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Où va le monde?

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Un constat amer

Il ne se passe pas un jour, sans que les flux d'information ne nous donnent pas l'impression que le monde glisse inexorablement vers le chaos et vers son autodestruction. Ce monde donne l'impression de danser sur un volcan. Effectivement, les catastrophes et périls environnementaux, l'accroissement des inégalités, les crises cycliques de l'économie mondiale, la montée vertigineuse du nationalisme d'extrême droite le plus chauvin et ouvertement raciste, l'extrémisme religieux avec sont lot de haine et de repli identitaire, la flambée terroriste qui menace de plus en plus la stabilité mondiale, l'exode douloureux des peuples, les migrations avec leurs lots quotidiens de drames et le recul des élites qui, par peur ou par trahison, sont à court de vision et abandonnent de plus en plus l'idée même de démocratie, la montée dans nos contrées de l'islamisme totalitaire assoiffé de pouvoir et de vengeances... nous rendent perplexes et nous insufflent un sentiment de perdition laissant croire que le monde est assis sur une bombe à retardement qui peut exploser à tout moment!

Est-ce cela le "nouvel ordre mondial" qui devait promouvoir la stabilité, la justice, l'égalité et la prospérité mondiales?

À qui la faute?

Ce "nouvel ordre mondial" tant vanté par Bush père en septembre 1991, après la dislocation du bloc de l'Est et la disparition de l'URSS, était en fait le signal du début d'une mondialisation sauvage et source de tous nos malheurs actuels.

Le "gendarme du monde" n'a fait qu'accentuer le désordre mondial, refusant toute direction multipolaire du monde. Depuis, et dans presque tous les continents, nous vivons la montée de mouvements séparatistes, de conflits liés aux traçages de frontières héritées de l'époque coloniale, de guerres civiles, de génocides et de terrorisme. Pendant ce temps-là, les inégalités se creusent davantage alors que 1% de personnes, tous des milliardaires à la tête de puissantes firmes multinationales (FMN), détiennent à eux seuls 25% des richesses mondiales. Selon eux le marché et le profit sont devenus l'horizon indépassable de l'humanité. Tout le reste n'a aucune valeur.

Ces FMN sont au dessus des États. Ils sont même plus riches que certains d'entre eux et ils sont craints. Mise à part les coups d'États et le renversement des régimes qu'ils peuvent aisément organiser, ils possèdent une arme encore plus redoutable. C'est le chantage à la délocalisation et donc le pouvoir de faire pression sur tous les gouvernements et toutes les populations. N'est-il pas temps de remettre en question ce passe droit criminel? La communauté internationale a bien adopté le crime contre l'humanité, le crime de guerre, le crime pour génocide et d'autres encore.

Alors pourquoi n'adopterait-elle pas "le crime économique"? Ces multinationales sont-elles au dessus des lois?

Que faire?

Les peuples et surtout les mouvements progressistes, doivent continuer à se battre contre le fatalisme qui s'est profondément ancré dans les consciences collectives. Contre cette mondialisation sauvage alliée à tous les extrémismes racistes et religieux qui sont en fait ses suppôts les plus obséquieux. Il faut des alternatives globales, ambitieuses et surtout concrètes, sinon elles ne seront jamais crédibles.

Des pistes se font jour et des débats parlent de plus en plus ouvertement de "démondialisation" (moins de globalisation purement financière), de "décroissance" (moins de consommation superflue), de solidarité, de citoyenneté universelle, de coopération internationale et de répartition plus équitable des richesses mondiales. L'Humain avant le marché. Le problème à résoudre entre ces concepts qui paraissent antinomiques, voire même contradictoires, c'est justement, comment arriver à articuler entre eux, et sommes nous capables d'aller jusqu'au bout d'une véritable logique de rupture politique, économique, sociale et culturelle. Là est toute la question. Là réside la seule solution.

Sommes-nous à l'abri?

Loin de là, et la Tunisie est même en pleine tempête. Nous ne sommes certes pas, des acteurs importants de cette mondialisation, nous en sommes à la marge, mais de fait on est en plein dedans, vu notre situation géostratégique. Ainsi, nous avons des batailles à engager et des luttes alternatives à mener contre cette globalisation chaotique, contre la déliquescence de l'Etat, l'amateurisme et la naïveté de notre classe politique, le populisme, la corruption, la mafia, l'extrême droite religieuse et totalitaire ainsi que le repli identitaire qui nous touche de plein fouet, à l'instar de toutes les autres contrées.

Par quoi commencer?

Par comprendre d'abord qu'il n'y a pas d'un côté la mondialisation et de l'autre le repli national-identitaire. Ils ne sont pas contradictoires. Ils sont les deux faces de la même pièce et participent d'une même dynamique "national-libérale". Libéralisme pour les riches. Nationalisme pour les pauvres. Et l'État-Nation, s'est hélas mué en bras armé des riches contre les pauvres. Cela a conduit le monde au bord du gouffre.

Les Hollande, Merkel, Poutine, Trump, Erdogan, Thérésa May, Sarkozy, Fillon, Macron, Le Pen et tous leurs alliés islamo-daechiens, ces marchands d'illusions identitaires meurtrières, parlent tous de "my country first", de "only my religion" et de souveraineté nationale tout en étant les chantres de la globalisation et de la mondialisation, qu'ils ne remettent jamais en question.

Après une vague "national-socialiste" qui a submergé le monde durant la première moitié du XXe siècle, et dont le nazisme en a été l'emblème le plus sombre, aujourd'hui une vague "national-libérale" couvre d'un gris manteau presque tous les continents. Il faut agir, et vite. Nous devons nous réinventer ou subir.

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