Nadia Agsous

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En remontant Cervantès, première partie

Publication: 19/11/2013 11h22

"Raconter Alger dans sa réalité quotidienne à travers ses mythes"

Au jardin d'Essai, des couples parlent d'amour à l'ombre de la présence légendaire de Tarzan et de Jane qui plane dans ce lieu.

Au musée des Beaux-Arts, des jeunes filles et garçons commentent, pour la première fois, des œuvres d'art qui ornent cet édifice fameux pour son architecture et la grande collection d'art qu'il abrite.

Don Quichotte se pavane sur son beau cheval dans les rues d'Alger. Cervantès, son concepteur, est révélé à travers l'histoire de la grotte où il a trouvé refuge lorsqu'il était captif à Alger en 1875. Le tout localisé dans un quartier connu sous le nom de "Cervantès".

C'est dans ce quartier populaire qui regorge de mythes que la caméra de Hassen Ferhani interroge les mémoires et les imaginaires pour révéler Alger dans sa réalité quotidienne à travers un film intitulé "En remontant Cervantès". Celui-ci se décline sous forme de six épisodes réalisés dans le cadre du projet "Un été à Alger", à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. Les six épisodes ont été condensés en un film intitulé "Tarzan, Don Quichotte et Nous". Ce dernier sera projeté le 22 novembre 2013, à 21 h, à l'Institut du monde Arabe, dans le cadre du Maghreb des films 2013.


ferhani
Hassen Ferhani

"En remontant Cervantès" se présente sous forme de documentaire trans-média destiné à être diffusé sur différents supports média: télévision, internet, mobile, tablettes... Qu'est ce qui caractérise ce type de narration?

La spécificité et l'intérêt du web documentaire résident plutôt dans la forme que dans le contenu. Les modes de narration restent identiques. C'est le support de diffusion qui change puisqu'on ne dépend plus des distributeurs pour diffuser les films et des salles de cinéma pour la projection. La facilité de diffusion est l'un des aspects qui caractérise ce type de support qui devient accessible au plus grand nombre. Il peut être diffusé à partir du Net, de n'importe quel lieu pourvu que la connexion Web fonctionne.

Qu'est ce qui différencie ce genre cinématographique de vos deux premiers court-métrages?

L'une des différences réside dans l'échéance des rendus. Nous devions réaliser un film par semaine pendant l'été 2012. Cette exigence nous a imposé un rythme de travail très rapide. Cette méthode est contraignante. Elle est différente de celle que j'avais adoptée pour la réalisation de mes premiers films qui se décline sous forme de processus en deux phases. La première est consacrée au tournage alors que la seconde est réservée au montage.


Quelle est la genèse de ce projet de web-documentaire?

Nous avons été sollicités par deux journalistes françaises qui avaient le projet de produire une série de films sur Alger.

J'ai réalisé six épisodes dont l'action se situe dans le quartier algérois "Cervantès". J'ai toujours été attiré par ce lieu, son architecture, son emplacement géographique, sa composition démographique. C'est un espace réduit qui se situe entre la grotte Cervantès et le Jardin d'Essai. Il dégage une atmosphère qui évoque le quartier populaire dans le sens noble du terme. Il a une fonction de raccourci qui permet d'aller d'un quartier à un autre.

Deux éléments qui font partie des mythes de ce quartier ont suscité mon intérêt. Le premier est un lieu, le jardin d'Essai connu pour l'histoire de Tarzan dont le film aurait été tourné dans ce lieu. Le second concerne l'écrivain Cervantès qui aurait séjourné dans une grotte qui porte son nom.

L'exploration de ces mythes est un prétexte pour raconter Alger dans sa dimension contemporaine. Tout au long des épisodes, je me suis basé sur une fiction qui caractérise le lieu en question. Puis tout en m'appuyant sur ces mythes, j'interroge l'imaginaire des gens qui habitent et fréquentent ces lieux. Dans le Jardin d'Essai, par exemple, le mythe de Tarzan est le biais par lequel je traite de la question de l'amour raconté par les couples qui viennent se retrouver dans ce lieu connu pour l'histoire de Tarzan et sa culture botanique.

Mon objectif est d'interroger la frontière entre le mythe et la réalité, d'examiner le mythe quand il devient réalité et lorsque les deux se confondent.

L'action de vos films se déroule à Alger. Quel est l'intérêt que cette ville représente sur le plan cinématographique?

Alger est la ville où j'ai grandi. Et dans ma démarche cinématographique, lorsque je réalise un film, il est indispensable que je passe du temps sur le lieu de l'action du film. Pour certains réalisateurs, l'action prime sur le lieu et le décor. En ce qui me concerne, il est important que le lieu me parle, me raconte une histoire. Et c'est à partir de ces détails que j'essaye de construire un film.

L'action du premier film est basée dans le Jardin d'Essai. Le thème dominant est celui de l'amour. Pourquoi avoir choisi un jardin public pour traiter de l'amour qui est un sujet tabou dans la société algérienne?

Le jardin d'Essai est un véritable havre de paix pour les couples qui s'aiment. Et selon la légende, ce jardin a servi de lieu de tournage pour le film "Tarzan".

Je voulais raconter ces histoires d'amour tout en opérant un parallèle onirique avec celle de Jane et Tarzan qui se seraient aimés sur l'arbre centenaire situé dans ce jardin.

Il est délicat de demander à des personnes inconnues de parler de leur amour car c'est un sujet très intime. Mais la légende du film "Tarzan" a facilité la tâche. La question de savoir si les couples connaissaient l'histoire de Jane et Tarzan était posée à chaque fois qu'ils étaient abordés. Malgré le fait qu'il n'existe aucune certitude quant au tournage du film dans ce jardin, le mythe de Tarzan a fortement imprégné le lieu.


HASSEN FERHANI >> En remontant Cervantes... par UneteaAlger

La caméra s'attarde sur les traces d'amour gravées sur les troncs d'arbres: cœurs, prénoms, mots d'amour...

Ces traces éphémères, gravées sur des arbres centenaires sont des "preuves" d'amour qui revêtent une dimension poétique et romantique. Si je mets en évidence ces inscriptions, c'est pour diversifier les "discours" relatives au sujet de l'amour. Elles permettent d'enrichir les histoires d'amour racontées par les couples qui ont bien voulu révéler leur propre histoire.

Les personnes qui parlent ne montrent pas leurs visages. On les entend raconter, témoigner. C'est plutôt leur voix qui est mise en évidence. Est ce un refus de leur part de témoigner à visage à découvert?

Je me suis limité au son car je n'ai pas pris le temps de demander aux couples s'ils acceptaient d'être filmés. J'avais un a priori: J'étais convaincu qu'ils refuseraient de témoigner à visage découvert. Or, je me suis rendu compte que je me suis censuré et que je n'avais pas vérifié mon préjugé. C'est là que j'ai pris conscience que le sujet de l'amour n'était pas un sujet aussi tabou. Les couples racontent facilement leur histoire d'amour. Par moments, ils font des révélations très intimes.

La deuxième partie de l'entretien sera publiée jeudi 21 novembre


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