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Elle lance un appel pour que cesse la guerre en Syrie

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SYRIA
Ammar Abdullah / Reuters
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En mai 2012, Janine Di Giovani se rend en Syrie pour couvrir le conflit. Dans son livre Le jour où ils frappèrent à nos portes, elle raconte ce qu'elle a vu, entendu et vécu pendant sept mois dans ce pays où la guerre continue à faire rage.

Reporter de guerre et "témoin de l'histoire"

Elle a couvert de nombreux conflits dans le monde; elle a traversé des zones de guerre; elle a bravé les dangers; elle a entendu les pires atrocités; elle a été témoin d'un grand nombre de tragédies humaines. Mais elle ne se contente pas de regarder et d'observer les guerres et leurs horreurs; non! Car Janine Di Giovani prend le soin de consigner dans sa mémoire tout ce qu'elle voit, entend, la touche, l'attendrit, l'horripile, l'émeut et suscite son indignation et sa colère. Ces données sont par la suite publiées dans des journaux et dans des livres. Son objectif? Dire. Raconter. Témoigner. Pourquoi? Pour "que les gens n'oublient pas", répond l'auteure.

Après la Bosnie, la Somalie, la Sierra Leone, le Rwanda, le Libéria, le Kosovo, Gaza, la Cisjordanie, le Timor Oriental, la Tchétchénie, l'Irak, l'Afghanistan, Janine Di Giovani va en Syrie, pays enlisé dans un conflit armé depuis mars 2011. Le 28 mai 2012, elle arrive à Damas via Beyrouth par taxi "La Syrie est au bord du gouffre"; elle est sur point de basculer vers une guerre sanglante.

Elle parcourt plusieurs villes et villages: Damas, ville devenue une enclave où l'on emprisonne, maltraite et torture; Lattaquié; Maaloula l'insoumise, jadis "oasis" habitée par les chrétiens, envahie par les rebelles; Daraya, "bastion de l'opposition et base de l'armée syrienne libre"; Zabadani; Rue Bab Al-Sebaa, quartier au centre de Homs; Alep, "le Leningrad de la guerre syrienne". Qu'a-t-elle trouvé sur le terrain?

L'enfer sur terre

Très vite, Janine Di Giovani prend conscience de la complexité du conflit. Au fil des jours, la situation se dégrade; le bruit des explosions percent les tympans; un " paysage de guerre urbaine" s'offre à ses yeux: immeubles bombardés, maisons en ruines, églises détruites, bâtiments éventrés, cadavres jetés dans des trous, carcasses de voitures calcinées, corps mutilés, défigurés, estropiés, des mères qui expriment leur impuissance car dans l'incapacité de protéger leurs enfants. La population civile est livrée à elle-même; elle est appauvrie, affamée. Pourtant, face au désespoir et à la mort, des hommes et des femmes s'agrippent désespérément à la vie, résistent, espèrent, rêvent d'une Syrie en paix, libre et démocratique. Au milieu de cet univers cauchemardesque où "la vie est soufflée comme une bougie", Janine Di Giovani donne la parole aux hommes et aux femmes. Leurs témoignages sont poignants.

Ils torturent et violent

Lorsque les activistes et les opposant-e-s au régime, sont arrêté-es et emprisonné-es, elles/ils sont systématiquement torturé-e-s et violé-es. La Syrie "est un pays marqué par le viol et les agressions sexuelles", écrit Janine di Giovani. Ces actes utilisés comme "stratégie d'intimidation efficace" sont commis par les "Shahiba" (les fantômes), des miliciens agissant pour le président Bachar Al-Assad. Les personnes torturées expriment le sentiment d'avoir été trahie-s. Mais par qui?

Au gré de ses investigations, Janine découvre les différents groupes qui se livrent une guerre impitoyable. Une véritable nébuleuse! Qui sont-ils? Combien sont-ils? Quels sont leurs objectifs? Quelle est leur part d'influence dans le conflit?

Elle écrit pour alerter

A une période où il est extrêmement difficile voire impossible pour les journalistes de se rendre en Syrie pour exercer leur métier et rendre compte de la situation qui prévaut dans ce pays, ce livre qui s'apparente à une enquête sociologique est une véritable mine d'information. Il nous permet de nous tenir informé-es de ce qui se passe sur le terrain nous livrant pléthores de détails sur cette guerre qui prend l'allure d'un génocide. Janine Di Giovani est un témoin précieux. Elle a vu le pays s'embraser, s'enliser dans la spirale de la violence, sombrer dans les pièges des règlements de comptes; elle a assisté à la chute de Damas; elle donne la parole aux hommes et aux femmes qui sont pris en otage dans ce conflit sanglant et souffrent de cette guerre. Elle fait parler des voix différentes; elle a côtoyé des survivant-e-s, des blessé-e-s, des estropié-e-s de la guerre et nous confie leurs douleurs, leurs peines, leurs déceptions, leurs désillusions, leur colère, leur parti pris. Chemin faisant, elle interroge le rôle de la communauté internationale mettant l'accent sur son inertie. La fin du livre laisse échapper une note de tristesse qui exprime l'idée d'un échec; échec des journalistes, des diplomates, de la communauté internationale. En faisant son mea culpa, l'auteure nous fait part de sa culpabilité et avoue son impuissance. Pourtant, Janine Di Giovani est une lanceuse d'alerte; à travers son livre elle lance un appel pour agir afin que la Syrie sorte de ce conflit meurtrier. A lire absolument!

syrie

Titre de la version originale: The Morning They Came For Us, W. W. Norton & Company, Inc., New York, 2016.

Le 20 avril 2017, à 18 H 30, Janine Di Giovani sera l'invitée des "Jeudis de l'IMA"(Institut du Monde Arabe): "Voyage au bout de l'enfer syrien".

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