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Le désenchantement démocratique!

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TUNISIAN WALKING DOWN
Zoubeir Souissi / Reuters
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Mais quel projet démocratique voulons-nous pour la Tunisie?

On a un fort sentiment qu'une majorité d'entre-nous patauge dans une sorte de désenchantement démocratique vraiment triste et inquiétant... souvent manipulé et encouragé par ceux qui ne nous veulent pas du bien... et hélas, ils sont nombreux!

Qui d'entre nous n'a pas entendu au moins une fois "Ah, c'était mieux avant...Oui, on n'est pas mûrs pour la démocratie...Nous sommes un peuple qui mérite un homme fort, une matraque à la main"... et j'en passe et des meilleures!

Non, on ne partage pas ces avis et surtout pas de ceux qui disent qu'il faut changer notre système politique pour permettre à un homme fort de redresser la barre! Qu'allons-nous dire à ceux qui ont donné leur vie pour notre dignité et notre liberté, pour ne plus vivre ce passé amer et qui criaient ce mot d'ordre profondément révolutionnaire et désormais éternel "echâab yourid" ("Le peuple exige")? Avons-nous déjà oublié le mot d'ordre de notre Révolution: "choghl, 7ourriya, karama, wataniya" ("Travail, liberté, dignité, citoyenneté")?

Changer le mode de scrutin actuel qui est à la source de tous nos malheurs et qui permet des alliances et des magouilles contre nature dont nous souffrons aujourd'hui, oui. Modifier le système politique qui limite et équilibre les pouvoirs entre l'exécutif et le législatif, inscrit désormais dans la roche constitutionnelle, c'est mille fois non!

Non, On ne partage pas l'avis de ceux qui ne ratent aucune occasion pour appeler à la moindre occasion, à la suppression de nos différentes institutions constitutionnelles, dont certaines, à cause de bas enjeux politiques, n'ont pas encore vu le jour, et accusées déjà de "taghawil" (Cour Constitutionnelle, Cour Supérieure de la magistrature, l'ISIE, l'Instance de la communication audiovisuelle, l'Instance des droits de l'Homme, l'Instance du développement durable et des droits des générations futures, l'Instance de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption...).

Les arguments fallacieux souvent avancés par les antidémocrates, c'est que ces institutions demandent, parait-il, des indemnités exagérées, font les gâtés pourris ou on ne sait quelles autres broutilles! Est-ce là le véritable problème?

Ces institutions, avec la société civile et les partis d'opposition, sont le vrai contre pouvoir nécessaire à toute véritable démocratie afin de nous éviter le retour des anciens démons que l'on voit déjà poindre, ou pour dépasser le sentiment que nous avons aujourd'hui, à savoir de vivre sous une "démocrature".

Œuvrer pour la disparition des ces institutions, avis que certains ne cachent plus et que beaucoup d'autres n'en comprennent pas les enjeux, par naïveté peut-être ou tout simplement parce qu'ils se font manipuler, c'est signer l'arrêt de mort de la Révolution... dont le processus n'est pas encore achevé.

Alors, quelle démocratie voulons-nous construire? Pourquoi baisser les bras dès l'apparition du moindre problème?

L'exemple le plus parlant, et pas le seul, de cette démocratie non désirée, c'est l'ISIE. Autonome en 2011, mais mise sous tutelle par les partis en 2012, c'est au vu et au su de tout le monde et sans honte aucune qu'ils veulent désormais y placer leurs hommes en poussant l'outrecuidance jusqu'à nommément citer ces futurs "serviteurs" qui ont leur préférence! Est-ce cela qui va nous assurer des élections honnêtes et transparentes? Est-ce ainsi que nous comptons lancer les bases d'une Tunisie enfin démocratique, juste, moderne et progressiste? On est vraiment mal barré.

Nous avons un devoir de résistance. Il ne faut pas se laisser abuser par ceux qui n'ont jamais accepté que la Tunisie devienne une véritable démocratie. Non, il faut que les démocrates fassent front pour enfin faire table rase d'un passé cauchemardesque encore récent et jeter définitivement ce qui est pourri dans notre système actuel.

"Démocratie à tout prix", c'est cela le grand défi de la Tunisie nouvelle. C'est cela le véritable combat... à la mémoire de nos martyrs.

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