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En remontant Cervantès, deuxième partie

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Au jardin d'Essai, des couples parlent d'amour à l'ombre de la présence légendaire de Tarzan et de Jane qui plane dans ce lieu.

Au musée des Beaux-Arts, des jeunes filles et garçons commentent des œuvres d'art qui ornent cet édifice fameux pour son architecture et la grande collection d'art qu'il abrite.

Don Quichotte se pavane sur son beau cheval dans les rues d'Alger. Cervantès, son concepteur est révélé à travers l'histoire de la grotte où il a trouvé refuge lorsqu'il était captif à Alger en 1875. Le tout localisé dans un quartier connu sous le nom de "Cervantès".

C'est dans ce quartier populaire qui regorge de mythes que la caméra de Hassen Ferhani interroge les mémoires et les imaginaires pour révéler Alger dans sa réalité quotidienne à travers un film intitulé "En remontant Cervantès". Celui-ci se décline sous forme de trois épisodes réalisés dans le cadre du projet "Un été à Alger", à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie.

Les six épisodes ont été condensés en un seul film intitulé "Tarzan, Don Quichotte et Nous". Ce dernier sera projeté le 22 novembre 2013, à 21 h, à l'Institut du monde Arabe, dans le cadre du Maghreb des films 2013.

LIRE AUSSI: La première partie de l'entretien

Qui sont les personnes que vous avez filmées au Musée des Beaux-Arts d'Alger?

Les personnages qui figurent dans le film résident dans le quartier de Cervantès. Pour les nécessités du film, nous avions abordé des jeunes rencontrés à proximité du musée des Beaux-Arts pour leur demander s'ils/elles acceptaient d'être filmé-e-s commentant une œuvre d'art. La grande majorité et notamment les garçons, n'avait jamais mis les pieds au musée.

Quel est l'intérêt de filmer des personnes anonymes interprétant des oeuvres d'art?

Ce film est l'expression d'un ras-le-bol quant à l'inexistence de débats spontanés sur l'art et le cinéma étant donné que cette tâche est réservée aux spécialistes.

Les gardiens du musée avaient suggéré de solliciter plutôt les spécialistes de l'art qui travaillent au musée. Mais je ne souhaitais pas filmer des discours savants. Je voulais mettre en lumière la parole des gens ordinaires qui n'étaient pas initiés à l'art car elle est aussi importante que celle des experts. Elle est personnelle, subjective, intime. Elle surprend et étonne. Dans le film, les divers discours font apparaître des attitudes spontanées qui s'imprègnent du vécu quotidien.

Comment ces jeunes ont-ils réagi à votre demande de les filmer commentant une toile?

Au début, ils m'ont pris pour un fou. Puis j'ai rencontré un jeune homme qui réside dans le quartier qui nous a aidé à rencontrer d'autres personnes. Si le film ne met en scène que des jeunes garçons et filles c'est tout simplement car le tournage du film s'est déroulé en une journée. Le manque de temps a été l'un des facteurs qui a rendu impossible la sollicitation d'autres personnes, tous âges confondus.


HASSEN FERHANI >>> EN REMONTANT CERVANTÈS... par UneteaAlger

La caméra semble privilégier très peu la représentation physique des personnes qui commentent les toiles. Elle opère plutôt un coup de projecteur sur leur voix et les traits des visages (pour les hommes notamment). Comment expliquez-vous cette démarche?

En réalité, j'étais parti avec l'idée de les filmer de dos car je pensais qu'ils et elles ne voudraient pas se laisser filmer pendant qu'ils et elles parlent. C'est pourquoi la caméra ne filme pas les garçons de face. Mais très vite je me suis rendu compte que ma croyance relevait de l'ordre d'un a-priori car une jeune fille m'a dit qu'elle ne voyait aucun inconvénient pour qu'elle soit filmée de face. Cette proposition m'a permis d' opérer un changement dans la manière de filmer. Et c'est ainsi que les filles ont été filmées de face.

Quelle est la fonction de la scène qui montre Don Quichotte arpentant les rues d'Alger à dos de cheval?

J'ai eu l'idée de faire circuler Don Quichotte dans les rues d'Alger en utilisant les images du film inachevé d'Orson Welles et d'Oscar Dancigers dans le but d'y intégrer la dimension fictionnelle par le biais du mythe de la malédiction de Don Quichotte notamment.


Hassen Ferhani >>> En remontant Cervantès... par UneteaAlger

Le film sur Cervantès se présente sur forme de quête. Deux hommes filmés de dos recherchent Sid Ahmed Bendjeli. Qui est ce personnage?

Sid Ahmed Bendjeli est un personnage de fiction créé par Cervantès dans son roman «Don Quichotte». L'auteur l'imagine historien arabe ayant vécu au Moyen Age.

J'ai à mon tour utilisé ce personnage comme prétexte pour raconter le quartier de Cervantès à Alger. Le personnage filmé de dos dans le taxi a pour rôle de demander aux passants de lui indiquer le lieu d'habitation de Sid Ahmed Bendjeli. Mais en réalité, cette démarche est un prétexte pour donner la parole aux habitants du quartier afin qu'ils révèlent l'architecture, l'ambiance, les liens qui existent entre les habitants de ce lieu. J'ai fait le choix de ne pas dissimuler la caméra puisque j'étais à l'arrière de la voiture et je filmais les interactions de l'acteur avec les habitants du quartier Cervantès. Certains ne l'avaient pas remarquée. D'autres l'avaient repérée mais n'ont émis aucune objection.

J'ai tenté de raconter Alger à partir d'une œuvre littéraire. On peut dire que je récupère des matériaux littéraires pour faire découvrir un quartier d'Alger, ses mythes, ses habitants, leurs valeurs, leur disponibilité, leur propension à aider et à rendre service à tout prix...

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