offrais un lieu d'expression o√Ļ ils parlaient librement, dans la langue de leur choix. A l'√©poque, le "d√©sert culturel" dont parlaient ceux qui valorisaient la "culture officielle" n'existait que dans leur t√™te. La "vraie" culture, celle qui √©tait dynamique et se pratiquait au jour le jour n'avait pas forc√©ment le rayonnement qu'elle m√©ritait ni les espaces m√©diatiques pour cela.

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"Être en déshérence"

Quelles sont vos influences picturales?

Les années passées à la radio m'ont fourni l'opportunité de m'intéresser à l'esthétique d'un point vue intellectuel et pratique. J'ai découvert les différents mouvements picturaux à travers le monde. Je me suis documenté sur la peinture algérienne, sa naissance, ses caractéristiques, ses différentes tendances. Car jusqu'à une certaine période, elle était considérée comme un genre cantonné dans le champ de l'art indigène.

Je suis plut√īt influenc√© par l'impressionnisme et la peinture moderne. J'ai tent√© d'explorer plusieurs techniques. Mon style a oscill√© entre le symbolisme, le semi-figuratif et l'abstrait. En r√©alit√©, je n'ai pas de pr√©f√©rence pour un style particulier. Mais je dirai que ma peinture est plut√īt semi-figurative.

L'exploration et l'expérimentation en matière de formes et de couleurs sont des éléments importants dans la démarche d'un peintre. C'est un moyen qui favorise l'expression. Car lorsqu'on peint, on raconte l'histoire d'un moment: l'instant de la création.

J'ai tent√© d'int√©grer de nouveaux mat√©riaux tel que le fil de plomb utilis√© pour les vitraux. Il fut une √©poque o√Ļ j'avais envisag√© de travailler sur des radiographies. Mais j'y ai tr√®s vite renonc√© car je n'avais pas trouv√© le bon moyen pour les graver.

Des femmes au labeur, des hommes songeurs, souriants, soucieux, des lieux, des symboles et bien d'autres aspects caractérisent votre peinture. Quelles sont vos sources d'inspiration?

Je me nourris de mon environnement. Je m'inspire de mes origines, de ma culture, de mon Algérie et de ses héritages culturels: africain, grec, romain, phénicien, méditerranéen. Je me nourris de littérature, de différentes approches de personnes que je rencontre, d'écrivains tel que Saint Augustin ou Apulée qui est le premier à avoir posé la problématique de l'élévation de soi dans un roman. J'ai rencontré beaucoup d'hommes et de femmes qui m'ont influencé et façonné.

J'ai intitulé l'exposition organisée à l'Association Culturelle Berbère (ACB): "Fragments de mémoire" (mars 2013). Car quand on a tout oublié, il reste la mémoire. Je peins des visages que j'ai rencontrés: les cardeuses, les porteuses d'eau... des lieux que j'ai traversés, des événements qui m'ont marqués, des scènes qui ont retenu mon attention.

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"Prières licencieuses"

Quel est votre regard sur la création artistique picturale en Algérie?

Globalement, il y a eu deux grandes voies en matière artistique. Il y avait les artistes qui interrogeaient le signe, notamment le Groupe Aouchem (Tatouages) qui utilisait le signe et les symboles berbères et la calligraphie. Puis il y avait la culture de "l'art officiel" qui s'intéressait au socialisme "pictural" dans le domaine de la sculpture notamment. Auparavant, dans le cadre des "Arts Indigènes", il y avait l'enluminure et la miniature. Plus tard, les peintres se sont libérés des "contraintes identitaires" pour s'inscrire dans l'art moderne, prendre part à l'expression dans la peinture universelle. Ils n'étaient plus des peintres algériens au sens restrictif du terme mais des artistes qui se revendiquaient en tant que tels.

"Fen-Art" est un projet à vocation culturelle qui vient de voir le jour. Quel est son principal objectif?

Au-delà des écoles, des moyens d'expression, des différents supports et différentes pratiques, nous avons voulu, avec "Fen'Art", mettre en synergie toutes les potentialités créatrices d'artistes désireux de prendre part à ce projet qui se veut solidaire avant tout. "L'art est union" quand il se veut aussi communion pour une meilleure visibilité et lisibilité des diverses et multiples créations.

Notre association est donc ouverte à tout plasticien ou artiste désireux d'en faire partie.

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