Nabil Ouchagour

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Que pensent les jeunes leaders arabes de l'intervention en Syrie?

Publication: 03/09/2013 17h42

Un des plus grands défis auxquels fait face le président Obama est de marquer une politique étrangère au Moyen-Orient différente de son prédécesseur. Alors que la plupart des Arabes sont horrifiés par le traitement d'Assad au peuple syrien, le rejet de l'intervention américaine fait presque l'unanimité dans la rue arabe.

Les membres du programme de l'Alliance des Civilisations des Nations Unies partagent presque le même avis, même s'il y a des différences légères mais essentielles, selon le point de vue de chacun.

Ola Sidani, une analyste économique libanaise, a déclaré que "les civils sont les premières victimes ainsi que l'infrastructure économique déjà dégradée. Et bien sûr, le patrimoine culturel et la richesse de la Syrie seront gravement endommagés. Je crois qu'un scénario similaire des premiers jours de l'attaque américaine contre l'Irak en 2003 sera répété dans une large mesure en Syrie". Elle attire l'attention sur la question des réfugiés "ce qu'on peut faire, à ce stade et dans un avenir proche, est de minimiser les répercussions de la situation actuelle, en ce qui concerne d'un côté le statut des réfugiés syriens et palestiniens (s'échappant de la Syrie) et de l'autre côté, les pays d'accueil. Comme nous le savons, l'accueil des réfugiés et l'intervention dans la crise syrienne représentent une menace pour les gouvernements des pays voisins (comme la Turquie et le Liban)".

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Zied Mhirsi, l'un des blogueurs les plus influents en Tunisie et entrepreneur dans le domaine des médias, a un point de vue différent: "Je suis très confus concernant la situation actuelle en Syrie. D'une part, je suis contre le régime de Bachar et le considère comme un régime qui devrait faire partie du passé de la région. D'autre part, je suis contre les islamistes radicaux violents financés par le golfe pour lutter contre ce même régime. Je comprends que cette guerre est aussi une guerre entre les États-Unis/Golfe/Israël vs Syrie/Iran/Bachar/Russie". Tout en exprimant sa compassion pour les civils innocents, il conclut en disant "Pour moi, l'intervention américaine en Syrie a toujours été une question de temps et non pas si ça allait arriver ou pas. Mais je doute de l'efficacité d'une intervention courte et limitée et je pense que d'une manière ou d'une autre, les États-Unis resteront impliqués jusqu'à ce que le régime de Bachar tombe".

Sélectionné parmi des centaines de leaders du monde arabe, Nazeeha Saeed, correspondante au Bahreïn pour de nombreux médias francophones et connue pour son engagement pour la liberté dans son pays, a une opinion tranchée: "Je suis contre l'intervention militaire américaine en Syrie et dans tout autre pays, les États-Unis ne sont pas la police du monde, et ils devraient respecter l'indépendance de chaque pays. S'il doit y avoir une intervention, elle devrait être à travers une des forces des Nations-Unies dans les pays qui en ont besoin".

De la Palestine, Afnan Mahmoud, qui travaille pour un programme qui encourage le développement de l'entrepreneuriat chez les jeunes, va plus loin puisqu'elle exprime des doutes sur l'utilisation des armes chimiques "il est scandaleux que les États-Unis justifie une décision de guerre par un mensonge, ce qui soulève beaucoup de questions commençant toutes par "pourquoi"! Pourquoi maintenant? Le conflit en Syrie existe depuis un certain temps maintenant ! Pourquoi les États-Unis? Qui a donné aux États-Unis la responsabilité de sauver le monde alors que d'autres organismes ont été créés pour le faire, et pourquoi ces organismes ne lèvent pas le petit doigt. Je suis contre l'intervention américaine! Je ne veux pas voir un autre Irak et un autre Afghanistan".

Mirelle Karam, quant à elle, fait le lien entre la décision d'Obama et les récents développements en Egypte: "À mon avis, l'Egypte est l'une des raisons pour lesquelles les États-Unis souhaitent envahir la Syrie. Les islamistes radicaux ont échoué en Egypte -le plus grand pays de la région- , Obama craint que le mouvement rebelle soit en train d'échouer en Syrie aussi, il est donc temps pour les États-Unis d'aider les rebelles". Cette jeune égyptienne, qui travaille sur la promotion de la conscience politique et civique, demande des réponses claires de la part de l'administration Obama "Dans le cas où le régime Assad tombe, est ce que les États-Unis ont la garantie que le prochain régime (islamistes radicaux) sera leur allié? Qu'est-ce qui va arriver à tous les chrétiens en Syrie?"

La semaine dernière, l'administration Obama a consulté les Nations Unies, ainsi que d'autres gouvernements européens et arabes. Une leçon qu'il ne faut pas oublier des soulèvements arabes est qu'un leader ne peut plus prendre de décision stratégique sans tenir compte de l'opinion de la rue en premier. En l'absence d'un accès à l'opinion publique syrienne, Obama devrait prendre en considération celles des jeunes leaders de la région. C'est le moins qu'on puisse espérer de la part d'un prix Nobel de la paix.


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    Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a affirmé le 4 juin 2013 qu'il n'avait "aucun doute" que du gaz sarin avait été utilisé en Syrie par "le régime et ses complices", au moins dans un cas, qu'il n'a pas précisé, après l'analyse d'échantillons. Le 26 août Laurent Fabius réaffirme son propos : "Il y a un massacre chimique qui est établi, il y a la responsabilité de Bachar al-Assad, il faut une réaction, nous en sommes là. (...) Il y a un devoir de réaction".

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    Depuis 2007, la guerre d'Irak (qui a débuté en 2003) voit se multiplier les attentats chimiques. Le produit le plus souvent incriminé est le chlore.

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    "La guerre du golfe (1990), 'événement majeur de l'histoire de la guerre chimique' constitue le point culminant de la menace qu'a fait peser sur la communauté internationale l'arsenal chimique dont disposait alors Saddam Hussein" explique l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.

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    1980-1988: Lors de la guerre Iran-Irak, le régime de Saddam Hussein a utilisé du gaz moutarde, du cyanure et du sarin contre des soldats et des civils iraniens. La minorité kurde irakienne a également été visée, notamment pendant la grande attaque de mars 1988, quand l'aviation irakienne a largué sur Halabja (Kurdistan irakien) toute une gamme d'agents chimiques contre des civils, faisant 5.000 morts, en majorité des femmes et des enfants.

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    Les Américains ont utilisé en masse les produits toxiques pendant la guerre du Vietnam (1954-1975). Pour affamer les population, les troupes américains ont notamment déversé de nombreux pesticides. En plus de détruire la végétation, ces produits ont impacté directement la population.

  • Guerre civile du Nord-Yémen

    Entre 1963 et 1968, l'Egypte, impliquée dans la guerre qui secoue le Yémen, utilise l'ypérite.

  • La bataille de Zaoyang-Yichang

    Entre 1937 et 1941, le Japon, important producteur d'ypérite, utilise à plusieurs reprises des gaz toxiques contre la Chine.

  • La guerre du Rif

    En 1925, l'Espagne utilise les armes chimiques au Maroc sur les rebelles rifains opposés à la colonisation.

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    Cette photo montre des soldats australiens avec leur masque à gaz à Ypres en 1917. C'est dans cette ville de Belgique que les Allemands ont utilisé pour la première fois le gaz moutarde. La ville a aussi donné l'autre nom du gaz moutarde, l'ypérite. Selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, "les pertes totales dues aux gaz de combat [...] ont été de 1.300.000 hommes (dont près de 100.000 morts au combat), alors que les pertes par les autres armes sont évaluées à 26.700.000 hommes (dont 6.800.000 sont morts au combat)

 

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